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Continuer la lectureLes usines d’Intermarché en difficulté
Résultats en baisse, turnover élevé, changements de dirigeants… Le pôle agroalimentaire des Mousquetaires et ses 56 sites traversent une période délicate.
Le groupement Les Mousquetaires, propriétaire de l’enseigne Intermarché, ne manque jamais de s’en enorgueillir : il est commerçant, certes, mais producteur, également. Avec 56 usines partout en France, regroupées sous le nom d’Agromousquetaires, il produit des yaourts à marque Pâturages, du jambon Mo...
Seulement voilà, ces avantages peuvent rapidement se transformer en inconvénients. Ces usines qui travaillent pour Intermarché (mais aussi pour Auchan ou le grossiste Pomona par exemple) n’échappent pas au contexte particulier qui touche tous les fabricants, pris en étau depuis plus d’un an entre la hausse des coûts ( matières premières, énergie...) et l’impossibilité de les répercuter en totalité à leurs clients. Résultat, Agromousquetaires, dont le chiffre d’affaires global atteignait 4,4 milliards d’euros l’an dernier, a enregistré pour la première fois de son histoire un résultat d’exploitation négatif en 2022, à -37 millions d’euros selon nos informations.
Et la situation reste tendue. L’entité, présidée par Jean Baptiste Saria, adhérent Intermarché et Netto à Agde (Hérault), et dirigée par Nathalie Florent, a dégagé un excédent brut d’exploitation rabougri de 130 millions d’euros sur les dix premiers mois de l’année. Une quinzaine d’usines sont toujours dans le rouge, avec des difficultés marquées pour les pôles viande et marée. Capitaine Houat (filetage de poisson) est ainsi dans une situation très préoccupante, avec de lourdes pertes annuelles.
Faut-il y voir la conséquence de ces difficultés ? Un mercato estival façon remaniement a agité ce petit monde. Agromousquetaires a recruté Pierre-René Tchoukriel pour prendre la direction générale de son pôle végétal (une quinzaine d’usines dédiées aux plats cuisinés, transformation de fruits et de légumes, produits de boulangerie…). Ce spécialiste rodé de la distribution et de l’agroalimentaire a passé presque 20 ans chez Auchan, avant de partir chez le spécialiste des laits et jus en marque propre LSDH, puis de rejoindre les Cafés Legal dernièrement. Dans le même temps, Jean Charles Nocera, président du pôle végétal, a cédé son fauteuil à Florian Moraut, pour prendre la tête des activités Viande. « Et ce n’est que le début de la reprise en main », anticipe un cadre, pour qui « il y aura d’autres mouvements… »
Officiellement, chez Les Mousquetaires, on se veut rassurant. « Globalement, notre pôle industriel progresse en 2023 et nous revenons dans les standards en termes d’EBE. Nous poursuivons nos investissements et maintenons nos capex », nous explique le groupement, tout en indiquant que la situation reste toutefois disparate selon les filières. De fait, plusieurs facteurs devraient jouer en faveur des unités de production (des UP comme on les appelle dans le groupe). D’une part, la hausse des coûts de matières premières se tasse. De l’autre, Intermarché vient de racheter une soixantaine de magasins Casino et de les basculer sous son enseigne, tout en disposant d’une option pour en récupérer 120 de plus dans le futur. De quoi gonfler les commandes et remplir un peu plus les lignes de production. « Cela pourrait représenter 5 à 6 % de volumes supplémentaires pour nos usines » calcule un autre cadre. Autre motif de satisfaction, les Mousquetaires ont étendu récemment leur collaboration à l’achat avec Casino. Déjà actif sur les marques nationales, le partenariat va se traduire par des appels d’offres communs pour leurs marques de distributeurs, avec la structure Auxo Private Label. Ce qui pourrait rejaillir, une nouvelle fois, sur le carnet de commandes maison. Selon nos informations, ces appels d’offres concernent environ 260 références qu’Agromousquetaires en est mesure de fabriquer, soit un potentiel de chiffre d’affaires supplémentaire d’environ 300 millions d’euros. À condition de remporter ces marchés, bien sûr.
Pour augmenter les débouchés, le pôle industriel des Mousquetaires a aussi renforcé et regroupé sa force de vente depuis peu, comme le font les grands fabricants. « C’est un schéma destiné à pousser les ventes, nous explique un employé. Des technico-commerciaux vont visiter les magasins plus souvent, remettre les rayons en valeur, mesurer les besoins et attentes, avec, évidemment, l’ambition de pousser les produits que nous fabriquons. »
Seul persiste un point noir, d’ailleurs commun à toute la distribution et à l’industrie : l’emploi. Car le turnover est important, et de nombreux postes sont à pourvoir aux côtés des 11 000 employés. Mi-novembre, des salariés de la laiterie Agromousquetaires de Saint-Père-en-Retz (Loire-Atlantique) ont ainsi fait grève, réclamant une augmentation des salaires ainsi qu’une amélioration des conditions de travail, en raison du manque d’effectifs. Présenté comme un pilier de la stratégie du groupement, le modèle double « Producteurs & Commerçants » peut parfois représenter deux fois plus… de problèmes.