Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Énergie - Environnement

Commande des EPR2 : le bras de fer de Luc Rémont avec le gouvernement

L’énergéticien accentue sa pression sur les pouvoirs publics pour obtenir (enfin) un engagement formel sur la commande des six futures centrales.

Luc Rémont, PDG d’EDF
Luc Rémont, PDG d’EDF LUDOVIC MARIN / AFP

Deux milliards d’euros en 2025 et trois autres en 2026 : voilà ce que Luc Rémont doit débourser à court terme s’il veut poursuivre la construction des EPR 2 que l’État lui a demandés. Sauf que pour faire avaliser cette grosse facture à son conseil d’administration, le patron du groupe public - dont l’État détient 100 % du capital - va avoir besoin de quelques certitudes. Et en premier lieu, de disposer (enfin) d’une commande ferme de l’exécutif sur les six réacteurs de nouvelle génération annoncés par le président Macron en février 2022.

Car si pour l’instant EDF dépense et affine ses plans, contractuellement, l’affaire n’est toujours pas formalisée entre l’État et l’énergéticien… D’ici la fin de l’année, trois milliards d’euros auront déjà été dépensés en travaux préparatoires, depuis les milliers d’heures de conseil et d’ingénierie indispensables à la poursuite du design de l’EPR 2, jusqu’au lancement de la fabrication de certains gros équipements des futures centrales, en passant par les premiers aménagements sur les sites où elles seront érigées - comme à Penly en Normandie. « Aucun patron raisonnable ne s’engagerait sur de tels montants auprès de son conseil d’administration sans avoir l’assurance que la commande qu’on lui passe soit certaine », pointe un proche du dossier.

De quoi expliquer la petite musique qui se joue ces temps-ci chez l’électricien pour rappeler aux pouvoirs publics l’absolue nécessité que son actionnaire majoritaire prenne ses responsabilités. En l’absence d’engagement ferme de l’État d’ici la fin de l’année, EDF n’exclut pas de revoir à la baisse les investissements prévus en 2025 pour le programme. Selon nos informations, l’énergéticien réfléchirait, le cas échéant, à réduire de moitié les dépenses du projet EPR 2 pour n’y consacrer qu’un milliard d’euros au lieu des 2 milliards d’euros attendus. « La réflexion autour de ce plan B est aussi un moyen de faire comprendre à l’État que le groupe ne peut avancer sans visibilité comme c’est le cas actuellement », estime une source interne. L’activation de ce plan B mettrait toute la filière en difficultés et donc l’État en porte à faux.

D’autant que les pouvoirs publics ne sont jamais à court d’idées pour mettre à contribution le groupe de Luc Rémont, dont la feuille de route est déjà bien chargée. En plus des six futures centrales, il doit poursuivre le programme de rénovation de son parc existant (le « grand carénage ») et accélérer ses développements dans les renouvelables. La piste d’une nouvelle taxe, évoquée par l’ex-ministre de l’économie Bruno Le Maire en septembre, fait ainsi couiner la direction : l’État réfléchit à imposer aux producteurs d’énergie une contribution sur les rentes inframarginales (crim) sur les installations dépassant 260 mégawatts. La mesure toucherait évidemment de plein fouet EDF.

Planètes alignées ?

Bonne nouvelle cependant pour l’énergéticien, après trois mois de flottements politiques estivaux, « les planètes de la haute fonction publique et des cabinets semblent à peu près alignées pour que les termes du contrat sur les EPR 2 soient enfin finalisés », espère un spécialiste du secteur. Vincent Le Biez, une des chevilles ouvrières de la Délégation Interministérielle au Nouveau Nucléaire (DINN) a été choisi comme chef du pôle environnement énergie de Michel Barnier à Matignon. À l’Élysée, le conseiller énergie Christophe Leininger suit le dossier depuis 2022. Du côté de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), c’est aussi un spécialiste des questions nucléaires qui officie depuis un an comme directeur de l’énergie : Laurent Kueny est passé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Autre homme clé de l’étape : le commissaire aux participations de l’État, Alexis Zajdenweber, qui est au board d’EDF depuis septembre 2022. Et si c’est une nouvelle venue, Olga Givernet, qui a hérité du portefeuille de l’énergie dans le gouvernement Barnier, la désignation d’Agnès Pannier-Runacher comme ministre de la transition écologique a été vue avec soulagement par la filière. Ministre de la transition énergétique entre 2022 et 2024, l’intéressée n’avait pas ménagé sa peine pour plaider la cause du nucléaire lors de la précédente législature.

Une fois passée cette étape, le cadencement du programme nouveau nucléaire - évalué à plus de 67 milliards d’euros - resterait cependant serré. Pour tenir l’objectif d’une « décision finale d’investissement » (final investment decision - FID) vers mi-2026, le dossier devra ensuite être avalisé par la Commission européenne. Soit un délai minimal d’environ 15 à 18 mois.