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Grande conso

Shrinkflation : Unilever assigne Intermarché au tribunal

En plus d’envoyer des huissiers en magasin, Unilever attaque Intermarché en justice : l’industriel estime que plusieurs de ses marques (Knorr, Carte d’Or ou Magnum) sont dénigrées par le distributeur, sur fond de shrinkflation.

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ANDBZ / ANDBZ/ABACA

Mise à jour : le 8 février Intermaché s’est félicité dans un communiqué de la décision du Tribunal de Commerce de Paris, qui a débouté Unilever de ses demandes dans cette affaire.

On fait parfois de drôles de rencontres chez Intermarché. Le 17 janvier, des clients ont pu tomber sur des commissaires de justice (le nouveau nom désignant les huissiers) aux rayons surgelés et soupes de plusieurs supermarchés de l’enseigne. Les officiers ministériels n’étaient pas venus faire leurs courses, mais sommer les trois magasins visités de cesser l’affichage de messages jugés dénigrants pour les marques Magnum, Carte d’Or, ou encore Knorr, comme l’a dévoilé le journaliste spécialiste de la consommation Olivier Dauvers. Les messages en question ? « Avant, Magnum ça voulait dire grand », « Ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère » et « Knorr j’adore, j’adorais », complétés d’un mot sur la shrinkflation. Ainsi, Intermarché précise que « Magnum a décidé d’augmenter ses prix tout en réduisant sa quantité de produit. Notre rôle est de vous proposer vos marques préférées mais aussi de vous alerter de ces comportements qui vous sont défavorables. Poids -70 g, prix/kg jusqu’à +39 % »

Selon nos informations, cette visite n’est pas une simple mise en demeure de retirer ces affiches (présentes depuis la mi-novembre), mais plutôt un coup de semonce. Car Unilever a, en parallèle, assigné Intermarché pour concurrence déloyale et dénigrement : une audience de référé est d’ores et déjà prévue le 31 janvier devant le tribunal de commerce de Paris. Une date qui, fait du hasard, tombe précisément le dernier jour des négociations commerciales entre les fournisseurs et les distributeurs. Contacté par L’Informé, Intermarché nous a confirmé la tenue de cette audience, et la réception d’une « surprenante assignation » de la part d’Unilever. « C’est une démarche qui s’inscrit, du point de vue du calendrier, dans la dernière ligne droite des négociations commerciales. Nous pouvons imaginer qu’il s’agit d’une tentative de déstabilisation très maladroite », précise le distributeur, qui « dénonce la pratique de la Shrinkflation depuis plusieurs semaines maintenant, bien avant le début des négociations en cours. Nous avons été les premiers à le faire et nous l’assumons pleinement. Avec une inflation à deux chiffres sur deux ans, il n’était plus tolérable d’accepter ce type de pratique. Il est de notre responsabilité d’informer nos clients des hausses injustifiées et de cette dérive. »

Chaque année, à mesure que la fin des négociations approche, la situation se tend. Les industriels de l’agroalimentaire espèrent compenser les évolutions de leurs coûts (matières premières, énergie, emballages) et préserver voire augmenter leurs marges en sortie d’usine, alors que les distributeurs veulent a contrario limiter toute hausse, voire baisser les étiquettes en rayon pour conserver leurs clients et en attirer de nouveaux. Ce qui amène son lot de procès (d’intention) et sorties musclées sur les plateaux télés et à la radio. Et le climat marqué par une forte inflation depuis deux ans n’aide pas à retrouver de la sérénité. C’est dans ce contexte qu’Unilever - dont l’avocat n’a pas répondu à nos questions à l’heure de publier cet article - a donc décidé d’aller au front. Précisons que les huissiers dépêchés par le fabricant se sont notamment rendus dans l’un des Intermarché détenus par Thierry Cotillard, président des Mousquetaires (la holding du distributeur). Un signal tout sauf anecdotique, qui laisse penser que la paix n’est pas pour demain. Il semble peu probable, en tout cas, que les deux belligérants trouvent un terrain d’entente avant l’audience du 31 janvier.

Chez le commerçant, les affiches au cœur de la discorde ont été passées au crible du service juridique et se veulent factuelles, pour ne pas prêter le flanc à la critique ou au dénigrement. Dans le même ordre d’idée, il y a quelques jours, Carrefour a pointé du doigt de nombreux produits alimentaires et marques de PepsiCo (Pepsi, chips Lay’s, Lipton etc…), qui ont disparu des rayons, avec un message « Nous ne vendons plus cette marque pour cause de hausse de prix inacceptable. » Un dossier sur lequel les deux protagonistes se renvoient la balle . Et qui a connu des précédents en octobre, comme le révélait également l’Informé.