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Tech - Télécom

Ces grandes fortunes qui ont discrètement aidé Patrick Drahi à bâtir son empire

Le fondateur d’Altice a mis en place un système complexe et opaque de fiducies, permettant à des dirigeants du groupe, mais aussi à des grandes fortunes, de détenir un intérêt dans l’opérateur télécoms, sans apparaître officiellement.

Armando Pereira et Patrick Drahi
Armando Pereira et Patrick Drahi Domine Jerome/ABACA

À qui appartient Altice ? Depuis l’éclatement du PereiraGate, cet été, on découvre que cette question simple appelle une réponse pour le moins complexe. En juillet, Armando Pereira a ainsi affirmé à la justice portugaise qu’il était actionnaire de l’opérateur télécoms à hauteur de 22 %, selon Mediapa...

Selon notre enquête, ce système opaque a aussi été secrètement mis en place avec bien d’autres acolytes. Des anciens dirigeants d’Altice, tels que Jean-Pierre Sother, Philippe Besnier, ou Olivier Gérolami. Mais aussi plusieurs grandes fortunes, rassemblées via un fonds commun : la société en commandite luxembourgeoise FFV SSCp. Créée en 2014, elle était gérée, via une autre entité luxembourgeoise FFV GP SARL, par des proches du polytechnicien (Jérémie Bonnin, Jean-Luc Berrebi, Armelle Koelf). Cette structure détenait 7,5 millions d’actions Altice SA en 2015, soit 3 % du capital Une participation qui valait en Bourse jusqu’à un milliard d’euros. Ces actions ont progressivement été vendues, avant que FFV SSCp ne soit finalement fermé en 2021.

Dans ce fonds, étaient réunis quelques grands noms du business que l’Informé est en mesure de dévoiler : Yves Paternot (ancien patron d’Adecco) et son trust, Nicole Bru-Magniez (héritière des laboratoires Upsa), Dominique Frémont (président de Mauboussin), Enrique Grebler (financier espagnol ancien d’UBS). Mais aussi plusieurs riches américains, basés en Caroline du Nord : Haynes Griffin (ex-PDG de l’opérateur mobile américain Vanguard), Thomas Sloan (ancien président de Southern Optical Co. racheté par Essilor), John Ellison, Jr (ex-PDG d’Ellison Co, un fabricant de portes et fenêtres), ou Steve Pond (ex-président des journaux américains de Reed Elsevier). À leurs côtés, on trouvait aussi des anciens dirigeants d’Altice (comme Bruno Moineville ou Philippe Lhomme), ou un fonds luxembourgeois géré par le suisse Pury Pictet Turrettini (Min Woodgate). Mais le plus gros ticket avait été mis par une mystérieuse société panaméenne baptisée Buarnet Investments S.A, dont le propriétaire reste inconnu.

Certains de ces investisseurs étaient de vieux compagnons de route de Drahi, déjà présents au capital de ses premières sociétés, Altice Participations I et II, des holdings immatriculées à Guernesey (finalement fermées en 2014). Selon BFM TV, on trouvait aussi dans ces structures le producteur audiovisuel Claude Berda et les frères Grosman (propriétaires de Celio).

De manière plus classique, d’autres investisseurs ont été réunis en 2021 dans une holding luxembourgeoise, AFP I SCSP. Elle détient 4,2% d’Altice Group Lux, la holding propriétaire d’Altice France (SFR) et d’Altice International (Portugal, Israël, République dominicaine, Teads). On retrouve dans AFP I SCSP les dirigeants du groupe : Dexter Goei, David Drahi, Dennis Okhuijsen, Malo Corbin, Jérémie Bonnin, Natacha Marty… Mais aussi deux milliardaires américains. Le premier, John Paulson, est à la tête d’un hedge fund qui a fait fortune en pariant à la baisse sur les subprimes lors de la crise de 2008. Via son fonds immatriculé aux îles Caïmans Paulson Enhanced Ltd, c’est le plus gros actionnaire de AFP I SCSP, avec 73% du capital en avril 2021. Le second, Andrew Klaber, était son bras droit durant 11 ans, avant de créer son propre fonds en 2020.

Contacté, Altice n’a pas répondu.

La holding personnelle de Patrick Drahi en mauvaise santé

Encore une salve de mauvais chiffres pour Patrick Drahi. Cette fois, ils concernent Next Alt, sa société personnelle, holding de tête du groupe Altice. L’Informé a récupéré les comptes sociaux de cette structure luxembourgeoise, qui détient les participations du milliardaire dans Altice France (SFR), Altice International (Portugal, Israël, République dominicaine, Teads), Altice USA, Altice UK (BT) et Sotheby’s. Ils reflètent une situation financière difficile : l’an dernier, Next Alt a affiché une perte nette de 2 milliards d’euros, portant son déficit cumulé à 13,5 milliards d’euros depuis sa création en 2015. 

Ce résultat est essentiellement dû à une dépréciation de 2,1 milliards de la participation dans Altice USA, plombée par un cours de Bourse en chute libre. Alors que les 49% détenus par Next Alt valaient 8 milliards de dollars fin 2020, leur valeur est tombée de 3,6 à 1 milliard de dollars durant l’année 2022. Depuis, elle a encore baissé, pour s’établir à seulement 670 millions de dollars aujourd’hui. 

En raison de cette chute, la valeur totale des actifs figurant au bilan de Next Alt a reculé de 6,6 à 4,9 milliards d’euros sur le dernier exercice. 

Quant aux capitaux propres, ils sont négatifs à hauteur de 14,5 milliards d’euros, le passif dépassant largement la valeur des actifs. En effet, Next Alt supporte 19,3 milliards d’euros de dettes brutes. La quasi-totalité (18,4 milliards) est de l’argent prêté par Next Luxembourg SCSP, une autre holding luxembourgeoise propriété de Patrick Drahi, et qui détient Next Alt. 

Dans ces dettes, on trouve aussi un prêt bancaire de 695 millions d’euros. En garantie de cet emprunt, le patron-fondateur a nanti 33,8 millions d’actions Altice USA (soit 7,4%), qui valent actuellement 105 millions de dollars, soit bien moins que la valeur du prêt. Toutefois, il s’agit d’un crédit de type “collar” (tunnel), qui offre une protection en cas de chute des actions gagées. 

Une précaution prise par Patrick Drahi suite à une mésaventure survenue en novembre 2015. Il avait souscrit un prêt de type “margin call” (appel de marge) garanti par des actions Altice. Mais lorsque ces dernières se sont effondrées (-23% en un mois), il a dû rembourser en urgence ce prêt, et l’a remplacé par ce collar avec Goldman Sachs.  La banque américaine avait alors immédiatement revendus les actions données en garantie, ce qui avait accéléré la chute du cours…  

Ces 19,3 milliards d'endettement ne concernent que Next Alt, sans tenir compte de ses filiales. Si l’on inclut toutes les sociétés consolidées, alors la dette brute est bien plus élevée. Le chiffre à fin 2022 n’est pas connu, mais à fin 2020, il s’élevait à 67,6 milliards d’euros, selon nos informations.