Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Grande conso

Clément Faugier contraint de changer l’étiquette de sa crème de marrons

Les autorités ont forcé la célèbre marque à retirer les références à l’Ardèche sur l’emballage, pour ne pas faire de l’ombre aux châtaignes labellisées.

Photo
l’Informé

Ce sont des boîtes de conserve à l’esthétique surannée que les amateurs de crème de marrons connaissent bien - celles de Clément Faugier, l’inventeur ardéchois de cette célèbre sucrerie, encore aujourd’hui leader sur son créneau. Ces emballages connaissent actuellement une discrète évolution : le pro...

En cause : l’origine des marrons (le terme exact est « châtaignes », même si les deux mots sont souvent utilisés indifféremment dans le langage courant). Les services départementaux de la protection des populations estiment que la mention « crème de marrons de l’Ardèche » nécessite l’emploi de fruits labellisés « AOP Châtaigne d’Ardèche » - une appellation d’origine qui bénéficie d’une reconnaissance européenne depuis 2014. L’épisode permettra une clarification pour les consommateurs. Car la dénomination « crème de marrons de l’Ardèche », tolérée jusqu’à aujourd’hui, désignait une recette ardéchoise, mais pouvant reposer sur des marrons/châtaignes venus d’ailleurs.

Ainsi pour son produit phare, Clément Faugier indique à l’Informé utiliser « des châtaignes d’Italie, d’Espagne ou du Portugal quand la production ardéchoise est insuffisante ». L’essentiel de l’approvisionnement vient toutefois du département… sans être forcément labellisé AOP.

Bien que l’affaire ne se soit pas ébruitée, Clément Faugier a reçu l’injonction officielle de modifier ses étiquettes en octobre 2023. L’entreprise a saisi la justice pour contester. Mais elle vient de se désister de son recours – le tribunal administratif de Lyon a clos la procédure le 18 avril 2025. Entre-temps, elle a commencé à obtempérer. Ces dernières semaines, les photos et mentions sur son site Internet ont été modifiées. Et en grandes surfaces, les anciens emballages ont commencé à faire la place aux nouveaux.

Interrogée par l’Informé, la société aux quelque 20 millions d’euros de chiffre d’affaires refuse d’aborder ses échanges avec les autorités pour des raisons de confidentialité. Elle indique avoir « eu des hésitations » avant d’abandonner sa « vieille appellation ». La PME précise « réserver désormais le mot Ardèche » à une nouvelle gamme de « crème de châtaignes d’Ardèche », à base de châtaignes AOP, vendue en épiceries fines.

Débarrassée de sa référence ardéchoise contestable, la crème de marrons « originale », conserve sa recette inchangée. Outre des châtaignes de différentes origines et du sucre, elle contient des brisures de marrons glacés. C’est d’ailleurs pour valoriser ces déchets de production que Clément Faugier a inventé la crème de marrons en 1885.

La préfecture de l’Ardèche, dont dépendent les services de protection des populations, n’a pas répondu à notre demande de commentaires. De façon générale, les administrations rattachées à la Répression des fraudes font la chasse aux mentions faisant de l’ombre aux labels officiels d’origine.

L’affaire ardéchoise rappelle celle qui, à l’autre bout du pays, agite le bocage normand autour des camemberts. Les services de contrôles exigent des grands industriels laitiers (Lactalis, Savencia…) qu’ils retirent toute référence à la Normandie de leurs fromages. Motif : ils ne respectent pas la recette traditionnelle de l’AOP « Camembert de Normandie », avec emploi de lait cru et moulage manuel à la louche. En utilisant des mentions proches (« au lait de Normandie » ou « fabriqué en Normandie »), ils sont accusés d’entretenir la confusion avec le camembert AOP.