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Continuer la lectureChâteau Miraval : Brad Pitt perd son procès contre le fisc
Pour payer moins d’impôts, l’acteur américain avait minoré la valeur de sa demeure varoise de plus de 21 millions d’euros.
« Je suis un agent du fisc ». Dans le film Rencontre avec Joe Black, Brad Pitt, qui joue le rôle de la Mort, se fait passer pour un inspecteur des impôts auprès de son interlocuteur, surpris par cette révélation. Cette fois, c’est l’acteur américain qui se trouve face au fisc français, et il ne s’agi...
Une acquisition réalisée en 2008 avec sa compagne de l’époque, l’actrice Angelina Jolie. Cette année-là, pour 25 millions d’euros, ils mettent la main sur une magnifique bâtisse du XVIIe siècle, au cœur de la Provence. Un an plus tard, le couple débourse 3,25 millions de plus pour acquérir la villa voisine de Peyrefuguède. D’importants travaux de restauration de la bastide sont alors entrepris pour un montant total de 31,1 millions d’euros. Réfection des réseaux d’eau, assainissement, installations d’éléments de domotique mais aussi hammam, jacuzzi, salle de gym, piscine intérieure… À la fin de ce chantier, la valeur du château, de ses annexes et de la villa de Peyrefuguède grimpe à près de 49 millions d’euros dans les comptes 2013 de la société Château Miraval SA.
Pourtant, en 2014, année du mariage des Brangelina au château, cette valorisation est fortement revue à la baisse. Selon l’évaluation d’un expert mandaté par le couple, leur bien ne vaut plus que 25,7 millions d’euros, et la villa Peyrefuguède, 2 millions à peine, soit une chute de 21 millions d’euros. Ce calcul revêt une importance de taille, car il permet à la société de passer une dépréciation dans ses comptes qui diminue d’autant le bénéfice de la société Château Miraval SA. Et in fine de payer environ 7 millions d’impôts en moins. Pourtant, cette estimation, surtout après de tels travaux, ne convainc pas le fisc qui décide de redresser la société.
En 2020, Brad Pitt, divorcé entre-temps d’Angelina Jolie, contre-attaque et saisit le tribunal administratif de Toulon. Comme l’avait révélé l’Informé, il a perdu une première manche, mais ne se laisse pas désarçonner pour autant, et décide de faire appel de cette décision. L’acteur a donc subi une nouvelle déconvenue le 24 novembre dernier. Pour le juge, les demeures de la région avec lesquelles l’expert a comparé Miraval n’étaient pas « intrinsèquement similaires aux biens en litige. » Les surfaces n’étaient pas identiques, l’année de construction n’était pas mentionnée, etc… Pis encore, la valeur vénale de la villa de Peyrefuguède, a été évaluée par l’expert à 1,83 million d’euros, alors qu’elle avait été acquise en 2009 pour 3,25 millions d’euros. « Les prix du marché de l’immobilier en France et dans le département du Var pratiqués en 2014 sont proches de ceux constatés en 2008, et ne sauraient justifier un tel écart », ajoute le juge. Enfin, étrangement, la « revalorisation importante des loyers n’aurait pas influé de manière significative sur la valeur des actifs », note-t-il. Le loyer de la bâtisse a en effet grimpé de 234 000 à 620 000 euros annuels. Une hausse de 165 % !
Résultat, Brad Pitt n’avait pas le droit de réduire la valeur de ses biens immobiliers de plus de 21 millions d’euros, et le redressement fiscal a donc été confirmé.
La position de la star est d’autant moins défendable qu’elle a elle-même valorisé son actif bien plus cher dans diverses autres déclarations. En mars 2020, une expertise estime les actifs de la société Château Miraval à 97,4 millions d’euros, dont 25,5 millions pour la marque, 13,5 millions pour les bâtiments et 1,8 million pour le vignoble. Puis, dans une plainte déposée en 2021 au Luxembourg, ses avocats indiquent que « les actifs de [la société] Château Miraval peuvent être évalués à plus de 140 millions d’euros ». Enfin, l’an dernier, les avocats de la société ont déclaré auprès du tribunal de commerce de Carpentras que « le domaine est aujourd’hui valorisé entre 65 et 70 millions d’euros », citant à l’appui une expertise du cabinet Daniel Féau Provence.
Désormais, Brad Pitt peut soit lâcher l’affaire, soit se pourvoir en cassation devant le Conseil d’État. Et il reste un second conflit toujours en cours. L’acteur américain est en guerre contre son ex-femme, Angelina Jolie, qui lui a reproché sa folie des grandeurs à Miraval. Dans la plainte déposée en Californie, l’actrice détaille les dépenses somptuaires qui ont pesé sur les comptes de la société et l’ont donc pénalisée puisqu’elle détenait la moitié de la propriété jusqu’en 2021, année où elle a revendu ses parts au milliardaire russe Yuri Scheffler. « Des millions pour des projets vaniteux, dont plus d’un million de dollars pour la rénovation d’une piscine, la construction et la reconstruction d’un escalier à quatre reprises et des millions pour restaurer un studio d’enregistrement. » Et d’ajouter « près d’un million d’euros par an pour reconstruire constamment des murs en pierre en faisant appel à des maçons venus de Croatie », sans compter près de 3 millions d’euros pour des dépenses non précisées. Qualifié « d’enfant irritable » par qui son ex-femme, Brad Pitt continue de se défendre. Un Fight Club dans les vignes de Miraval.
Contactés, la société Château Miraval et ses avocats Alain Maillot, François de Berard et Franck le Mentec n’ont pas répondu.
Un administrateur provisoire chez Château Miraval
Depuis que la guerre est déclarée avec Angelina Jolie et Yuri Scheffler, la gestion de Château Miraval SA est bloquée. À tel point qu’un mandataire ad hoc a été nommé en juin, puis un administrateur provisoire en juillet, à la demande de la société.
Origine du problème : la holding luxembourgeoise Quimicum SARL, propriétaire de Château Miraval SA, est paralysée à cause du conflit. La maison mère n’est plus représentée chez sa filiale en raison de la brouille des Brangelina. Les assemblées générales d’actionnaires de Château Miraval SA se tiennent donc avec seulement deux administrateurs qui détiennent chacun une action. Il s’agit de deux proches de Brad Pitt : Roland Venturini (59 ans), marseillais émigré aux États-Unis recruté initialement pour garder le château, et Gary Bradbury (62 ans), britannique qui s’occupait initialement des propriétés de l’acteur aux États-Unis.
Sauf que les statuts de la société française prévoient un conseil d’administration composé d’au moins trois membres. En 2021, la star de Fight club a donc proposé de nommer dans l’instance son propre agent, Warren Grant. Mais celui-ci ne pouvant acheter une action à Quimicum, sa nomination est devenue caduque.
Fin 2022, Brad Pitt a retenté sa chance en nommant deux administrateurs, qui cette fois n’étaient pas des proches : le spécialiste de la restructuration d’entreprises Dominique Bernard, et le vigneron Christophe Salin, ancien patron de Lafite Rothschild qu’Angelina Jolie avait nommée chez Quimicum. Mais, là encore, les deux arrivants n’ont pu acquérir une action, et donc leur nomination n’a pu être régularisée.