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Médias - Culture

Radio France : les CDD montent au créneau pour défendre une collègue évincée

Après la mise à l’écart brutale d’une employée de longue date, les journalistes précaires de la Maison ronde se sont fendus d’une lettre ouverte à la direction.

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HENRIQUE CAMPOS / Hans Lucas via AFP

« Doit-on comprendre que le plus important à Radio France est de se taire ? » Ce 11 octobre, un bien fâcheux courrier a atterri dans la boîte mail de Sibyle Veil, de celles de tout l’état-major de la Maison ronde, et de l’ensemble des antennes locales. Intitulée « “Fin de collaboration” : un tournant...

Alice*, après plus de neuf ans de travail pour l’entreprise, a reçu un mail lui annonçant la fin de sa collaboration avec Radio France. En cause ? Des propos « intolérables » et « inadmissibles » tenus lors d’un entretien avec ses supérieurs, « qui s’est conclu par la présence d’un pompier, du médecin et par un arrêt de travail de plusieurs jours », précisent les salariés. Sont aussi évoqués le refus de la jeune femme d’une proposition de CDI à Reims, et ses interrogations sur une nouvelle clause de droit à l’image apparue sur les contrats des CDD du « planning », du nom du système qui organise les remplacements dans les différentes stations de Radio France. Pour rappel, afin d’entrer sur le planning, les pigistes de l’entreprise doivent passer un concours interne. S’ils sont retenus, ils obtiennent le droit d’enchaîner pendant plusieurs années des CDD, un peu partout en France et bien souvent dans les stations locales de France Bleu.

Au-delà de la mobilisation pour le cas personnel d’Alice, dont ils demandent la réintégration, les signataires de la lettre témoignent de leur inquiétude générale : « Nous avons le sentiment que cela pourrait être chacun de nous. […] Que se passera-t-il pour les prochains qui refuseraient une proposition ? […] Cela renforce un climat de peur déjà existant au sein de l’entreprise, et d’autant plus chez les précaires. ». Selon nos informations, les organisations syndicales ont envoyé à leur tour en fin d’après-midi un mail à Sibyle Veil pour soutenir leurs confrères : « Nous sommes très choqués par cette décision, qui nous semble particulièrement brutale et en contradiction totale avec les engagements de Radio France concernant la gestion du planning. » Dans le courrier, la CFDT, le SNJ, le SNJ-CGT, et SUD, demandent à la direction « de bien vouloir réexaminer ce dossier avec un regard neuf », et assurent se tenir à sa disposition « pour en discuter de vive voix ». « Ça leur fait peur, ils se sentent tous visés et c’est bien légitime. Nous les accompagnons », appuie une source syndicale auprès de l’Informé.

Un des signataires, de son côté, explique avoir aujourd’hui « le sentiment qu’un cap a été franchi. Nous recevons beaucoup de solidarité, notamment de la part de titulaires de Radio France. Cette affaire dit beaucoup de la manière dont le système est géré d’un point de vue humain ». « C’est la preuve d’un système en bout de course, abonde un autre. Les RH de Radio France profitent de la précarité du planning et donc des CDD pour se prendre pour des cow-boys », dénonce-t-il sous couvert d’anonymat. Dans l’ensemble, les concernés insistent : leur action est loin d’être anodine. « Notre statut dans l’entreprise fait que l’on n’est pas protégé, c’est donc coûteux pour nous de faire ça. Mais on essaie de montrer qu’on ne se laisse pas faire. » Demandant d’être « reçus le plus rapidement possible par la direction […] pour avoir des explications sur votre vision de la gestion humaine des CDD et du planning », les signataires de la lettre assurent être « prêts à collectivement [se] mobiliser ».

La dernière grande mobilisation des précaires de Radio France remonte à 2022. Les CDD et pigistes s’étaient alors élevés, avec succès, contre un projet de réforme du planning qui prévoyait notamment d’imposer d’accepter un poste au bout de quatre années en CDD.

Radio France nous a fait parvenir cette réponse le 12 octobre au matin : « Radio France ne commente pas les dossiers RH de ses salariés dans la presse. Toutefois puisque vous en traitez dans vos colonnes, nous tenons à préciser qu’il s’agit là d’une situation purement individuelle qui n’a aucune portée collective. Il serait erroné de donner à ce cas particulier une quelconque autre signification que celle de la gestion d’un comportement individuel problématique. »

*Prénom d’emprunt