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Médias - Culture

Succession aux Échos : les promesses du candidat François Vidal à la rédaction

Ce lundi matin, François Vidal a passé son grand oral pour prendre la tête du quotidien économique : l’Informé a eu accès aux échanges. Proposée par LVMH, sa candidature doit être validée par les journalistes lors d’un vote ce jeudi. Il s’est entouré de David Barroux et de Lucie Robequain.

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Christophe ARCHAMBAULT

Semaine décisive aux Échos. Le directeur de la rédaction par intérim, François Vidal, a passé ce matin son grand oral - près de deux heures durant lesquelles il a été bousculé par les journalistes - afin de prendre la tête du quotidien économique et de son magazine. Pour être avalisée, sa candidature, proposée par le propriétaire du titre LVMH, ne devra pas être bloquée lors du vote du 28 septembre prochain. « J’ai envie de devenir directeur des rédactions, j’y ai beaucoup réfléchi cet été et je me sens prêt, vient-il d’indiquer lors de sa présentation. Mon projet est d’aller plus loin dans notre évolution afin que la lecture du journal soit autosuffisante comme l’est celle du Wall Street Journal et du Financial Times. »

Pour son programme, Vidal a annoncé trois actions majeures : développer la recherche d’informations exclusives face à l’arrivée de nouveaux médias, élargir le champ des sujets à traiter avec le management ou la santé, mais aussi renforcer la couverture de la culture, la gastronomie ou encore du tourisme. Enfin, il souhaite accélérer la transformation numérique avec de nouveaux formats (podcasts, vidéo, data journalisme…). Entre autres idées ? Une version en anglais sur les scoops et une lecture audio des articles. Pour renforcer la couverture de l’international, de nouveaux postes de correspondants en Europe et dans les pays émergents devraient être créés, et davantage de grands reportages proposés. « Tout cela demande des moyens supplémentaires, dont j’ai obtenu la garantie, mais aussi beaucoup d’énergie. Voilà pourquoi David Barroux et Lucie Robequain rejoindront la direction de la rédaction afin d’animer des groupes de travail, des task forces », a-t-il précisé.

Réputé proche de l’actionnaire, François Vidal, présent depuis 24 ans aux Échos, a dû donner des gages sur son indépendance, détailler ses liens avec le groupe de luxe, et s’expliquer sur certains articles et tribunes publiés récemment. Bousculé par certaines questions, il a notamment dû se défendre d’un traitement privilégié accordé à LVMH dans les colonnes du quotidien comparé à ses concurrents : l’empire des Arnault a eu droit à plus de 40 articles en moyenne par an, alors que Hermès a fait l’objet de sept papiers seulement depuis le début de l’année. « Il s’agit d’une société plus secrète qui communique peu », a expliqué François Vidal.

De même, il a dû répondre de la présence trop importante du commissaire européen Thierry Breton dans le journal, un proche de Bernard Arnault, désigné un temps pour gérer sa succession. « C’est un personnage important, il n’est pas anormal que l’on en parle souvent », a-t-il répondu. Seul mea culpa du candidat : il a reconnu une erreur sur un édito traitant les syndicats de « séditieux », en raison de leurs mobilisations après l’adoption de la réforme des retraites.

Pour savoir s’il a convaincu, il faudra attendre le 28 septembre. Les votants auront donc à se prononcer non pas sur une personne, mais sur un triumvirat. En pratique, le scrutin obéit à des règles particulières, qui sont basées, non sur le nombre de votants, mais sur celui des inscrits (245) possesseurs d’une carte de presse. Concrètement, si la candidature de François Vidal suscite l’opposition de la majorité des inscrits (soit 123 voix), alors elle sera retoquée, et le groupe de Bernard Arnault devra proposer un autre candidat.

Un vote pas totalement acquis, compte tenu des événements récents. Ce processus intervient après l’éviction surprise en mars de Nicolas Barré à la tête du journal depuis 2013. Celui-ci avait simplement indiqué qu’ « assurer l’indépendance de la rédaction est un rôle parfois pesant, parfois difficile, parfois stressant ». Depuis lors, François Vidal, bras droit de Nicolas Barré, assure donc l’intérim. Après ce départ source de fortes tensions internes, une journée de grève massivement suivie avait été organisée en juin afin de protester contre les modalités du scrutin et de la définition du corps électoral amené à se prononcer. Finalement, un accord entre LVMH et la société des journalistes a été trouvé à la rentrée.

« La rédaction est tiraillée entre voter pour une personnalité qu’elle connaît bien, même si elle manque d’indépendance, et le risque de voir débarquer quelqu’un de l’extérieur si d’aventure François Vidal se prenait un veto », note un journaliste.

Ce droit de veto sur le directeur de la rédaction avait été obtenu par les journalistes suite à une série de grèves menées en 2007, lors du rachat du quotidien par LVMH. Depuis, le groupe de luxe a proposé deux candidats pour le poste, à chaque fois le bras droit du directeur partant : Henri Gibier en 2008, puis Nicolas Barré en 2013. Toujours avec succès.

Un tel vote existe dans plusieurs autres journaux détenus par des industriels : le Monde, Libération, l’Obs, l’Express, Challenges, Télérama… Une proposition de loi transpartisane propose de généraliser ce dispositif et de conditionner les aides à la presse à la mise en place d’une telle procédure. Cette initiative est intervenue après la crise survenue au Journal du Dimanche cet été lors de la nomination de Geoffroy Lejeune à la tête de la publication dominicale. Jusqu’ici à la tête du magazine d’extrême droite, Valeurs Actuelles, l’arrivée de Lejeune avait suscité l’opposition de la rédaction du JDD qui s’est mise en grève durant un mois en guise de protestation. En vain. Finalement, la grande majorité des journalistes ont décidé de quitter ce titre à la rentrée et certains d’entre eux ont rejoint le nouveau projet de la Tribune Dimanche porté par l’armateur CMA CGM. « Avec ce qui s’est passé cet été au JDD, la rédaction des Échos a de quoi relativiser ce qui lui arrive, note un observateur. Leur vote ne fait donc aucun doute. »