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Médias - Culture

Journalistes vs IA : Catherine Pégard s’empare du dossier Infopro (LSA, Le Moniteur…)

La ministre de la Culture va rencontrer les élus syndicaux du groupe de presse professionnelle qui souhaite supprimer des postes grâce à l’intelligence artificielle. La députée Aurélie Trouvé veut aussi se saisir de cette affaire.

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STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Cette fois, le dossier devient politique. Nous le révélions début mai, le groupe Infopro Digital, éditeur de 26 publications dont LSA, l’Usine Nouvelle, l’Argus de l’assurance ou Le Moniteur, veut supprimer tous ses postes de secrétaires de rédaction (SR). Les diverses tâches jusqu’ici confiées à 19 ...

Le sujet prend une telle ampleur que la rapporteuse de la commission d’enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, Aurélie Trouvé (LFI), va se rendre dans les locaux d’Infopro Digital ce même jour. Interrogée par l’Informé, la députée Insoumise souligne « vouloir apporter son soutien aux salariés et interroger la gestion du fonds Towerbrook », actionnaire de l’éditeur. Ce dernier compte également à son capital Qatar Holding LLC (14 %), une filiale de Qatar Investment Authority (QIA), le fonds souverain du pays. « La direction utilise l’IA pour réduire la masse salariale et améliorer la rentabilité déjà élevée touchée par les dirigeants en France et notre actionnaire principal, le fonds américano-britannique Towerbrook (qui contrôle 84,6 % de la holding derrière Infopro Digital en s’endettant via un LBO) », tempête Pablo Aiquel, rédacteur à La Gazette des communes et secrétaire général du SNJ-CGT.

Pour mettre la pression, les élus ont déjà suspendu cette semaine les négociations en cours sur le passage au forfait jour, empêchant la direction de poursuivre ce chantier. Car pour eux, le plan de licenciement qui doit se boucler le 15 juillet au plus tard leur fait craindre une modification de la charge de travail. « Les rédacteurs devront valider ou non les suggestions proposées par l’IA ce qui aura un impact sur leurs conditions de travail qui n’a jamais été quantifié », souligne un élu. Plus tôt, ils avaient adopté une motion de défiance regrettant « l’absence totale de concertation en amont avec les équipes concernées », « l’absence d’information sur les capacités et modalités d’utilisation » de cette technologie ou encore « l’absence de garantie éditoriale des titres ». Cette motion devrait être reprise par une société des journalistes (SDJ) en cours de création et regroupant l’ensemble des 26 titres. Jusqu’à présent seule l’Usine Nouvelle avait une SDJ.

Toutes ces tensions surviennent au moment même où le groupe est épinglé sur les réseaux sociaux pour un usage pour le moins maladroit de l’IA. Un classement des 50 plus grands distributeurs au monde (voir ci-dessous) a été publié mi avril par l’un des magazines d’Infopro Digital sur LinkedIn - dont des copies restent toujours en ligne - et relayé par la déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution. Dans ce document réalisé grâce à l’intelligence artificielle et visiblement non relu par un secrétaire de rédaction, apparaissent de nombreuses erreurs. Ikea est mentionné comme originaire des Pays-Bas au lieu de la Suède, l’anglais Kingfisher (Castorama en France) a été renommé « Martin-pêcheur » (une traduction littérale), l’indien Reliance s’est vu rebaptiser « Dépendance », le japonais Fast Retailing (Uniqlo) est devenu « Vente au détail rapide »... « C’est amusant, les traductions non contrôlées de l’IA », réagit même un lecteur. « On voit bien dans cet exemple que les abonnés à nos magazines qui paient cher pour une information de qualité, deviennent les dindons de cette mauvaise farce », conclut Pablo Aiquel. Interrogé, Infopro Digital n’a pas souhaité faire de commentaire.

Le classement mis en ligne par un des magazines d’Infopro contenait plusieurs coquilles

Ebra étudie aussi le passage de ses rédactions à l’IA

Le groupe de presse régional Ebra, propriété du Crédit Mutuel, veut lui aussi passer à l’intelligence artificielle. Cette filiale regroupant neufs quotidiens régionaux (Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Progrès, l’Est Républicain…) a enregistré un chiffre d’affaires stable l’an dernier à 479 millions d’euros mais une perte de 35 millions d’euros en hausse de plus de 50 %. Afin de redresser les comptes, un plan stratégique devrait être dévoilé aux salariés dans les prochaines semaines et pourrait prévoir la suppression de 500 postes comme l’a indiqué l’Humanité. Selon nos informations, la direction souhaiterait mettre en place un nouvel outil, Sophi, développé par le quotidien canadien The Globe and Mail et commercialisé par Eidosmedia. « Cette solution réduit l’ensemble du processus de mise en page d’impression de quelques heures à quelques minutes, sans l’utilisation de modèles. Les éditeurs peuvent considérablement améliorer leur productivité et réduire les coûts », indique Eidosmedia sur son site. De quoi faire craindre un impact social sur les métiers de maquettistes et de secrétaire de rédaction. Interrogé, Ebra indique mener « des réflexions sur l’utilisation de nouveaux outils et l’automatisation de certaines tâches fait partie des sujets étudiés sans aucune décision arrêtée à ce stade ». Mais le groupe précise que ces sujets feront, le moment venu, l’objet « d’échanges avec les collaborateurs et les partenaires sociaux dans le cadre d’un dialogue social transparent et constructif ».