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Des primes mensuelles pour fidéliser les experts cyber des armées

Pour convaincre leurs spécialistes numériques de rester, les armées vont mettre en place des primes de plusieurs centaines d’euros.

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DAMIEN MEYER / AFP

« Cela représente des millions pour arroser pas mal de monde », se réjouit un haut gradé au ministère des armées. Chez les spécialistes du cyber, c’est un soulagement : ils tiennent peut-être enfin là un moyen de stopper l’hémorragie des profils les plus rares, difficiles à fidéliser, du fait de rému...

Ces rétributions qui doivent être mises en place au second semestre 2024, seront attribuées indépendamment des grades. Sur 22 000 spécialistes du numérique dans les armées, civils et militaires, 3 000 devraient être concernés, selon le patron de la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information (Dirisi), le général de corps aérien Didier Tisseyre. Le volume financier global doit encore être validé par le ministre des armées. Mais pour les futurs bénéficiaires, les primes, en trois échelons, pourraient ajouter à la rémunération mensuelle une somme de l’ordre d’environ 250, 350 et 500 euros. Une discussion subsiste pour trancher s’il faut lier ces niveaux d’incitation à l’ancienneté ou ne garder comme critère que la compétence.

La direction des ressources humaines du ministère des armées (DRH-MD) précise qu’il y aura deux cadres indemnitaires mis en place dès cette année, l’une pour les militaires, « officiers et non-officiers », l’autre pour les agents de la fonction publique.

Ce dispositif viendra compléter ceux déjà mis en place pour rendre ces métiers plus attractifs dans le secteur public. Le 3 janvier dernier, la Direction interministérielle du numérique (Dinum) a fixé un nouveau référentiel de rémunération pour 55 métiers du numérique. Il faisait par exemple passer la rémunération d’un développeur avec 5 ans d’expérience de 55 000 euros à une fourchette allant de 52 700 à 68 200 euros.

Le coup de pouce aux soldats cyber apporte aussi une réponse à tous les déçus de la « nouvelle politique de rémunération des militaires », lancée en 2021 par le gouvernement. Si celle-ci simplifie la gestion de la multitude de primes dont peuvent bénéficier les soldats, selon qu’ils soient dans un régiment spécifique ou déployés sur le terrain, par exemple, elle n’augmente pas significativement les soldes. La commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat concluait sur le projet de loi de finances 2023 que cette réforme « ne règle pas la question globale de l’attractivité des rémunérations militaires ».

Cette catégorie de personnel est stratégique. Les armées ne peuvent trop se « civilianiser » et doivent maintenir des experts en uniforme pour s’assurer de mener leurs missions dans des contextes opérationnels. Or ce sont leurs grilles de rémunération, totalement assujetties à l’ancienneté, qui sont les plus difficiles à faire évoluer.

De nombreux chantiers attractifs

« Nous n’avons pas trop de problèmes à recruter, explique un gradé du ComCyber (Commandement de la cyberdéfense). Nous menons des missions exceptionnelles et atypiques. La lutte informatique offensive, par exemple, si vous le faites dehors, vous finissez derrière les barreaux.  » Cette unité chargée des opérations militaires numériques a même noué des partenariats avec des BTS et des écoles d’ingénieurs. Elle finance des formations en échange de plusieurs années d’engagement.

La Dirisi développe aussi un cloud souverain, dont un volet dédié aux données classifiées « secret » est attendu pour 2025. L’Agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD), qui a ouvert ses portes début mai, doit déployer un supercalculateur destiné à traiter grâce à l’intelligence artificielle des données confidentielles. « L’aspect technologique est attractif, résume le général Tisseyre. Nous réussissons à recruter, mais pas à fidéliser. Sans être au niveau du privé, nous allons nous en rapprocher. Notre objectif, c’est que les gens restent plus longtemps. »

En plus du privé, les différentes branches des armées sont aussi en concurrence entre elles. Selon La Lettre, la Direction générale de l’armement (DGA), une autre entité des armées, a décidé de revaloriser les rémunérations de ses ingénieurs cyber civils pour les empêcher de déserter vers la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)… et le ComCyber ! Les enchères sont ouvertes.