L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureAmazon et Uber prêts à se lancer dans la livraison de médicaments en France
Les deux géants sont en lice pour reprendre la start-up Livmed’s, une des pionnières de ce marché en France.
Les GAFAM vont-ils attaquer le marché français du médicament ? Livmed’s pourrait bientôt leur en donner l’opportunité. Créé en 2020, ce pro de la livraison de médicaments à domicile cherche actuellement des financements pour poursuivre son développement. Deux scénarios sont sur la table. La start-up envisage d’abord une levée de fonds, auprès de ses actionnaires actuels : CMA CGM, Sanofi et d’autres investisseurs. Mais ce Deliveroo du médicament, qui livre les produits d’un bon millier de pharmaciens partenaires, pourrait aussi tout bonnement se vendre à un groupe. Selon nos informations, différentes offres d’achat ont d’ores et déjà été déposées et sont actuellement examinées chez Rothschild & Co, la banque d’affaires en charge du dossier. « La livraison de médicaments est en train d’accélérer un peu partout : aux États-Unis, le laboratoire Pfizer vient même de lancer son propre site de vente en ligne, assure une source. Comme Livmed’s est le pionnier en France, un très gros marché, la société suscite l’intérêt. » Plusieurs candidats tricolores se sont penchés sur le dossier : le spécialiste des logiciels de santé Cegedim, la plate-forme Doctolib ou, plus surprenant, le groupe La Poste, via sa filiale Santé et Autonomie. Mais deux mastodontes américains ont déposé une offre : Amazon et Uber. De quoi faire trembler tout un écosystème.
Car le secteur de la pharmacie voit d’un bien mauvais œil le développement de Livmed’s. Lancé à Nice par deux jeunes entrepreneurs dont les mamans atteintes de maladies chroniques avaient du mal à se fournir en médicaments, le service de livraison répond à un besoin manifeste… Mais effraie aussi un bataillon d’acteurs. Inquiet que les prescriptions ne soient pas suffisamment sécurisées, le Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP) combat depuis deux ans dans les tribunaux toutes les plateformes de vente ou de livraison de médicaments, sans épargner Livmed’s. Il est soutenu dans ses démarches par les syndicats d’officines, dont les motivations s’avèrent aussi commerciales. Des campagnes de dénigrement ont aussi été lancées en ligne contre la start-up et ses pharmaciens partenaires.
Cette opposition entre acteurs historiques du secteur et nouveaux venus n’est pas près d’être tranchée. Interrogée en mars dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a assuré que la livraison de médicaments en ligne était légale… mais pas l’exercice en ligne du métier de pharmacien. Une décision qui laisse une marge d’interprétation aux différents camps. Signe toutefois que les choses évoluent, et vite, les syndicats de pharmacie ont effectué une étonnant volte-face cet été et discrètement annoncé le lancement de leur propre plate-forme le 23 juillet dernier. « On a été vraiment surpris ! », explique-t-on au CNOP. En s’appuyant sur la Caisse des Dépôts et La Poste Santé et Autonomie, les différents groupements et fédérations* assurent qu’ils lanceront début 2025 le site internet « MaPharmacieEnFrance ».
Reste que leur projet n’est pas très abouti. Pour preuve : ils ont découvert avec effroi à leur retour de vacances que le nom de domaine « MapharmacieEnFrance.fr » dont ils avaient annoncé le lancement était déjà pris… par Livmed’s. « Des réflexions sont en cours sur le nom qui sera utilisé » pour la nouvelle plate-forme précise à l’Informé Alain Grollaud, patron du syndicat Federgy, qui s’est empressé de créer une société baptisée Ma Pharmacie en France le 22 août dernier.
Contactés par l’Informé, Amazon a indiqué ne pas avoir de commentaire à faire, Uber ne pas avoir fait d’offre ferme et La Poste a précisé être « à l’écoute des opportunités du marché » dans le cadre du développement de sa branche Santé et Autonomie, mais « ne pas s‘être positionnée sur le rachat » de Livmed’s. Suite à la publication de notre article, Doctolib a indiqué sur X ne jamais avoir « envisagé ni déposé d’offre pour le rachat de cette start up ».
L’Autorité de la concurrence enquête sur le monopole de la pharmacie
Les tensions entre officines et plateformes de livraison ont manifestement éveillé l’intérêt de l’Autorité de la Concurrence. L’Informé a appris que des auditions ont été lancées au printemps 2024 à propos du monopole de la pharmacie et des conditions de son exercice. La profession serait-elle allée trop loin en tentant de défendre son pré carré ? Cette nouvelle enquête montre en tout cas que l’autorité indépendante veille au grain en matière de distribution de médicaments : elle intervient cinq ans seulement après une vaste étude accompagnée d’une enquête publique sur le même sujet.
*Federgy, l’Union des Groupements de Pharmaciens d’Officine, le Collectif National des Groupements de Pharmaciens d’Officine et l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine ; la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France n’a pas rejoint le mouvement.
Article modifié le 10 septembre 2024 à 18h suite aux réactions de Amazon, La Poste et Doctolib.