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Groupe Barrière : Dominique Desseigne laisse les rênes à son fils

Après un an de conflit, Dominique Desseigne a accepté de transmettre à son fils Alexandre la présidence de l’empire hôtelier et casinotier.

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Bertrand Rindoff Petroff / Getty Images

Le changement de règne se précise. Dominique Desseigne, 78 ans, s’apprête à transmettre à son fils Alexandre la présidence du groupe Barrière, propriétaire de nombreux casinos et hôtels de luxe (le Normandy à Deauville, l’Hermitage à La Baule ou le Fouquet’s à Paris), après un an de conflit entre les...

C’est un véritable changement d’ère pour l’entreprise familiale : voilà 25 ans que Dominique Desseigne en était le PDG, nommé après le décès de son épouse, Diane Barrière-Desseigne, l’héritière du Groupe Lucien Barrière. Alexandre, 35 ans, déjà administrateur et membre du comité exécutif en tant que directeur général Stratégie et Développement, pourrait « dans un premier temps ne reprendre que la présidence du conseil d’administration à son père, estime un de ses proches. Il pourrait ne pas assurer en direct la direction générale afin que la transmission, déjà passablement compliquée, se déroule au mieux  » pour le numéro un français des casinos. Officiellement la décision revient au conseil d’administration où la famille Desseigne contrôle 60 % du tour de table et Fimalac, la holding de l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière, détient les 40 % restants. Selon nos informations, une prochaine réunion du conseil, prévue avant Noël, pourrait entériner l’accord trouvé ces derniers jours entre le père et le fils. « L’affaire sera réglée au plus tard en début d’année prochaine », affirme-t-on dans l’entourage de Dominique Desseigne.

Le conflit s’est noué en pleine pandémie, alors que les confinements successifs ont entrainé une baisse de fréquentation des hôtels comme des casinos et alourdi l’endettement. Présent dans l’entreprise depuis 2014, Alexandre Barrière a souhaité prendre les commandes et accélérer la stratégie de déploiement du groupe, à la fois à l’international et sur le numérique. Ce qui a suscité l’opposition de son père, connu pour sa prudence de notaire (sa formation d’origine), très attaché à ne pas mettre en danger la société familiale . « Né dans le groupe », selon les mots d’un proche, Alexandre a lui aussi l’indépendance de Barrière chevillée au corps. Mais il pousse au contraire pour multiplier les développements, comme le lancement du site de paris sportifs BarrièreBet en 2020 ou l’ouverture récente d’une franchise du Fouquet’s dans l’ultra-chic quartier de Tribeca à New York.

Le fils, qui a modifié son patronyme il y a quelques mois pour ne garder que celui de sa mère (à la différence de sa sœur cadette Joy Desseigne-Barrière, 32 ans), conteste depuis un an le maintien ad vitam de son père à la tête de l’activité. « Il refuse que Dominique Desseigne reste propriétaire aussi longtemps qu’il le souhaite de l’usufruit des actions du groupe dont il bénéficie depuis le décès de son épouse, explique un bon connaisseur de l’entreprise. De son point de vue, il s’agit de mettre fin à cette période transitoire.  » Alexandre et sa sœur, nu-propriétaires en indivision de la holding familiale de contrôle, la Société de Participation Deauvillaise (SPD), veulent prendre le plein contrôle de l’héritage de leur mère.

Au départ hostile à ce changement d’ère, Marc Ladreit de Lacharrière s’est peu à peu rapproché de la position du fils. « Il était très critique de l’attitude d’Alexandre, se souvient un conseiller de Dominique Desseigne. Tous les administrateurs gardent en mémoire une passe d’armes il y a trois ans entre les deux hommes, qui ont chacun leur franc-parler et ne sont pas habitués à être contredits.  » Mais un retournement serait intervenu récemment. « En assurant des fonctions exécutives, Alexandre a gagné en maturité, assure un proche de l’héritier. Le soutien de sa sœur, qui se place à ses côtés dans la transmission du pouvoir, et celui d’une équipe très soudée derrière lui ont été déterminants pour convaincre Fimalac de soutenir le passage de relais sans plus attendre.  » Face à l’arrivée de cet appui de poids, Dominique Desseigne, qui a passé ses semaines et ses week-ends à arpenter les 19 hôtels et 32 casinos du groupe Barrière , se serait résigné à ne plus s’opposer aux demandes de son fils. « La vie de Dominique c’est le groupe, mais il sait aussi qu’il va être obligé de lâcher les rênes car il est conscient que cette guerre est inutile, confie un membre de son entourage. A 78 ans, il préfère se résoudre à une succession ordonnée que se maintenir dix ans de plus dans une direction solitaire du groupe. »

Interrogés, la direction du Groupe Barrière comme Dominique Desseigne et Alexandre Barrière n’ont pas souhaité faire de commentaires.

Article actualisé le 4.01.23 avec l’ajout de la mention de Challenges sur la primeur de l’information.