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Continuer la lectureL’outil de Bercy pour traquer les faux avis en ligne bientôt opérationnel
Après plusieurs années de travail de la DGCCRF, un arrêté vient d’être examiné pour permettre la mise en œuvre de ce dispositif baptisé Polygraphe.
A priori, voilà une bonne nouvelle pour les consommateurs. Alors que les avis en ligne servent désormais de boussole pour choisir un restaurant, un médecin ou un film, la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) prépare un outil pour détecter l...
Le Code de la consommation contient déjà une définition des avis en ligne. Il s’agit de « l’expression de l’opinion d’un consommateur sur son expérience de consommation grâce à tout élément d’appréciation, qu’il soit qualitatif ou quantitatif ». Pèse du côté des plateformes, une obligation d’information loyale, claire et transparente sur les modalités de publication et de traitements de ces contenus. L’opérateur doit ainsi mettre en place « une fonctionnalité gratuite qui permet aux responsables des produits ou des services faisant l’objet d’un avis en ligne de lui signaler un doute sur l’authenticité de cet avis, à condition que ce signalement soit motivé ». Polygraphe s’intercale donc dans ce cadre pour armer la DGCCRF de nouveaux pouvoirs afin d’épingler des professionnels qui auraient diffusé des avis suspects, lesquels sont constitutifs du « délit de pratique commerciale trompeuse » rappelle Audrey Istace. Pour fonctionner, ce traitement doit suivre trois phases, esquissait la page d’Etalab consacrée au projet : d’abord récupérer des « données pertinentes » sur des plateformes comme Tripadvisor, comme les « textes du commentaire, [les] informations sur l’entreprise ou [le] produit faisant l’objet de l’avis, [la] note attribuée, [les] informations sur l’utilisateur ayant posté l’avis, etc. ». Puis, vient l’analyse des données par des algorithmes « pour identifier les commentaires suspects à l’aide de différents indicateurs de suspicion définis avec les enquêteurs expérimentés sur ce sujet ». Enfin, la phase finale avec « la visualisation des résultats sous forme d’une interface à destination des enquêteurs ».
Un stock vertigineux de données brutes
Parmi les données brutes exploitables par les logiciels de Bercy, l’arrêté dresse un véritable inventaire à la Prévert : des données concernant le professionnel (site, numéro de téléphone, localisation…), des informations relatives au contributeur (nom ou pseudo, identifiant sur la plateforme, URL de sa page…), des éléments concernant les avis (texte du commentaire, texte de la réponse éventuelle à l’avis…), ou encore des datas de connexions et autres journaux d’évènements (ajout ou suppression de compte, nature des requêtes effectuées, modification des contenus par les administrateurs…). La DGCCRF veut conserver ce stock jusqu’à 6 mois à compter de la récolte, sachant que le droit pour les internautes de s’opposer à ces traitements (ou « droit d’opposition ») ne s’appliquera pas. Avec un tel corpus de données, des sources à Bercy nous expliquent que plusieurs modèles pourraient être appliqués, afin de jauger par exemple la fréquence des posts depuis un même compte.
Quel encadrement ?
Le coût de développement d’un tel outil a été évalué en 2019 à 300 000 euros sur deux ans, selon ce rapport sénatorial. Cependant, ce dispositif pourrait se confronter tôt ou tard aux foudres constitutionnelles. À l’occasion de la loi de finances pour 2020, un article autorisait les services fiscaux à collecter et exploiter les données rendues publiques sur les plateformes en ligne comme Facebook ou Instagram. Parmi les enjeux, la détection des indices de fraude à la domiciliation fiscale, quand un contribuable soutient vivre la majeure partie de l’année à l’étranger alors que ses pratiques sur un réseau social (photos, vidéos, etc.) montrent qu’il n’en est peut-être rien. Le Conseil constitutionnel avait cependant estimé que « ne peuvent faire l’objet d’aucune exploitation à des fins de recherche de manquements ou d’infractions les données qui révèlent la prétendue origine raciale ou l’origine ethnique, les opinions politiques, les convictions religieuses ou philosophiques ou l’appartenance syndicale d’une personne, les données génétiques et biométriques et celles concernant la santé et la vie ou l’orientation sexuelle ». Avec l’exploitation des avis en ligne, la DGCCRF pourrait déduire facilement l’opinion religieuse d’une personne en scrutant son appréciation laissée sur le site d’une boucherie halal, ou son état de santé après avoir laissé une opinion chez tel médecin spécialisé. Elle serait même en capacité d’élaborer un profil personnel très fin à partir de l’ensemble des remarques d’un seul et même internaute. Contactée, la Cellule Numérique de la direction générale nous a renvoyées vers son service presse, qui n’a toujours pas répondu à nos questions.