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Médias - Culture

France Télévisions enregistre un record de jours de grève

Les mobilisations contre la réforme des retraites et la refonte des JT régionaux ont fortement perturbé les antennes en 2023. Cette année pourrait être tout aussi mouvementée en raison de la dissolution de l’Assemblée nationale.

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RICCARDO MILANI / Hans Lucas via AFP

Un record. L’année dernière France Télévisions a enregistré le nombre de jours de grève le plus élevé depuis au moins cinq ans, a appris l’Informé. Le groupe public a connu 137 jours de grève sur l’ensemble de son périmètre (incluant les chaînes ultramarines) en 2023. Un chiffre huit fois plus élevé ...

Le projet Tempo visait à supprimer les éditions nationales des JT du 12/13 et du 19/20 pour les remplacer par vingt-quatre éditions régionales sous le nom ICI 12/13 et ICI 19/20. Un moyen selon la patronne du groupe, Delphine Ernotte, de se rapprocher des Français. Mais cette refonte a suscité l’opposition des syndicats, qui demandaient davantage de moyens pour des « rédactions déjà à l’os » face à cette nouvelle charge de travail. Ils ont appelé à la grève à plusieurs reprises tout au long de l’année. « Le pic de la crise est survenu en novembre 2023 avec un préavis illimité. Mais si les chiffres peuvent sembler importants, ils ne concernent qu’une partie des salariés », précise la direction.

Au total, 9 909 jours ont été non payés aux salariés l’an dernier, contre 2 231 jours en 2022 soit plus de quatre fois plus. En moyenne, cela signifie que 72 salariés étaient en arrêt par journée de grève. « Ces chiffres me font sourire, indique Raoul Advocat, élu SNJ. Pour tenir sur la durée contre le projet Tempo et ne pas amputer le pouvoir d’achat des salariés, cinq syndicats [SNJ, CFDT, Sud, FO, CGT] avaient décidé des débrayages de 59 minutes à raison de deux à quatre arrêts par jour à des horaires différents et en faisant tourner les équipes. Comment voulez-vous comptabiliser cela en jour de grève ? ».

Le groupe public n’a pas été en mesure d’estimer le coût de ces arrêts en termes de recettes publicitaires - les réclames y sont autorisées jusqu’à 20 heures - ni le gain procuré par les journées non payées. Tout juste peut-on noter que les charges de personnels se sont élevées à 1,03 milliard d’euros en 2023, en légère progression de 1,4 % dans un contexte pourtant marqué par une forte inflation (4,9 % selon l’Insee). En parallèle, les effectifs ont baissé de 1,3 % à 8 825 postes (contre 8 950 en 2022).

La direction n’en a pas fini avec ce sujet, car cette année pourrait s’annoncer pire encore. Les représentants du personnel se sont déjà mobilisés contre le projet de loi sur l’audiovisuel public défendu par la ministre de la culture, Rachida Dati. Il s’agissait de rapprocher Radio France et France Télévisions sous une même holding dès janvier 2025, puis de fusionner les deux un an plus tard. Deux jours de grève ont déjà eu lieu les 23 et 24 mai derniers avant l’examen du texte repoussé à la fin juin. Ses opposants y voyaient une façon de recréer l’ORTF, structure rassemblant toutes les chaînes sous tutelle du pouvoir jusqu’à son éclatement en 1975. Sauf que l’annonce surprise d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale lundi 9 juin vient tout bousculer. Le projet de holding est désormais mis sur pause. Et il pourrait être remplacé par une option encore plus clivante. Et en cas d’accession au pouvoir du Rassemblement national après les élections législatives, son vice-président Sébastien Chenu a en effet rappelé le programme de son parti sur RMC : « la privatisation du service public de l’audiovisuel c’est trois milliards d’économies (...) ça ne se fait pas en quinze jours, ça se fait dans le cadre d’un mandat ».

Cette déclaration a fait chuter les cours de Bourse de TF1 et M6 en début de semaine. Les deux chaînes privées pâtiraient en effet de l’arrivée d’un nouveau concurrent sur le marché publicitaire. Le programme du RN semble toutefois contrevenir à la nouvelle législation européenne sur la liberté des médias (Media Freedom Act) effective depuis mai. Elle « assure le fonctionnement indépendant des médias de service public » et « protège l’indépendance éditoriale ».