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Continuer la lectureChâteau de Miraval : les dépenses somptuaires de Brad Pitt ne passent pas (Partie 1)
Une centaine de millions d’euros ont été engloutis dans le domaine depuis son rachat par l’acteur. Son associé, l’oligarque russe Yuri Scheffler, a lancé plusieurs procédures devant la justice française. Premier volet de notre enquête sur Brad Pitt.
Ce 4 mars 2022, un huissier accompagné de serruriers et de deux voitures de gendarmes débarque au château de Miraval. Comme tout le monde dans la région, il sait bien quel est l’illustre propriétaire de cette magnifique bâtisse provençale de 35 pièces : Brad Pitt, acquéreur du domaine avec sa femme A...
À l’origine de ces saisies ? Le « tsar de la vodka » Yuri Scheffler. En 2021, cet oligarque russe a racheté à Angelina Jolie 50 % de la société Château Miraval SA, qui possède à la fois la masure et le vignoble. Il est donc aujourd’hui le détenteur des lieux avec Brad Pitt… et soupçonne son alter ego de mener une gestion pour le moins foutraque du château. Comme Angelina Jolie avant lui, Yuri Scheffler s’interroge : le vignoble a beau dégager de juteux revenus, rien ne tombe jamais dans la poche des propriétaires. Entre 2013 et 2021, l’activité viticole a permis de remonter 38,75 millions d’euros à la holding Château Miraval SA, sans que ses associés ne touchent de dividende. Pire encore, alors que les actionnaires ont prêté 68 millions d’euros à la société, ils attendent toujours d’être remboursés du premier centime. Et ce tas d’or n’a pas non plus été mis en réserve : la trésorerie s’élevait à seulement 614 000 euros fin 2020.
Alors où passe l’argent ? Selon l’oligarque, au moins 60 millions d’euros ont été engloutis entre 2014 et 2020 dans de dispendieux travaux menés à Miraval, « des rénovations coûteuses sans objectif économique » : une cinquième piscine à un million d’euros, des pigeonniers à 2 millions d’euros, un escalier construit et reconstruit 4 fois jusqu’à ce que Brad Pitt soit satisfait, ou enfin des tailleurs de pierre venus de Croatie pour refaire des murs, ce qui aurait coûté un million d’euros par an durant des années… Sans compter, un studio d’enregistrement de musique dernier cri, où la chanteuse Sade a enregistré son nouvel album.
Yuri Scheffler souligne aussi que Brad Pitt logerait dans son pied à terre « sans rémunérer » la société Château Miraval SA, alors que les lieux sont normalement loués 620 000 euros par an à des tiers. Un privilège dont le comédien est d’ailleurs le seul à profiter, puisque ni Angelina Jolie, ni les six enfants du couple, n’ont séjourné sur place depuis que l’actrice a demandé le divorce en 2016…
« Brad est mon patron »
Bref, pour les avocats de l’associé russe, c’est évident : « M. Pitt semble gérer l’argent de la société Château Miraval SA comme son argent de poche personnel. » Ils accusent les dirigeants de l’entreprise de ne penser qu’au profit du héros de Fight club, sans tenir compte des intérêts de l’autre actionnaire (hier Angelina Jolie, aujourd’hui Yuri Scheffler), ni même le consulter. Une gestion « susceptible de constituer un abus de biens sociaux » selon eux.
Dans leur ligne de mire, notamment, le président de Château Miraval SA, Roland Venturini, payé, non par la société, mais directement par la star de Seven. Déjà à leur époque, les représentants d’Angelina Jolie lui avaient reproché de prendre ses ordres directement auprès de l’acteur… Et Roland Venturini leur aurait répondu : « Que dois-je faire ? C’est mon patron ! »
Moyen de pression
La comédienne, elle aussi, a longtemps dénoncé la gestion de Brad Pitt. Quelques mois avant de vendre ses parts du domaine, elle écrivait à son ex-mari : « au cours des quatre dernières années, j’ai été témoin de nombreux comportements inconsidérés, d’argent dépensé d’une manière que je n’aurais pas approuvée, et de décisions prises sans que je sois consultée ».
Angelina Jolie affirmait également avoir demandé à Brad Pitt de faire remonter les plantureux cash-flows du vignoble, sans succès. Pour se sortir de cette impasse, elle a bien essayé de vendre ses 50 % à son ex-époux, mais les discussions n’ont jamais abouti, conduisant à une cession à Yuri Scheffler.
Pour l’interprète de Lara Croft, l’acteur voulait garder ainsi un moyen de pression, au moment où ils bataillaient pour la garde de leurs enfants. « Toutes mes économies - et mon indépendance financière - sont bloquées à Miraval, a-t-elle ainsi déclaré à la justice américaine, indiquant avoir investi 40 millions de dollars dans l’affaire. Lors des négociations sur la vente de ma participation, Brad ne semblait pas disposé à renoncer au levier économique que la propriété représente sur moi, m’obligeant à rester bloquée dans l’entreprise et la propriété. ».
Offensive tous azimuts
L’homme d’affaires russe espérait sans doute qu’avec lui, Brad Pitt soit plus raisonnable, mais le conflit s’est au contraire envenimé. « M. Pitt n’agit pas de manière rationnelle », affirment les avocats de l’oligarque.
Le milliardaire a donc décidé de lancer une offensive tous azimuts contre l’acteur américain, notamment devant la justice française. Selon nos informations, il a porté plainte au pénal contre Gary Bradbury et Roland Venturini. Il menace en outre de les attaquer au civil (ainsi que Marc Perrin) pour leur demander des dommages, via une « action en responsabilité », comme disent les juristes. Il a aussi demandé à la banque de Château Miraval de geler ses actifs, ce qu’elle a refusé. Enfin, il a donc envoyé un huissier saisir des documents, mais les intéressés ont contesté cette descente devant le tribunal de commerce de Draguignan et le tribunal judiciaire de Carpentras, avec plus ou moins de succès.
Le 4 janvier dernier, le tribunal de Carpentras est revenu sur l’ordonnance autorisant le raid chez Marc Perrin, et a même ordonné de restituer les documents et de détruire toute copie. Furieux, Yuri Scheffler a déposé un contre-recours devant la cour d’appel de Nîmes, qu’il vient de gagner. Les juges d’appel ont donc dispensé l’oligarque de rendre les papiers saisis. Selon eux, cette restitution aurait conduit à « la destruction des éléments de preuve collectés », ce qui aurait été « manifestement excessif »…
Quoi qu’il en soit, les malheurs de Brad Pitt ne s’arrêtent pas là. Il est aussi en litige avec le fisc français concernant la valorisation du château, comme nous vous le raconterons dans un prochain épisode…
Contactés, l’avocat français de Brad Pitt Alain Maillot, Angelina Jolie, celui de Marc Perrin Quentin de Margerie, et celui de Yuri Scheffler Thomas Heintz n’ont pas répondu.
Quand LVMH s’invite dans la guerre au château Miraval
La guerre entre Brad Pitt et Yuri Scheffler porte aussi sur les différentes marques liées au vignoble, comme l’avait expliqué il y a un an le site Gotham city. Historiquement, les droits sur “Miraval”, “Château Miraval”, “Château Miraval Côtes de Provence”… appartenaient à la société Chateau Miraval SA, qui accordait une licence d’utilisation à la société commercialisant le vin, Miraval Provence SAS, contre une faible rémunération (217.360 euros en 2020). Mais, à partir de 2017, ces marques ont été transférées à Miraval Provence SAS, qui les a déposées à son nom à travers le monde.
Problème: les deux sociétés n’ont pas les mêmes actionnaires. Chateau Miraval SA, on l’a vu, est détenue à 50/50 par Brad Pitt et Yuri Scheffler. En revanche, Miraval Provence SAS appartient pour moitié à la famille Perrin, le solde se répartissant entre Brad Pitt (25%) et Yuri Scheffler (25%).
Autrement dit, l’opération a permis aux Perrin de mettre la main sur 50% des marques… sans même débourser un centime, qui plus est : ce transfert a eu lieu gratuitement, alors que, selon Yuri Scheffler, ces enseignes vaudraient aujourd’hui “plusieurs centaines de millions de dollars”. La seule marque “Miraval Côtes de Provence” a été valorisée 24,5 millions d’euros par un expert.
Ce tour de passe passe n’est donc pas du goût du roi de la vodka, qui, en décembre 2021, prévenait personnellement Brad Pitt : « Si Marc Perrin ne restitue pas les marques à Château Miraval, je n'aurai d'autre choix que d'emprunter la voie légale, c'est-à-dire engager des poursuites civiles et, le cas échéant, pénales à l'encontre de toute partie qui aurait été associée à la privation des actifs de Château Miraval. En tant qu'actionnaire tant de Château Miraval que de la marque Miraval, je protègerai mes intérêts jusqu'au bout et sans hésitation »
Pour se défendre, Brad Pitt et Marc Perrin ont affirmé qu’Angelina Jolie avait été avisée de ce transfert, et qu’il avait été effectué à la demande de… LVMH. En effet, en 2016, le géant de luxe avait proposé d’investir dans l’affaire, précisément dans la société commercialisant le vin, Miraval Provence SAS. Mais le groupede Bernard Arnault aurait demandé à ce que cette structure détienne les marques. Les discussions sont visiblement allées assez loin: selon nos informations, Moët Hennessy a envoyé en 2018 une lettre d’intention accompagnée d’un “term sheet”. Mais elles n’ont pas abouti à ce jour. Entretemps, LVMH (qui n’a pas répondu à nos questions) s’est rabattu sur d’autres rosés de Provence, comme Esclans ou Minuty.
Entre Brad et Yuri, tous les coups sont permis
Dans la guerre qu’ils se livrent, Brad Pitt et Yuri Scheffler n’hésitent pas à taper en dessous de la ceinture. Toutes les casseroles ressortent, notamment dans les procédures qui les opposent aux Etats-Unis. “M. Pitt est devenu alcoolique au fil des années… Il a un problème d'abus d'alcool qu’il a publiquement reconnu”, ont ainsi rappelé les avocats de l’oligarque russe. Selon eux, l’acteur a aussi continué à travailler avec Harvey Weinstein alors qu’il avait été prévenu de son comportement par Angelina Jolie, mais aussi par son ancienne compagne Gwyneth Paltrow.
Les avocats de l’acteur ont contre-attaqué en pointant les pratiques “impitoyables”, les intentions “toxiques”, et les associés “douteux” du roi de la vodka. Ils rappellent notamment que le milliardaire a vendu son yacht au prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane en 2014. Et bien sûr, ils pointent les origines russes de sa vodka star, la Stoli, mises en avant dans les publicités jusqu’à la guerre en Ukraine. Ils précisent également que Petr Aven, oligarque proche de Poutine, a été administrateur d’une filiale lettonne de Scheffler, Latvijas balzams AS. Le roi de la vodka a répondu avoir délocalisé la production de la Stoli de Russie vers la Lettonie, avoir dénoncé l’invasion russe de l’Ukraine, et surtout être un opposant résolu de Poutine. Il rappelle que le Kremlin l’a poursuivi en justice, a demandé son extradition à la Grande Bretagne (où il s’est exilé en 2002), et aurait même tenté de le kidnapper et de l’empoisonner.
Une longue bataille juridique
Aux Etats-Unis
-En janvier 2022, Yuri Scheffler fait une demande de fourniture de documents (discovery) auprès de Brad Pitt. La demande est accordée, mais Brad Pitt fait appel
-En février 2022, Brad Pitt conteste devant la Superior Court of California la cession des 50% d’Angelina Jolie à Yuri Scheffler
-En septembre 2022, Yuri Scheffler contre-attaque en réclamant plus de 250 millions de dollars de dommages à Brad Pitt et Marc Perrin.
Au Luxembourg
-en 2008, la holding luxembourgeoise Quimicum, qui détient la société française Château Miraval SA, est rachetée par Brad Pitt (60%) et Angelina Jolie (40%)
-en 2013, Brad Pitt vend à Angelina Jolie pour 1 euro 10% de Quimicum, qui devient détenu à 50/50
-en septembre 2021, Brad Pitt demande l’annulation de la vente de 10%, car le prix d’un euro n’était “pas sérieux”
-en novembre 2021, Brad Pitt demande en référé de placer sous séquestre les 10% durant le procès précédent, demande rejetée en février 2022, rejet confirmé en appel en juin 2022