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Médias - Culture

L’agence de com’ Ici Barbès déboutée face à son ancien client Leroy Merlin

Elle avait attaqué l’enseigne de bricolage car celle-ci avait réduit drastiquement son volume de commande.

MHRC / Photo12 via AFP

Les relations entre les annonceurs et leurs prestataires, agences de communication ou régies, peuvent être tendues, mais il est très rare qu’elles se terminent au tribunal. L’agence ou la régie ravale généralement ses prétentions pour ne pas insulter l’avenir. L’agence Ici Barbès, après avoir tenté un règlement amiable en 2021, a, elle, décidé d’aller au bout de son contentieux avec son client Leroy Merlin : elle a entamé fin 2021 une première action judiciaire en référé - une demande écartée -, puis une seconde sur le fond en juillet 2023, pour rupture brutale des relations commerciales devant le tribunal des activités économiques de Paris. Celui-ci lui a donné tort vendredi 2 mai, selon nos informations. Le contexte de marché, marqué par la transition de la communication papier vers les canaux numériques, a joué un rôle notable dans sa décision.

Ici Barbès, qui a pour clients SNCF, EDF, Enedis, la Mutuelle Générale, la SPA ou l’Apec, travaillait pour Leroy Merlin depuis au moins 2017. En avril 2021, l’enseigne de bricolage lui a notifié la fin de leur collaboration avec un préavis de 18 mois, invoquant une baisse structurelle des commandes papier et une numérisation progressive des communications éditoriales. Ici Barbès a contesté cette sortie, expliquant que son chiffre d’affaires mensuel avec la marque avait déjà chuté de 40 % dès la période de préavis par rapport à la période 2017-2020. Défendue par Hanane Bencheikh du cabinet Guido Avocats, l’agence dirigée par Laurence Vignon demandait 630 700 euros à Leroy Merlin pour rupture brutale de leurs relations commerciales, encadrées par plusieurs contrats (2017, 2018, 2020).

Le tribunal a rejeté sa requête, estimant que la diminution progressive du volume d’activité commandée et payée par Leroy Merlin ne répondait pas aux critères légaux d’une rupture illicite. Celle-ci se manifeste par un préavis insuffisant ou une chute brutale du chiffre d’affaires. Premièrement, le préavis de 18 mois appliqué par Leroy Merlin a été jugé conforme. Deuxièmement, « une baisse de 19 % entre 2020 et la période de préavis ne peut être qualifiée de brutale », a tranché le tribunal. Celui-ci a fait remarquer que la baisse du chiffre d’affaires mensuel d’Ici Barbès s’inscrivait dans une tendance décroissante depuis plusieurs années : de 239 800 euros en 2017, il était passé à 173 771 euros en 2018, 157 286 euros en 2019, 129 092 euros en 2020, puis à 103 732 euros pendant le préavis (2021-2022).

Le tribunal a donné crédit aux arguments de Leroy Merlin, défendu par le cabinet Deprez Guignot. « La diminution était prévisible au regard de l’évolution inéluctable des pratiques commerciales vers le numérique », a estimé le tribunal dans sa décision que nous avons consultée, ajoutant que la baisse des prestations papier « relève d’une mutation sectorielle incontestable. Ici Barbès ne pouvait prétendre à un maintien à l’identique de son chiffre d’affaires, dès lors que Leroy Merlin, comme ses concurrents, réduisait ses commandes pour s’adapter aux attentes environnementales et aux nouveaux canaux digitaux. »

Ici Barbès a la possibilité d’interjeter appel. Contactés, ni Ici Barbès ni Leroy Merlin n’ont répondu à nos sollicitations à l’heure de notre publication.