L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureBureau Veritas-SGS : le scénario d’une absorption du Français par le Suisse privilégié
Le champion français de la certification et son rival helvétique ont reconnu discuter d’une union. Si Bureau Veritas vient d’intégrer le CAC 40, le scénario d’un adossement pur et simple est évoqué.
L’heure des grandes manœuvres a sonné dans le secteur de l’inspection et de la certification. Deux géants du métier, le français Bureau Veritas et le suisse SGS, discutent d’un rapprochement. Ce 15 janvier, les deux groupes cotés ont confirmé avoir engagé des pourparlers en réaction à une information publiée par Bloomberg, tout en précisant néanmoins que l’issue était encore incertaine. L’opération, si elle aboutit, pourrait constituer l’une des plus importantes fusions-acquisitions de l’année en Europe, la capitalisation cumulée des deux entreprises dépassant 30 milliards d’euros. La nouvelle n’a pas laissé de marbre le marché : à 12 heures, ce mercredi, le cours de Bureau Veritas gagnait 3 % depuis l’ouverture de la séance… À l’inverse, celui de SGS perdait plus de 5 %.
Selon nos informations, c’est le scénario d’une offre publique d’échange qui est à l’étude. En d’autres termes, l’opération se fera entièrement par échange de titres. Plus précisément, il est question que SGS absorbe son rival et que les actionnaires de Bureau Veritas se voient proposer de monter au capital du Suisse, sur la base d’un prix par action qui comportera une prime par rapport au cours de Bourse actuel. Les deux actionnaires de référence de chacune des entreprises, Wendel coté Bureau Veritas et Groupe Bruxelles Lambert (GBL) coté SGS se trouveraient sur un pied d’égalité, avec une participation de l’ordre de 10 %. Le premier a aujourd’hui 26,5 % du capital et 41 % des droits de vote du groupe tricolore, tandis que le second dispose de 19 % du suisse.
Une telle opération aurait des conséquences majeures, alors même que Bureau Veritas a intégré le CAC 40 fin décembre. Le centre de gravité de l’entreprise basculerait vers Genève. Il serait par ailleurs envisagé que l’actuelle patronne deSGS, Géraldine Picaud, prenne la tête de la nouvelle entité. Elle n’a rejoint le groupe helvète qu’en décembre 2023 en tant que directrice financière, avant d’être désignée CEO en juillet pour remplacer Franck Ng, démissionnaire. Auparavant, elle officiait chez LafargeHolcim… Lui aussi le produit d’une autre fusion franco-suisse, entre le français Lafarge et le suisse Holcim.
Si ce rapprochement suit son cours, il faudra encore qu’il soit validé par les actionnaires. Il faudrait également qu’il soit approuvé, comme le relève Bloomberg, par l’État et notamment par Bpifrance, qui a pris 4 % du capital de Bureau Veritas contre 500 millions d’euros en avril 2024, lors d’un placement de titres sur le marché réalisé par Wendel. La banque publique était alors intervenue via son fonds Lac1, un véhicule créé pour stabiliser l’actionnariat de grands groupes français et leur permettre de consolider leur position dans leur univers sectoriel. Le sujet peut être sensible politiquement, si l’on se réfère au rapprochement entre Lafarge et Holcim en 2015, où le pouvoir est passé côté suisse.
Ce n’est pas la première fois qu’un mariage entre Bureau Veritas et SGS est envisagé. Au milieu des années 2000, le Suisse ne faisait pas mystère de l’intérêt qu’il portait à son concurrent français. Mais ses espoirs avaient été douchés en 2007 par l’introduction en Bourse de Bureau Veritas par Wendel, qui en avait pris le contrôle seul en 2004, dix ans après être entré à son capital. Des rumeurs de rapprochement entre les deux géants étaient ensuite revenues ponctuellement en 2018.
Contactés, SGS, GBL et Wendel n’ont pas souhaité faire de commentaires. Bureau Veritas n’avait pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où nous publions ces lignes.