L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureComment Avril (Lesieur, Puget…) et Bpifrance comptent sauver MetEx
Le géant agro-industriel et le bras financier de l’État comptent investir rapidement jusqu’à 90 millions d’euros pour relancer cet acteur incontournable de la chimie verte.
Le 3 juin, les employés de MetEx voyaient le ciel s’éclaircir en apprenant que le groupe agroalimentaire Avril s’intéressait à eux. Ce leader du secteur des huiles et protéines végétales - 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023 - se cache derrière les célèbres marques Lesieur et Puget. L’o...
Pour la reprise des actifs de MetEx, spécialiste de la chimie verte et de la fabrication d’ingrédients pour l’alimentation animale, Avril propose d’abord 5 millions d’euros. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Pour mener à bien le plan de relance de l’entreprise, des investissements massifs sont prévus. La prise de contrôle se ferait via une coentreprise, détenue à 55 % par Avril et à 45 % par Bpifrance (via son fonds SPI 2), qui possédait déjà 30 % de MetEx. Elle bénéficierait d’une injection de 50 millions d’euros de trésorerie (soit 27,5 millions versés par Avril, et 22,5 millions par son partenaire) pour les urgences : investir dans l’outil industriel et reconstituer le besoin en fonds de roulement (BFR). Les repreneurs prévoient également d’emprunter entre « 20 et 35 millions ». Au total, entre 70 et 85 millions d’euros d’argent frais seraient donc disponibles très rapidement.
Sur un temps plus long, c’est-à-dire entre 2024 et 2030, l’enveloppe totale d’investissements est estimée à 130 millions d’euros par Avril, pour mener à bien ce que le groupe qualifie de « projet stratégique et d’intérêt général pour les filières de productions animales françaises et européennes », avec l’objectif d’une production pérenne sur le site d’Amiens « d’acides aminés de commodités et de spécialités pour la nutrition animale ». Dans ses prévisions, le géant de l’agro-industrie table sur un free cash flow de 6 millions par an à terme et vise un Ebitda de l’ordre de 21 millions d’euros en 2030.
En reprenant MetEx, le groupe Avril mettrait la main sur un acteur stratégique, le seul producteur européen de lysine (un acide aminé qui entre dans la composition de produits de nutrition animale). De quoi poursuivre l’intégration de cette filière pour Avril, poids lourd de la filière agricole des huiles et protéines végétales. Et montrer ainsi aux pouvoirs publics, très engagés dans la recherche d’un repreneur, qu’ils peuvent compter sur le groupe dont le président, Arnaud Rousseau a pris la tête de la FNSEA, le syndicat professionnel majoritaire dans l’agriculture. Contacté par l’Informé, Avril nous a indiqué « travailler très activement sur le dossier compte tenu de l’ambition du projet ».
MetEx, placé en redressement judiciaire le 13 juin est actuellement détenu par des investisseurs institutionnels et des petits actionnaires. L’entreprise connaît des difficultés depuis l’été 2022. En cause ? La hausse vertigineuse des coûts de l’énergie mais aussi l’envolée des prix du sucre, principale matière première utilisée dans la production de lysine. Le chiffre d’affaires de MetEx, passé de 170 à 226 millions entre 2021 et 2022, est retombé à 132 millions l’an dernier. Le groupe compte un siège et deux sites de production, à Amiens (Somme) et Saint-Avold en Moselle. Ce dernier ne fait pas partie du périmètre de reprise par Avril, mais a fait l’objet d’une offre de rachat par le belge Maash.
L’offre de reprise comporte également 22 conditions suspensives, mais les dirigeants d’Avril sont confiants dans ce dossier suivi de près par le Comité interministériel de restructuration industrielle et le monde politique. Le 3 juin, jour de dépôt de l’offre de reprise d’Avril, ce qui n’est pas un hasard, le ministre délégué à l’Industrie Roland Lescure s’est d’ailleurs rendu sur le site d’Amiens pour défendre cette activité qualifiée de souveraine. Son maintien en France permettrait de limiter l’influence de la Chine dans ce domaine ainsi que le recours aux importations de soja. La décision du tribunal de commerce de Paris est attendue le 1er juillet.