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Continuer la lectureLes créanciers de Technicolor veulent revoir la couleur de leur argent
En grande difficulté, la société spécialisée dans les effets visuels et l’animation est sortie de Bourse en début d’année. Elle cherche désormais un nouveau repreneur.
Qui pour reprendre les clés de Technicolor Group ? La société spécialisée dans les effets spéciaux et l’animation, qui n’a cessé d’accumuler les difficultés au cours des dernières années jusqu’à organiser sa propre sortie de Bourse en février 2024, est actuellement entre les mains de ses nombreux créanciers : Barings, Crédit Suisse Asset Management ou encore des hedge funds américains comme Farallon, Pimco et Sculptor. Mais tous cherchent aujourd’hui à céder leur participation au profit d’un nouveau repreneur. Une mission ardue confiée juste avant la trêve estivale à la banque d’affaires new yorkaise The Raine Group, a appris l’Informé.
Le périmètre en question inclut les quatre pôles de Technicolor Group, à commencer par MPC. Cette entité représentant 40 % du chiffre d’affaires de l’ensemble et près de 2 000 collaborateurs est spécialisée dans la production d’effets visuels pour la télévision et le cinéma avec des références comme Gladiator, Life of Pi, Le Livre de la jungle et 1917. Egalement à vendre, les pôles The Mill (34 % du CA et plus de 1 600 salariés), dédié à la production d’effets visuels pour le monde de la publicité et du marketing, et Mikros Animation (23 % du CA et plus de 1 200 salariés), qui conçoit et élabore des animations pour la réalisation de films. Sans oublier l’activité Technicolor Games qui, comme son nom le suggère, est destinée à la création et à la fourniture de contenus artistiques et animés pour l’industrie du jeu vidéo (3 % du CA).
« L’actionnariat fractionné de la société, qui a soutenu sa transformation réussie, souhaite maintenant chercher un investisseur long terme pour accompagner sa croissance et ainsi réaliser le plein potentiel de Technicolor Group, confirme l’un de ses porte-parole. Nous sommes désormais à l’aube d’une nouvelle phase de développement, avec une équipe de management solide et expérimentée qui met en œuvre une stratégie centrée autour de 3 piliers : les talents, la technologie, et l’expansion de services. » En haut de l’organigramme, Marc-Antoine d’Halluin, ancien dirigeant et cofondateur d’Asacha Media Group, a remplacé en juin Frédéric Rose au poste de président (qui lui-même avait pris le relais de Richard Moat en 2019). La direction générale a quant à elle été confiée il y a 18 mois à Caroline Parot, ex-CEO d’Europcar.
Un Ebitda encore négatif en 2024
Avant même la séparation avec son ancienne maison mère rebaptisée Vantiva en 2022 (toujours cotée sur le compartiment C d’Euronext), Technicolor Group avait dû faire face à une exode sans précédent de ses talents senior. Conséquence : ses capacités de production et d’exécution des contrats avaient été fortement perturbées, avec à la clé des difficultés de trésorerie importantes. Cerise sur le gâteau, le spécialiste mondial des effets spéciaux s’attendait à ce que Vantiva lui verse plus de 22 millions d’euros dans le cadre du spin-off, mais la réclamation avait été contestée par le principal concerné. Pour faire face à ces difficultés, une procédure de conciliation a été proposée et validée fin mars 2023, prévoyant l’aménagement des financements existants et l’octroi de nouvelles lignes de crédit, pour un total de 182 millions d’euros.
Mais une nouvelle tempête venant de l’autre côté de l’Atlantique a ensuite frappé le groupe. En mai 2023, une grève des scénaristes et des acteurs à Hollywood - une première depuis plus de 60 ans - est venue percuter le carnet de commandes du frenchy, déjà fragilisé par la crise Covid. D’où la nécessité pour Technicolor de frapper à nouveau à la porte de ses créanciers, qui lui ont accordé, en mars dernier, une rallonge de 95 millions en dépit du refus du hedge fund américain Angelo Gordon & Co. Car les besoins de trésorerie sont colossaux. Selon un document confidentiel, Technicolor affichait un free cash flow négatif de près de 150 millions d’euros l’an dernier et ses prévisions prévoyaient encore un besoin de plus de 90 millions en 2024. Cela en raison d’un Ebitda négatif de 23 millions d’euros cette année (contre -75 millions en 2023). Le redressement devrait toutefois s’accélérer en 2025, avec un résultat d’exploitation qui pourrait redevenir positif et franchir la barre des 50 millions d’euros, toujours si l’on en croit le compte de résultat prévisionnel du groupe édité au premier trimestre 2024. Quant au chiffre d’affaires, il pourrait être inférieur à 500 millions d’euros cette année avant de repasser au-dessus des 600 millions en 2025. Incontestablement, le repreneur devra avoir les reins (et le cœur) bien solides.