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Médias - Culture

Vivendi prêt à céder Gala pour récupérer Paris Match

Afin de répondre aux griefs de Bruxelles dans le dossier du rachat de Lagardère, Vivendi est contraint de céder un de ses titres people.

Claire Léost, présidente de Prismamedia
Claire Léost, présidente de Prismamedia ALAIN JOCARD / AFP

Le compte à rebours a commencé. Afin de pouvoir récupérer l’hebdomadaire Paris Match, propriété du groupe Lagardère en cours d’acquisition, Vivendi est prêt à se séparer de Gala, a appris l’Informé. La décision a été annoncée ce mardi matin aux élus lors d’une réunion d’urgence et sera partagée aux 130 personnes de ce titre à 11h. La direction aura six mois à partir de la reprise de Lagardère pour choisir un repreneur, un acteur des médias avec un projet ambitieux pour permettre de ne pas dégrader Gala, selon la direction de Prisma. La Commission européenne va superviser cette vente. « La décision est prise, on n’a pas le choix », ont indiqué les dirigeants. Un communiqué interne diffusé ce matin est venu le confirmer. Le processus d’information consultation démarrera le 14 juin au plus tard après feu vert des autorités.

Si Prisma Media accepte aujourd’hui de se séparer d’un de ses piliers, vendu en moyenne à 127 933 exemplaires chaque semaine, c’est pour plaire à Bruxelles. Depuis que Vivendi a annoncé sa volonté de racheter son concurrent Lagardère, la Commission a ouvert une enquête approfondie sur ce projet, annonçant « craindre que l’opération, en combinant trois magazines « people » (Paris Match de Lagardère et Gala et Voici de Vivendi), puisse donner naissance à un leader puissant sur le marché. La Commission craint qu’une telle situation ne nuise à la qualité, à la diversité et aux prix, aux dépens des lecteurs de ce type de magazine ». Précisément, la direction européenne de la concurrence, se basant sur les volumes de vente en 2021, estime que le nouvel ensemble détiendrait 50 % à 60 % de ce segment de marché, une position a priori dominante.

Vivendi a bien tenté de convaincre Bruxelles que Paris Match n’était pas un magazine people. En pratique, l’hebdomadaire avait temporairement diminué la présence de célébrités, notamment en une, au profit de personnalités politiques. En vain. Ce titre répond « aux caractéristiques d’un magazine people telles que déterminées par l’enquête de marché » , et il n’est pas exclu « qu’il soit en concurrence et dans le même marché que les magazines people », a répondu en février la commission dans sa notification de griefs, selon la Lettre A.

Le groupe contrôlé par la famille Bolloré a déjà dû enclencher la cession du groupe d’édition Editis afin de pouvoir récupérer Hachette. Il est entré en négociations exclusives avec Daniel Kretinsky afin de lui céder le second éditeur français. Le milliardaire tchèque, qui avait déjà racheté à Lagardère Ici Paris, Public et France Dimanche, pourrait être candidat au rachat Gala. De même que Reworld, qui édite déjà Closer. Ou encore Georges Ghosn, qui avait racheté  VSD à Prisma. Mais les représentants du personnel s’opposent déjà à toute vente à ces deux derniers groupes.

La décision de Vivendi sonne comme une mauvaise nouvelle pour le groupe de luxe LVMH qui lorgne Paris Match et le Journal du Dimanche (JDD) depuis 2021. Il avait même fait une offre de 80 millions d’euros pour récupérer ces deux hebdomadaires. Les journalistes des Échos et du Parisien, propriétés du groupe de Bernard Arnault, le soupçonnent d’ailleurs de ne pas vouloir irriter Bolloré dans les colonnes de ses deux quotidiens et ont récemment dénoncé plusieurs exemples en ce sens.

Ce changement notable de périmètre au sein de Prisma survient plus de deux ans après son rachat par Vivendi. L’an dernier, le groupe de presse a affiché un chiffre d’affaires de 320 millions d’euros, en progression de 3,5 % grâce aux acquisitions de TéléZ et de la licence Dr Good, mais en recul de 0,4 % à périmètre constant. Le résultat opérationnel ajusté a, quant à lui, atteint 31 millions d’euros (en retrait de 5,8 % à périmètre comparable, en hausse de 3 % sinon). Quant au résultat net, il a été affecté par les nombreuses clauses de cession payées aux journalistes ayant souhaité quitter le groupe après le rachat par Vivendi. Conséquence : la direction vient d’annoncer qu’aucune participation aux bénéfices ne serait versée au titre de l’exercice 2022. Au total, 25 millions d’euros ont été provisionnés sur deux ans pour faire face aux nombreux départs enregistrés (183 journalistes sur 400) mais aussi à d’autres charges de restructuration.