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Luxe

LVMH, Hermès, Chanel… les impasses de la certification du cuir

Les grands acteurs du luxe cherchent à rassurer investisseurs et clients sur les conditions de production de leurs cuirs. Mais le principal label du secteur, décerné par le Leather Working Group, comporte d’importantes limites.

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Antonio Gravante / Antonio Gravante - stock.adobe.com

Les célèbres sacs Birkin d’Hermès sont-ils confectionnés à partir de veaux heureux ? À lire le site internet de la maison de luxe, pas de doute. Le fabricant développe toute une page pour convaincre investisseurs et clients de sa politique en matière de bien-être animal. Avec, pour enfoncer le clou, ...

Créé en 2005, le LWG s’est imposé comme principale référence dans le secteur. Bien des maroquiniers ou des chausseurs en ont fait leur blanc-seing, un sésame censé rassurer les consommateurs sur les conditions de production de leur cuir. Et de fait, cette certification impose aux tanneries des mesures environnementales exigeantes, du traitement des déchets, à la manipulation de produits chimiques, ainsi que des règles en matière de santé et de sécurité des travailleurs. À la Fédération Française de la Tannerie Mégisserie (FFTM), la direction salue son protocole « complexe et très costaud. »

Mais le label n’a rien d’exhaustif. Les dirigeants de l’organisme ne manquent d’ailleurs pas de le rappeler aux marques. Le LWG « ne certifie pas le cuir : nous certifions un site audité [la tannerie] et non le matériau », a encore souligné Stuart Cranfield, directeur des normes du LWG, lors d’un événement interprofessionnel fin février. « Le public serait surpris d’apprendre le peu de choses vraiment garanti par son standard », regrette même Emma Håkansson, fondatrice de l’ONG australienne Collective Fashion Justice. Opaque, l’organisme de certification refuse de publier le détail de son cahier des charges. Or ses limites demeurent nombreuses.

D’abord, ce standard ne s’intéresse qu’à un seul maillon de la chaîne de production : les élevages et les abattoirs n’entrent pas dans son champ d’analyse. Ensuite, au sein même des tanneries, certains aspects échappent encore à la certification LWG. Le standard, léger sur les critères sociaux, n’impose par exemple aucun salaire minimum. Il reste aussi permissif sur les questions de traçabilité. Certes, l’organisation calcule dans quelle proportion une tannerie connaît l’abattoir de provenance. Mais le pourcentage obtenu « est reporté séparément du résultat de l’audit », comme l’a rappelé Stuart Cranfield fin février. Résultat ? Si une tannerie ne connaît pas l’abattoir d’où sont issus les cuirs, cela n’a aucun effet sur la validation de l’audit. Quant à identifier les élevages où ont grandi les bêtes avant cela, le LWG ne s’en occupe pas encore. Sollicitée, l’organisation rappelle être avant tout un « groupe de travail », en « évolution permanente », avec pour objectif de « nourrir une amélioration constante ». Des progrès conditionnés au bon vouloir des entreprises du secteur.

Car la structure dépend fortement de ces acteurs : les sociétés dont elle audite les chaînes de valeur sont aussi ses financeurs. Son comité exécutif est composé de griffes comme LVMH ou Adidas, ainsi que de leurs fournisseurs – lesquels se retrouvent à la fois juge et partie, pour définir les critères du standard LWG. Contacté, le LWG nous a répondu par écrit que ce comité fournit une « supervision indépendante et équilibrée de l’organisation, en tant que mouvement global pour le changement ».

À défaut d’un label commun tout terrain, plusieurs maisons développent leurs propres programmes pour se prémunir de risques juridiques ou réputationnels. Elles mènent des audits ou travaillent avec d’autres certifications, plus précises. Sollicité par l’Informé, LVMH indique ainsi disposer de 96 % de visibilité au pays d’origine pour les cuirs ovins et bovins, issus principalement d’Europe, des États-Unis et d’Australie. Également contacté, Chanel affirme travailler uniquement avec des tanneurs européens, avec 75 % d’approvisionnements en peaux issus de France, d’Italie et des Pays-Bas. Les deux groupes précisent avoir mis en œuvre des audits « Cuir de Veau Français Responsable », à l’instar d’Hermès. Ce protocole vise à garantir le bien-être animal… mais il ne couvre que la France et ne publie pas son cahier des charges.

Au sein de l’industrie, il est encore difficile de porter un regard critique sur les initiatives en cours, d’autant que le luxe fait figure de bon élève par rapport à la fast fashion. Une interrogation revient : qui va financer l’amélioration environnementale et sociale ? Son coût incombe souvent aux fournisseurs - tanneurs, éleveurs et abattoirs - davantage qu’aux enseignes fortunées. Il est pourtant conséquent, si l’on en croit ce salarié d’une tannerie d’Hermès : « la préparation à l’audit du LWG a coûté environ 700 000 euros sur une année pour correspondre au cahier des charges. » Et ce, sans compter le tarif payé à l’organisme pour passer sa certification. La Fédération des tanneurs ne trouve pas que cela soit un problème : « on ne peut pas parler d’un coût pour se préparer à la certification. C’est plutôt un investissement à faire de toute façon, qui sert l’avenir de la tannerie ». Seul groupe à avoir répondu sur ce point, LVMH affirme « apporter un soutien financier à toutes les tanneries souhaitant se faire auditer pour la certification LWG », sans préciser le montant.

Également contactés, Hermès, Kering et Richemont n’ont pas souhaité répondre.

*Jusqu’à début février, la page développait, plus haut, tout un paragraphe sur la certification de cet organisme, une référence dans l’industrie du cuir (cf PDF ci-dessous). Ce dernier a été supprimé entre-temps, après que l’Informé a contacté le fabricant des sacs Birkin et autres Kelly.