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Continuer la lectureAmélie Lamy, Alex Ksar… les mystérieux collaborateurs de Mathieu Gabai (Epoka, L’Hémicycle)
Le communicant est soupçonné d’être derrière une demi-douzaine de faux profils créés sur LinkedIn pour mettre en valeur ses entreprises.
« À partir de ce mois d’août 2025 [...] j’occupe désormais le poste de Directrice de cabinet au sein du groupe Jeri. Merci à Manuel Lagny et Mathieu Gabai pour leur confiance. » Posté par une certaine Amélie Lamy, ce post LinkedIn ressemble à des milliers d’autres publiés chaque jour sur le réseau social. 10 like ainsi qu’un commentaire de félicitations ponctuent la publication de la responsable communication de la revue politique l’Hémicycle depuis 2019 et donc désormais aussi dircab de la holding Jeri. Les deux structures sont dirigées par Mathieu Gabai et Manuel Lagny, fondateurs d’Epoka, une boutique de communication autrefois prestigieuse tombée en redressement judiciaire puis rachetée par Mantu en 2024.
Amélie Lamy est particulièrement impliquée dans la promotion de l’Hémicycle : elle y partage des pastilles vidéos des évènements de la revue, y publie des posts fouillés sur les sujets traités par le magazine, et relaie certains posts de ses patrons. Une salariée dévouée ? Selon nos informations, pas vraiment. « Amélie Lamy n’existe pas, souffle un proche du dossier. Il s’agit d’un profil sûrement créé par Mathieu Gabai, pour se faire mousser ». Il est vrai que le profil interroge : sa photo de profil, d’abord, est très probablement issue d’un générateur d’intelligence artificielle, comme l’affirment la majorité des détecteurs dans lesquels l’a passée l’Informé. Ensuite, alors que la « directrice de cabinet » indique être diplômée de la promo 2013 de Sciences Po Aix au sein du master « Political Science and Government », le réseau des anciens de l’école contacté par l’Informé n’a aucune trace d’elle.
Pire encore, selon nos informations, Amélie Lamy est loin d’être le seul profil étrange à graviter autour des structures de Mathieu Gabai : l’Informé a recensé au moins 4 autres comptes suspicieux. Tous travaillent étonnamment toujours chez Epoka, bien que l’entreprise ait changé de nom et s’appelle Agence Mantu depuis octobre dernier. « Isabelle Dore », par exemple, est, à en croire son profil chargée de recrutement d’Epoka et travaille avec Mathieu Gabai depuis 2008. Mais on retrouve sa photo de profil au sein de plusieurs banques d’image comme Alamy ou Shutterstock.
Trois autres profils étonnent. Ceux de « Valentin Dulac », officiellement directeur du développement de l’entreprise depuis 2009, « Alex Ksar », community manager de l’agence fantôme depuis 2013 et « Emma Delatour », manager en charge du développement depuis 2004, d’abord chez 4ventsgroup (structure historique de Mathieu Gabai, dont Epoka est issue de la fusion avec Meanings en 2017) puis chez Epoka. Le trio partage bizarrement des photos de profil, bannières et biographies strictement identiques. Les messages que nous leur avons envoyés sont restés sans réponse.
Les sources interrogées par l’Informé n’ont guère de doute : Mathieu Gabai se cache bien derrière tous ces comptes. « C’était de notoriété publique, s’amuse l’une d’entre elle. Il est incroyable : il nous transférait des mails venant d’employés fictifs, nous disait qu’il fallait qu’on leur réponde… » Dans un mail consulté par l’Informé, le chef d’entreprise flèche en effet l’un de ses interlocuteurs vers l’un des profils en question pour organiser un rendez-vous : il y explique ainsi avoir demandé à « Emma » Delatour d’organiser un « one to one ». Il transmet ensuite l’adresse mail d’Emma à son contact. « Les faux comptes, c’était un sujet de plaisanterie, renchérit un ancien de la maison. Tout le monde était au courant… sauf les clients. »
Mais quel intérêt ? « D’abord, cela lui permettait de grossir le nombre de salariés, vu qu’il avait toujours tendance à amplifier les chiffres », analyse un ex-employé. « Tout l’intérêt est de paraître beau et important sur LinkedIn, confirme un autre ancien collaborateur du chef d’entreprise. Plus vous avez de commentaires et d’interactions, plus l’algorithme s’enflamme. » On le voit d’ailleurs bien avec Amélie Lamy, seul compte toujours actif : comme l’a constaté l’Informé, certains de ses posts sont très largement likés, commentés et repartagés. L’un d’entre eux a même été relayé par la directrice des projets innovations de JCDecaux dans le cadre d’un partenariat avec la revue l’Hémicycle.
Le tout correspondrait donc à une classique stratégie de com’. Le hic ? La pratique est tout à fait interdite par LinkedIn. Contacté, le réseau social l’assure : « La création d’un faux compte constitue une violation de nos conditions d’utilisation. Tout compte doit être associé à une véritable personne ». Et d’indiquer : « Nous travaillons dur, en utilisant à la fois une technologie intelligente et des personnes réelles, pour détecter rapidement les faux comptes, afin que LinkedIn reste un espace de confiance pour les professionnels ».
Contacté, Mathieu Gabai n’avait pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.