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Médias - Culture

France Télévisions encadre strictement l’usage de l’intelligence artificielle

Dans une note adressée à la rédaction, le directeur de l’information du groupe audiovisuel donne des principes stricts d’utilisation de l’IA par les journalistes, le temps d’élaborer une charte plus précise avec des chercheurs et des experts.

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MARTIN BUREAU / AFP

La note envoyée à tous les journalistes du groupe France Télévisions a valeur d’avertissement. Dans un courrier de deux pages que l’Informé a pu consulter, le directeur de l’information, Alexandre Kara, a tenu à rappeler à ses équipes quelques principes directeurs face à une révolution en cours : celle de l’intelligence artificielle (IA). « Préparer un contenu avec l’IA générative, sous contrôle éditorial : oui. Produire un contenu directement avec l’IA : non. »

Nommé en octobre dernier en remplacement de Laurent Guimier parti rejoindre la filiale média - Whynot Media - de l’armateur CMA CGM, Alexandre Kara souligne ne pas s’opposer à l’usage de ChatGPT, le service d’OpenAI. Sans mentionner les autres outils disponibles (Bard de Google, Midjourney…), il précise que « chacun doit être conscient que l’IA n’est pas, et ne sera jamais, une source ; au même titre que Wikipédia, ou tout autre site internet dont les sources ne sont pas vérifiées par un travail journalistique ». Et d’ajouter, « ChatGPT va proposer comme réponse ce qui paraît le plus probable, le plus vraisemblable, mais pas forcément ce qui est le plus pertinent, et surtout pas ce qui est le plus vrai (...) L’IA générative peut aider un journaliste spécialisé à effectuer une veille sur son domaine. Mais attention, les résultats sont souvent orientés ou biaisés, volontairement ou involontairement, par les créateurs de ces IA. » Le texte autorise toutefois la rédaction à s’appuyer sur ces outils pour « la production d’images non photo-réalistes, illustration de concepts, données abstraites, etc… »

La position de France Télévisions, très stricte, diffère grandement de celle d’autres groupes de médias anglo-saxons privés. News Corp (propriétaire du Wall Street Journal, The Sun…), BuzzFeed, Gizmodo… utilisent déjà ces technologies pour la rédaction de certains articles diffusés en ligne. D’autres, après des essais peu concluants et des critiques de lecteurs, ont décidé de suspendre cette expérience à l’instar de The Dispatch. Au Royaume-Uni, le Daily Mirror et l’Express ont commencé à s’appuyer sur cette solution.

En France, hors de question pour le groupe audiovisuel public de s’aventurer sur ce terrain et de s’exposer à d’éventuelles poursuites en justice : « L’écriture d’un commentaire ou d’un article par l’IA est strictement proscrite. L’erreur d’une IA ne sera pas opposable si elle se retrouve à l’antenne ou en ligne. La responsabilité du rédacteur comme de sa chaîne de validation sera engagée, comme pour tout défaut de vérification. » En clair, en cas de procès suite à une bévue, il serait impossible de se défausser sur l’outil.

La note se termine par deux injonctions. D’une part, n’autoriser aucune initiative personnelle en la matière. D’autre part, éviter de rentrer des informations personnelles ou confidentielles sur France Télévisions ainsi que sur des enquêtes en cours de réalisation. Les conséquences d’une telle imprudence peuvent être lourdes, Samsung en sait quelque chose. En mai dernier, des salariés de l’entreprise sud-coréenne avaient testé ChatGPT avec des informations confidentielles (du code source) qui s’étaient retrouvées dans la nature. Cette mésaventure a créé un électrochoc pour les groupes du monde entier qui ont pris conscience de la nécessité de sensibiliser les employés sur cette question.

Voilà pourquoi France Télévisions a programmé des séances de formation à ces outils dès le 2 octobre. D’une durée d’une heure tous les lundis et les mardis sur une période de six semaines, des groupes de six personnes vont pouvoir s’y inscrire. Au-delà de cette formation, d’autres évolutions devraient suivre dans les prochains mois. L’Institut National de l’Audiovisuel (INA) devrait apporter son expertise sur ce sujet avec des cas concrets afin d’aider également à l’élaboration d’une charte avec l’apport de chercheurs et de spécialistes du domaine.