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Continuer la lectureLes vrais chiffres de Salto avant liquidation
La plate-forme VoD a réalisé un chiffre d’affaires de 44 millions d’euros l’an dernier, ce qui correspond à 630.000 abonnés payants au mieux.
Clap de fin pour Salto. TF1, M6 et France Télévisions ont repoussé le seul candidat prêt à reprendre leur plateforme commune de streaming, l’espagnol Agile, et décidé la liquidation amiable du site. Depuis ce lundi 13 février, il n’est déjà plus possible de s’abonner au service de vidéo à la demande ...
C’est très loin du plan d’affaires initial, qui visait un million d’adeptes fin 2021. C’est aussi très inférieur aux scores revendiqués publiquement. En janvier 2022, la patronne de France Télévisions Delphine Ernotte avait parlé de 700 000 aficionados. Puis, en novembre 2022, la Tribune avait évoqué 900 000 abonnés. Enfin, M6 a annoncé le 13 février « près d’un million d’abonnés à ce jour ». Ces chiffres flatteurs intégraient visiblement une proportion importante de comptes gratuits, liés à la période d’essai d’un mois.
Côté rentabilité, les pertes s’élèvent à 138 millions d’euros en 2022, dont 66 millions de coûts de liquidation. Cela porte le déficit cumulé depuis la création à 256 millions. Heureusement, une grande part des dépenses étaient constituées de l’achat de programmes et de spots publicitaires auprès des trois actionnaires…
Pauvreté de l’offre
Cet échec commercial est confirmé par l’observatoire que vient de publier le Centre national du cinéma (CNC). On y constate que Salto était utilisé par seulement 13 % des consommateurs de vidéo à la demande par abonnement (SVoD), loin derrière Netflix (66 %), Amazon Prime (47,5 %), Disney + (35 %) et Canal Plus Séries (17 %).
Une autre étude, le baromètre de l’offre SVoD de Médiamétrie, pointe la pauvreté du service. Selon cette enquête, Salto offrait 1 102 titres différents, soit quatre fois moins qu’Amazon Prime Vidéo, et six fois moins que Netflix. Surtout, le petit poucet du streaming ne proposait que… 8 séries originales, dix fois moins que Disney + et cent fois moins que Netflix, à en croire la même source. En effet, son catalogue était constitué en quasi-totalité de programmes diffusés sur les antennes de ses trois actionnaires. Parmi plus populaires, figuraient les émissions de télé-réalité (les Marseillais...), en particulier les avant-premières proposées quelques jours avant leur diffusion hertzienne.
À noter que ces mauvaises performances ont été reconnues par France Télévisions, à l’origine du projet. « Le recrutement à fin 2021 est inférieur au plan d’affaires du fait du retard du lancement sur Bouygues Telecom (en mai 2021 alors qu’initialement prévu en février 2021) et d’un taux de désabonnement plus élevé qu’attendu, du fait d’un profil client majoritairement jeune (moins de 35 ans) », indique le groupe public dans ses comptes.
[*] En novembre 2022, Salto a augmenté son tarif de base de 6,99 à 7,99 euros par mois.
L’étonnant revirement stratégique de TF1 et M6
Changement de ton radical chez TF1 et M6. Il y a encore quelques semaines, les deux chaînes martelaient que posséder un acteur français fort dans la SVoD était indispensable pour concurrencer Netflix, Disney + et consorts. Avec un objectif évident : justifier leur fusion.
Auditionné au Sénat, l’ancien PDG Gilles Pélisson avait ainsi assuré : « les investissements des plateformes donnent le vertige. Les huit premiers groupes américains investissent 115 milliards de dollars de dépenses pour les films et les émissions de télévision sur l’année qui vient. Aussi, les acteurs nationaux doivent défendre des projets ambitieux pour préserver notre souveraineté culturelle. Ce projet de fusion avec M6 en est un ».
Le premier actionnaire de TF1 Martin Bouygues avait ajouté : « L’arrivée d’acteurs de taille planétaire que sont les Gafam change tout. La seule capitalisation boursière de Netflix représente 176 milliards de dollars en 2021, c’est-à-dire cent fois la capitalisation boursière de TF1. Ces bouleversements peuvent, à terme plus ou moins rapide, tuer le modèle économique de la télévision ».
Toujours au Sénat, le patron de la Six Nicolas de Tavernost abondait : « les acteurs français locaux sont les seuls à pouvoir résister à l’envahissement des plateformes… Nous avons besoin de regroupements pour éviter une compétition acharnée avec des plateformes extrêmement riches ». Et dans le Figaro, le n° 2 de M6 Thomas Valentin assurait : « Nos concurrents sont les Gafa et notre ambition, c’est le streaming ».
Maintenant que le rachat de M6 par TF1 a échoué, ce discours est tombé aux oubliettes, et Salto n’est apparemment plus aussi stratégique…