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Continuer la lectureChez Marignan Immobilier, les « 10 commandements » de Moïse Mitterrand ne passent plus
Un climat social délétère agite le promoteur immobilier repris en 2018 par le petit-neveu de l’ancien président de la République. L’inspection du travail a rappelé le groupe à l’ordre et s’étonne de la charte interne qu’il a rédigée.
C’est une entreprise qui fait habituellement peu de vagues. Entré en 2018 dans le giron du groupe Bassac (Les Nouveaux Constructeurs, Feu Vert…) détenu par la famille Mitterrand, le promoteur immobilier Marignan fait pourtant face à d’importantes turbulences. Pas tant sur le plan financier : malgré l...
D’abord, le groupe immobilier enregistre des turn-overs records. Entre 65 et 100 départs par an sont comptabilisés depuis 2021. D’après les données auxquelles nous avons eu accès, cette érosion est massivement liée à des démissions, ruptures conventionnelles, licenciements ou non renouvellement de postes… « Certes, la direction a recruté pour compenser les départs, mais l’essentiel des effectifs historiques du groupe s’est évaporé, déplore un salarié sous couvert d’anonymat. Aujourd’hui, la société est pour l’essentiel composée de jeunes de 26 à 34 ans. L’ancienneté moyenne ne dépasse pas 4 ans. »
À en croire les témoignages d’employés, en poste ou partis, ces exodes à répétition sont dus à une charge de travail et une pression sur les objectifs qui se seraient fortement accrus au fil des ans, notamment au sein des services développement… « On a multiplié mes objectifs du jour au lendemain, sans discussion préalable, c’est devenu intenable », explique un cadre du groupe. Selon un autre témoin, les équipes de la direction de la conception, qui déposent les permis de construire, doivent désormais traiter individuellement 12 dossiers par mois, contre 8 auparavant. Plusieurs évoquent encore des mails régulièrement envoyés les week-ends… Selon nos informations, pas moins d’une quinzaine de procédures aux prud’hommes sont actuellement engagées contre l’entreprise.
Plusieurs facteurs de risques psychosociaux
Dans ce contexte social tendu, le groupe de promotion piloté depuis 2022 par Cyrille de Vallières s’est dernièrement fait rappeler à l’ordre par l’inspection du travail. Dans un courrier daté de janvier dernier, qui faisait suite à un signalement pour « harcèlement » au sein de l’agence de Bordeaux, les services d’inspection de Gironde ont clairement établi que l’entreprise était « marquée par la présence de plusieurs facteurs de risques psychosociaux mettant à mal la santé physique et mentale de ses salariés. »
Pour étayer son enquête, l’inspection s’est notamment appuyée sur les conclusions d’un rapport réalisé quelques mois plus tôt par le cabinet indépendant Secafi à la demande du CSE. « Cette étude conclut à des problématiques de santé et de conditions de travail réelles avec notamment des indicateurs RH alarmants, poursuit le courrier. Il ressort de ce diagnostic qu’un tiers de votre personnel serait soit en situation de RPS soit en situation d’équilibre fragile (...). Laisser faire (voire encourager) les départs ne constitue pas une politique de santé au travail. »
« Tu agiras vite, si possible le jour même »
Pour ne rien arranger, la lettre de l’inspection pointe aussi la culture de la performance érigée en interne : « La charge de travail ne serait pas une problématique puisque la charte de l’entreprise, les Dix commandements de Marignan, prescrit voire impose un modèle basé sur le sur-engagement professionnel comme l’illustre notamment l’article X, ’Tu agiras vite, si possible le jour-même’ ».
Les « Dix commandements » ? Ce texte de 72 pages a été rédigé, il y a plusieurs années, par le président du groupe Bassac, Moïse Mitterrand. Le fils d’Olivier Mitterrand - neveu de François Mitterrand et fondateur des Nouveaux Constructeurs - avait au départ établi cette charte pour les salariés du promoteur historique du groupe, avant de l’étendre aussi chez Marignan. Si les managers maison ne font pas référence chaque matin à ce récit inscrit dans l’intranet de l’entreprise, son existence est malgré tout régulièrement rappelée au sein de l’entreprise.
Ce document managérial interne comporte quelques passages peu communs. Péché au hasard des dix chapitres : « Comme les ongles, il faut les couper constamment. Le principe est simple : en matière de frais généraux, il faut gérer la société comme si nous frôlions la faillite », ou encore… « Nous recherchons des collaborateurs auto-motivés. Nous ne comptons pas sur des séminaires au vert pour nous motiver mais sur notre passion pour le travail bien fait. C’est pourquoi les discussions typiques d’entreprise sur la ’charge de travail’ n’ont pas lieu d’être. »
Suite à l’alerte de l’inspection du travail, la direction de Marignan a commencé à prendre des mesures pour tenter d’apaiser la situation. Depuis avril, des formations de sensibilisation sur les risques psychosociaux ont ainsi été expérimentées auprès des managers... Toutefois, ces premières initiatives restent encore largement insuffisantes, aux dires de plusieurs salariés. La situation est d’autant plus tendue que plusieurs membres du CSE se sont retrouvés en conflit avec la direction, a encore appris l’Informé. L’an dernier, l’un d’entre eux, a été déclaré inapte par la médecine du travail, puis licencié. Dans la foulée, une autre a été arrêtée après avoir été déclarée en accident du travail psychologique.
Contactée sur l’ensemble de ces sujets, la direction de Marignan n’a pas donné suite à nos sollicitations. Le président de Bassac, Moïse Mitterrand, ne nous a pas non plus répondu.