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Cendrillon était bien un remake d’Aladin

Le producteur du film à succès « les Nouvelles Aventures d’Aladin », avec Kev Adams, a été condamné à indemniser son réalisateur.

Les nouvelles aventures d Aladin
Les nouvelles aventures d Aladin 74 Films / Pathe / M6 Films / Ar

Cendrillon contre Aladin. Ce n’est pas le pitch d’un improbable film d’aventures, mais la base d’une histoire bien réelle qui vient de se jouer au tribunal. Elle oppose les créateurs d’un long-métrage au succès incroyable : les Nouvelles aventures d’Aladin, une comédie avec Kev Adams qui a réuni 4,4 millions de spectateurs à sa sortie en salles en 2015. Un carton (à 15,4 millions d’euros de budget tout de même) qui a donné des idées à ses producteurs, Daniel Tordjman et Pathé. Ensemble, ils ont lancé en 2017 l’adaptation d’un autre conte de fées, au titre tout trouvé les Nouvelles aventures de Cendrillon, avec Marilou Berry en vedette et qui a coûté 11,3 millions d’euros.

Pour ce deuxième film, les producteurs ont fait appel au même scénariste, Daive Cohen, et aux mêmes musiciens que pour leur premier projet, mais pas au même réalisateur. Ils ont écarté le metteur en scène, Arthur Benzaquen, qui en a visiblement conçu une certaine amertume. En allant voir les Nouvelles aventures de Cendrillon, l’artiste a trouvé que le long métrage ressemblait beaucoup à son Aladin. Trop, même. Il a donc décidé d’attaquer les producteurs en justice, avec succès. Selon nos informations, la cour d’appel de Paris vient de condamner la société de Daniel Tordjman à lui verser 73 500 euros, plus 10 000 euros de frais de procédure. Une jolie somme, inférieure toutefois aux 283 500 euros réclamés.

Fait rare, la justice a considéré que le Cendrillon était bien un remake inavoué du Aladin. Or, en cas de remake, le contrat d’Arthur Benzaquen lui promettait de recevoir un bonus de 30 %. Notre homme ayant touché 245 000 euros bruts HT sur le premier film, il avait donc droit à 73 500 euros supplémentaires.

Comparaison plan par plan

Mais établir que le second long métrage était un remake du premier n’a pas été chose aisée. Cette notion n’ayant pas de définition légale, les juges se sont basés sur celle qui figure dans le contrat : une œuvre qui « reprend en substance tout ou partie des thèmes, intrigues, situations, personnages, dialogues, voire découpage, cadrage, mise en scène ».

Ils ont relevé que les équipes de Cendrillon avaient, lors de la sortie du film, mis en avant sa parenté avec Aladin, avec la mention : « par les producteurs de Les Nouvelles aventures d’Aladin ». Dans le dossier de presse, le réalisateur Lionel Steketee assumait même clairement : « le principe de narration, déjà utilisé dans les Nouvelles aventures d’Aladin, c’est-à-dire un narrateur qui raconte l’histoire à un enfant, nous permet des va-et-vient constants entre réalité et fiction, ainsi qu’une licence artistique et des anachronismes ».

Le tribunal a ensuite comparé les deux opus plan par plan, et effectivement relevé « de grandes similitudes dans le traitement des thèmes, intrigues, découpage et mise en scène ».

D’abord, dans les deux cas, le film débute de nos jours à Paris, avec un héros contraint de raconter un conte à un enfant avec lequel il se retrouve bloqué. Les deux intrigues alternent ensuite entre l’époque moderne et celle du conte, avec la voix off du héros en ligne rouge. À chaque fois, plusieurs personnages de l’intrigue contemporaine (parents, amis, rivaux…) sont transportés dans le conte, à commencer par le héros lui-même. Un parallèle est alors entretenu entre les deux époques (problèmes rencontrés, solutions apportées et dénouement).

Mais ce n’est pas tout. Toute une série de gags sont aussi communs aux deux scénarii. Par exemple, les enfants interviennent pour désapprouver l’histoire qui leur est contée et demander des modifications. Les personnages contemporains apparaissent à l’époque du conte avec leurs habits d’aujourd’hui. La lampe d’Aladin et le miroir de la marâtre de Cendrillon sont tous deux verrouillés par un code (comme pour un smartphone), oublié par le personnage. À chaque fois, Aladin et Cendrillon sont transformés par le génie ou la marraine, puis apparaissent dans un clip vidéo moderne et y dansent. Enfin, un personnage d’une autre fable (Blanche neige ou le Petit chaperon rouge) apparaît pour faire diversion et permettre au héros de s’échapper.

Les juges ont aussi lu les critiques, qui, à l’époque, avaient présenté le deuxième film « comme étant la déclinaison du précédent ». Ils ont enfin relevé des similitudes dans la bande-annonce (même structure, même voix) et dans les affiches (structures et couleurs « très semblables » ). Pour se défendre, les producteurs ont argué – en vain — que l’affiche d’Aladin était elle-même « inspirée des films les Gardiens de la galaxie et Kingsman »… 

Toutefois, les juges d’appel ont considéré que Cendrillon n’était pas une « contrefaçon », et donc qu’Arthur Benzaquen n’était pas coauteur du remake. Le réalisateur avait aussi demandé d’interdire l’exploitation des deux œuvres, mais en vain.

Du cinéma aux clubs de gym

Au passage, la cour d’appel a désavoué le tribunal judiciaire de Paris, qui avait tranché en faveur des producteurs. Explication : les juges de première instance s’étaient montrés beaucoup plus restrictifs dans la notion du remake, et s’étaient basés sur « la définition usuellement admise » du mot. Selon eux, Cendrillon aurait dû fidèlement reprendre l’histoire et l’intrigue d’Aladin pour être qualifié ainsi, ce qui n’était pas le cas en l’occurrence. Ils avaient aussi jugé que le réalisateur d’un film n’avait aucun droit d’auteur sur le scénario et les dialogues, qui sont le fruit du travail du scénariste.

Entre-temps, les producteurs Daniel Tordjman et Pathé, ne se sont pas laissés abattre par cette affaire et le bide relatif de Cendrillon (800 000 entrées) : ils ont tourné une suite affichée comme telle d’Aladin… baptisée Alad’2. Dotée d’un budget record de 20 millions d’euros, elle a attiré 2,3 millions de curieux lors de sa sortie en salles en 2018. Là encore, la réalisation a été confiée à Lionel Steketee, metteur en scène des Nouvelles aventures de Cendrillon, et non à Arthur Benzaquen. Ce dernier n’est plus jamais passé derrière la caméra. Toutefois, il a écrit une série pour OCS (Holly weed) et produit deux longs métrages (Budapest et Du soleil dans les yeux). Dans un tout autre registre, il a repris le groupe de salles de sport de ses parents, Ken Club, puis racheté les salles Club Med Gym.

Contactés, Stéphane Hasbanian et Marie-Catherine Vignes (avocats d’Arthur Benzaquen), Matthieu Boccon-Gibod et Cécile Labarbe (avocats de Pathé et Daniel Tordjman), Lorenzo Valentin et Catherine Denoun (avocats de Lionel Steketee) n’ont jamais répondu.