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Continuer la lectureJohn Textor perd une nouvelle manche dans son bras de fer avec Jean-Michel Aulas
La justice a sanctionné l’homme d’affaires américain pour ne pas avoir fini de régler son dû à l’ancien boss de l’Olympique lyonnais. 12,7 millions d’euros sont en jeu.
« Je n’ai pas fait d’erreur en rachetant l’OL. J’aime le club, la communauté. Je pense que j’ai fait une erreur en achetant quelque chose à Jean-Michel Aulas. (…) Dans une interview fleuve accordée à l’émission Rothen s’enflamme sur la chaîne RMC Sport, le 15 décembre, John Textor, a rappelé combien ...
Mi-novembre, Eagle Football Holdings, le groupe fondé par le natif du Missouri a été condamné par le tribunal des affaires économiques de Paris à verser 12,7 millions d’euros à Jean-Michel Aulas en échange du solde des actions de l’OL encore détenues, soit 4,243 millions de titres. C’est-à-dire condamné à finir de lui racheter ses parts, ce qui était marqué noir sur blanc dans le protocole d’accord initial. Cette victoire pour le candidat déclaré à la mairie de Lyon, actuellement en campagne, reste théorique. Car rien n’indique à ce jour que John Textor, au travers de son groupe, ne se soit conformé à cette décision. Elle est pourtant assortie d’une astreinte de 20 000 euros par jour en cas de non-paiement dans les 15 jours suivant le verdict, intervenu le 14 novembre 2025.
Ce jugement devrait en théorie refermer l’histoire du rachat de l’OL. Une histoire mouvementée. Lors de la prise de contrôle de décembre 2022, John Textor s’engage à racheter la totalité des actions détenues par celui qui a bâti un grand nom du championnat de France de Ligue 1. Déjà, le premier versement n’est pas honoré dans les temps par l’Américain, entraînant quelques péripéties (voir encadré), avant que les deux hommes ne se rabibochent. Le 12 novembre 2024, Holnest, le family office du grand patron rhodanien, décide, conformément au protocole d’accord existant, d’activer son option de vente et de céder la totalité des 4,243 millions d’actions de l’OL (soit 2,41 % du capital) encore en sa possession à un prix fixé à 3 euros l’action. Pour un montant total de 12,7 millions d’euros donc.
Mais Eagle Football Holdings ne procède pas au paiement demandé. Et la situation s’enlise. Un premier email de relance est adressé à John Textor fin novembre 2024. Trois autres suivront en janvier 2025. Holnest met ensuite son partenaire en demeure de le payer et de respecter ses engagements… Sans succès. En mars 2025, c’est une assignation qui est envoyée. L’entreprise de John Textor réplique et attaque à son tour pour justifier ce non-paiement : selon lui, Jean-Michel Aulas aurait tenu des propos dénigrants dans la presse et se serait immiscé dans la gestion des affaires de l’OL. Ces faits supposés sont contraires aux clauses inscrites au contrat, et rendraient caduque l’obligation de rachat des actions. Eagle Football Holdings réclame même 1 million d’euros de dommages et intérêts à Jean-Michel Aulas.
Face à ce sac de nœuds, le tribunal des affaires économiques de Paris décide de joindre les deux procédures. Les juges consulaires, après avoir examiné les soi-disant propos litigieux de l’ancien boss de l’OL ont estimé qu’ils n’étaient pas dénigrants puisqu’ils ne concernaient pas directement les différentes parties concernées, ne portaient pas de jugement de valeur ou encore s’inscrivaient, pour certains d’entre eux, dans le cadre de la fonction de vice-président de la Fédération française de football occupé par JMA. En somme, pas de quoi fouetter un chat selon le tribunal, qui a également rejeté les accusations d’immixtion dans les affaires de l’OL et tranché qu’Eagle Football Holdings devait donc honorer ses engagements et acheter les actions détenues par Holnest. Compte tenu du passif compliqué entre les deux camps, une astreinte conséquente a même été décidée (20 000 euros par jour de retard après un délai de 15 jours démarrant le 14 novembre).
À John Textor qui demande d’écarter l’exécution provisoire du jugement, c’est-à-dire son application immédiate sans attendre le résultat de l’appel, le tribunal a aussi répondu « No ». Les magistrats observant que les précédents rachats d’actions « n’ont été réalisés qu’à la suite d’une décision de justice ». Mais en ce début d’année, le mystère plane sur la mise en œuvre de ce paiement. Détenteur de 87,78 % du capital du club à fin juin 2025, Eagle Football Holdings dépasserait le seuil de 90 % s’il avait procédé à l’acquisition des 2,41 % appartenant encore à Jean-Michel Aulas. Un franchissement que le club, en tant que société cotée à Euronext, devrait déclarer à l’Autorité des marchés financiers (AMF). Pourtant, près de deux mois après la décision de justice, l’AMF n’a rien publié. Le document d’enregistrement universel de l’entreprise pour 2024-2025, déposé le 10 décembre, ne fait pas non plus mention d’un tel rachat dans le chapitre consacré aux éléments intervenus après la clôture. Contactés, parfois à plusieurs reprises par l’Informé, Eagle Football Holdings, John Textor, Jean-Michel Aulas et Holnest n’ont, à ce jour, pas répondu à nos sollicitations. De son côté, l’Olympique lyonnais nous a répondu « ne pas souhaiter faire de commentaires ».
Plus de trois ans de relations tumultueuses
19 décembre 2022 : l’homme d’affaires américain John Textor, via sa structure Eagle Football Holdings, rachète la majorité (78 %) du capital d’OL groupe. Un pacte d’actionnaires est signé pour organiser la future cession des titres encore détenus par Holnest, la holding de Jean-Michel Aulas.
Mai 2023 : Alors que le maintien de Jean-Michel Aulas au poste de PDG d’OL groupe avait été décidé pour trois ans, celui-ci est révoqué cinq mois à peine après l’arrivée du nouvel actionnaire, sur fond de divergences stratégiques. Un avenant au pacte d’actionnaire et des protocoles d’accord sont signés. Ils prévoient notamment le rachat de 4,8 millions d’actions avant le 10 août 2023, le solde devant être racheté à partir du 10 novembre 2024.
Août 2023 : Le rachat de la première tranche d’actions n’est pas réalisé à la date prévue. Holnest met alors en demeure Eagle Football Holdings et Eagle Football Group (nouveau nom d’OL groupe) de s’exécuter.
11 décembre 2023 : un nouveau protocole d’achat est signé entre les parties pour mettre fin aux litiges. Le rachat a eu lieu le 8 janvier 2024, 5 mois plus tard que prévu.
5 juin 2024 : Holnest échange 5,4 millions d’actions du club en sa possession contre 100 % des titres OL Vallée Arena (la société exploitante de la LDLC Arena), détenue par Eagle Football Group.
12 novembre 2024 : Holnest exerce l’option de vente de 4,243 millions d’actions Eagle Football Group (ex-OL Groupe), les dernières encore en sa possession. Mais Eagle Football Holdings ne procède pas au rachat, pourtant prévu entre les parties. Dans les semaines qui suivent, la situation n’évolue pas malgré des relances amiables, puis une mise en demeure. Holnest passe alors par la case justice.
14 novembre 2025 : le tribunal des affaires économiques de Paris condamne Eagle football Holdings à racheter les actions d’Eagle Football Group (ex-OL groupe) auprès d’Holnest, family office de Jean-Michel Aulas pour une somme totale de 12,7 millions d’euros (assortie d’intérêts). Le rachat doit s’opérer dans les 15 jours à compter de la signification du jugement, sous astreinte de 20 000 euros par jour de retard passé ce délai.