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Immobilier

« C’est le seigneur face aux gueux » : dans le Nord, le rachat mouvementé de Square Habitat par Citya

Le CSE de ce réseau d’agences immobilières repris par la filiale du géant Arche (Century 21, Laforêt, Guy Hoquet) exprime son choc face au comportement de son patron Philippe Briand.

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Terroa / Getty Images Pro et GUILLAUME SOUVANT / AFP. Montage l’Informé

L’annonce a fait l’effet d’une bombe parmi les 500 salariés de Square Habitat Nord de France. En janvier dernier, le projet de rachat par Citya de cette structure d’une cinquantaine d’agences immobilières détenue par le Crédit Agricole était présenté au CSE de l’entreprise, suscitant de nombreuses in...

Depuis, les effectifs découvrent peu à peu le style Briand. Le grand patron du groupe Arche (Citya, Century 21, Laforêt, Guy Hoquet…) a entamé le 31 mars dernier une tournée des agences bientôt estampillées « Citya Nord de France ». Lille, Tourcoing, Armentières, Lens… Pendant 5 jours, Philippe Briand, accompagné de plusieurs de ses lieutenants, a sillonné le Nord pour rencontrer les équipes d’une première trentaine d’antennes. Selon nos informations, il semblerait que certains salariés aient peu goûté cette « démarche essentielle pour partager la vision commune et accompagner l’ensemble du réseau dans cette nouvelle dynamique », comme l’indique Citya dans un post publié sur LinkedIn.

« Mon cadeau de Noël »

En effet, le comportement de Philippe Briand lors de ces visites a pour le moins surpris. « Monsieur le Président » - comme il demande à être appelé - serait arrivé en terrain conquis, n’hésitant pas, selon différents témoins, à ôter ses chaussures et mettre ses pieds sur les bureaux d’une agence… Une habitude, comme nous avons pu le raconter dans une précédente enquête sur l’empire immobilier. « C’est le seigneur qui arrive face aux gueux, avec sa cour autour de lui », décrit un élu.

Mais ce sont surtout certaines remarques du patron qui passent mal. Le 31 mars, devant 80 personnes réunies au siège de Square Habitat Nord de France à Lille, le big boss de Citya aurait choqué en se réjouissant de sa nouvelle emplette : « C’est mon cadeau de Noël en retard, je suis tout excité ! », aurait-il lancé. Une sortie vécue par beaucoup comme « un manque de respect pour les salariés de l’entreprise », selon un élu. Surtout quand on connaît le montant déboursé pour mettre la main sur les 55 agences du réseau : 55,8 millions d’euros, selon nos informations.

Ce n’est pas tout. Un salarié s’étonne encore d’avoir entendu Philippe Briand recommander l’embauche d’une « femme d’une quarantaine d’années idéalement divorcée avec deux enfants ». « Il nous a dit que, comme cela, elle se donnerait à fond au travail et ne se plaindrait pas car elle devrait subvenir aux besoins de sa progéniture, raconte notre témoin. On a trouvé ça très bizarre, d’autant plus qu’il était entouré uniquement d’hommes pour sa tournée. » Selon cet employé, le patron aurait même employé le terme de « louve » pour qualifier cette femme imaginaire…

À en croire les représentants du personnel interrogés par l’Informé, le président fondateur d’Arche a eu d’autres sorties fraîchement reçues par les équipes. Lors de son passage au siège de Square Habitat Nord de France, il aurait ainsi visité divers services demandant aux salariés si des membres du CSE étaient présents. « On a la sensation que c’est le début d’une chasse aux élus », s’inquiète l’un d’entre eux. Un autre indique que Philippe Briand l’a directement interpellé lors de sa venue en agence et lui a indiqué ne pas comprendre pourquoi le CSE avait voté en défaveur du projet.

Aussi, plusieurs salariés auraient ressenti une pression certaine sur les chiffres réalisés. « On a compris que si on ne remplissait pas nos objectifs, toujours plus élevés chaque année, ce serait la porte, indique un employé. C’était de l’intimidation. » « On m’a demandé pourquoi mon chiffre d’affaires était si faible, sans vraiment me laisser répondre, j’ai bien compris que je ne ferai sûrement pas partie des projets pour l’avenir », abonde un autre agent.

Une mise en demeure de la direction

Mais les élus syndicaux sont déjà mobilisés. « Ils nous sous-estiment, ils ne s’attendent pas à la résistance qu’ils vont avoir », souffle l’un d’eux. Sans plus attendre, le CSE a adressé, vendredi 17 avril, une mise en demeure à Romain Stin, directeur général de Square Habitat Nord de France encore en poste jusqu’à fin 2026 (il devrait passer la main à Emmanuel Chambat, actuel directeur des agences Citya de la région nord). En copie, l’inspection et la médecine du travail, mais aussi Stéphane Glucksmann, DGA de Citya, Philippe Tabary, responsable ressources humaines de Square, ou encore le même Emmanuel Chambat…

Dans ce mail, consulté par l’Informé, le comité interpelle la direction de Square Habitat Nord de France sur « les propos tenus récemment par Monsieur Philippe Briand (...) lors de sa venue au siège de Square Habitat Nord de France à Lille en date du 31 mars 2026 ». Les élus déplorent entre autres que « devant de nombreux collaborateurs, les Instances représentatives du personnel ont été qualifiées de Comité des fêtes. » Ils s’insurgent aussi sur le fait « qu’il a été indiqué qu’une partie des élus ne ferait plus l’objet de dialogue en raison de leur position lors du vote au CSE (...) concernant le rachat de Square Habitat par Citya. » Le courrier alerte, enfin, « sur des faits délictuels constatés lors des récentes visites des trente-et-une premières agences par la direction de Citya : propos à caractère discriminatoire, sexisme, comportements dénigrants, mises en cause publiques de salariés et impossibilité pour ces derniers de s’exprimer. » L’instance met en demeure la direction de « faire cesser immédiatement ces agissements » et « d’ouvrir sans délai une enquête interne », agitant la menace du déclenchement d’un droit d’alerte.

Le boss a repris sa tournée des agences ce mercredi 22 avril, avec en épilogue une grande soirée au Casino Barrière de Lille le 29. Reste à voir s’il aura mis de l’eau dans son vin pour rassurer les salariés : « Le rachat stresse suffisamment les équipes, on ne peut pas le laisser agir comme ça et intimider les gens », s’étrangle un élu. Le prochain CSE de Square Habitat Nord de France, prévu le 30 avril prochain, s’annonce en ce point particulièrement tendu.

Contactée, la direction du groupe Arche, nous a répondu : « Nous contestons vivement les propos et comportements rapportés ou interprétés qui nous surprennent et ne reflètent ni l’état d’esprit de nos entretiens ni les valeurs portées par notre groupe et encore moins l’accueil formidable et l’enthousiasme que nous avons reçu de la part des agences du Nord et du Pas de Calais visitées les unes après les autres. (...) Comme dans toute phase de rapprochement, ces échanges francs et directs peuvent susciter des interrogations, voire des inquiétudes. Notre responsabilité est précisément d’y répondre avec transparence, pédagogie et sans intermédiaire, dans l’intérêt des collaborateurs comme de l’entreprise et c’est ce que nous faisons à l’occasion de ces entretiens.» Et la direction du groupe d’ajouter : « Le dialogue avec les représentants du personnel est une composante essentielle de notre fonctionnement, et il se poursuit dans un cadre respectueux et constructif. »

Interrogé au sujet du courrier de la mise en demeure du CSE et des craintes pesant sur le dialogue social au sein du groupe, le directeur général de Square Habitat Nord de France, Romain Stin, ne nous a, pour sa part, pas répondu.

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