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Continuer la lectureLes (très) bons chiffres du magazine scientifique Epsiloon
Créé par des anciens de la rédaction de Science & vie, le mensuel, qui a tout misé sur une diffusion papier, a dégagé ses premiers bénéfices en 2023. Une performance dans le contexte actuel.
La science aurait sans doute du mal à expliquer ce phénomène. Le magazine Epsiloon vient de dégager son premier bénéfice en 2023, un peu plus de deux ans seulement après son lancement. Une sacrée performance pour un journal papier, dans un contexte de crise de la presse. « Nous nous sommes lancés sans étude marketing, simplement avec nos convictions et notre envie d’expliquer comment la science révèle le monde grâce à un mensuel d’actualité », explique Hervé Poirier, cofondateur de cette publication aux côtés de Mathilde Fontez. À écouter la rédactrice en chef, la période leur serait plutôt favorable. « La science était mise de côté jusqu’à récemment mais elle est revenue au cœur des sujets de société avec la crise du Covid, le réchauffement climatique et l’émergence de l’intelligence artificielle », estime-t-elle. L’originalité du titre a aussi, forcément, joué. Dans le numéro de juin apparaîtra encore une nouvelle rubrique intitulée « Les articles auxquels vous avez échappé », afin de faire comprendre aux lecteurs pourquoi certains sujets retenus se sont révélés être de fausses bonnes idées.
Dans le détail, Epsiloon a compté l’an dernier près de 31 000 abonnés et se vendait en moyenne à 11 187 exemplaires en kiosque, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). Des performances certes en recul sur un an (de 13 % et 18 % respectivement), mais synonymes d’une meilleure santé financière. « Nous avons arrêté de faire des offres à prix cassés, et nous avons augmenté notre prix de 4,9 à 5,90 euros afin de faire face à la hausse du coût du papier », précise Hervé Poirier. Le chiffre d’affaires est ainsi passé de 3,44 à 3,95 millions d’euros entre 2022 et 2023, et devrait se situer autour de 4,2 millions d’euros cette année. Les pertes, quant à elles, se sont réduites de 1,3 million en 2021 à 672 000 euros en 2022. « Nous avons atteint la rentabilité au cours du dernier exercice, de l’ordre de quelques dizaines de milliers d’euros, mais notre situation est encore fragile, ajoute-t-il. 95 % de nos revenus proviennent de nos ventes y compris celles de nos hors-séries, de nos mooks et de nos livres (Fun Science) et 5 % de la publicité. » Le site Internet, lui, sert jusqu’ici de vitrine à la publication dont une version numérique est proposée en téléchargement.
Constituée d’une quinzaine de journalistes, la rédaction compte beaucoup d’anciens de Science & Vie, tous partis lors du rachat du titre par le groupe Reworld. La mauvaise réputation du repreneur avait fait fuir de nombreuses plumes, comme ce fut le cas dans bien d’autres publications rachetées par le groupe de Pascal Chevalier. Mécontent de voir naître un concurrent, Reworld a attaqué en justice ses anciens salariés notamment pour « parasitisme et concurrence déloyale », avant de perdre l’an dernier. Tout au long de cette bataille, Epsiloon a pu compter sur son actionnaire, Unique Heritage Media (UHM), propriétaire de 95 % des parts et également éditeur du Journal de Mickey, de Picsou magazine et des titres de Fleurus Presse (Papoum, Abricot, Pirouette…). L’entreprise dirigée et possédée par Emmanuel Mounier a investi au total plus de 2,5 millions d’euros dans le magazine scientifique depuis 2021 et accueillera bientôt la rédaction dans son siège parisien dans le 18e arrondissement.
Afin d’asseoir sa notoriété, Epsiloon compte poursuivre les initiatives lancées : le mensuel participe notamment à des expositions en réalisant des panneaux d’affichage sur la science et sa rédactrice en chef tient une chronique sur France Info. En parallèle, une nouvelle campagne de financement participatif sur la plateforme Ulule vient de débuter. Elle servira à publier le deuxième mook de la série Les voyages d’Epsiloon, Dans la forêt, après le premier sorti fin 2023, Dans la lune. Un moyen de fédérer les lecteurs autour des valeurs du magazine. Dès le lendemain de son lancement le 22 avril, la campagne atteignait déjà près de 80 % de son objectif maximum de 100 000 euros. « Il ne s’agit pas pour nous de gagner de l’argent, mais d’installer notre nom et notre savoir-faire en gardant un lien avec nos lecteurs », explique Hervé Poirier. Le titre tente aussi d’obtenir le statut de média d’information politique et générale (IPG). Une forme de reconnaissance.