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Continuer la lectureMatignon surveillera désormais aussi nos recherches dans Google, TikTok ou Instagram
Le Service d’information du gouvernement vient de lancer un nouvel appel d’offres destiné à l’écoute sociale sur Internet. Avec deux nouveaux lots : scruter les requêtes en ligne des Français et identifier les signaux faibles.
Voilà qui risque de déplaire à beaucoup. Le Service d’information du gouvernement (SIG), placé sous la direction du Premier ministre, cherche à élargir sa surveillance des activités des Français sur Internet en s’appuyant sur l’intelligence artificielle (IA) a appris l’Informé. Objectif : mieux prend...
Le sujet est particulièrement critique car durant cette période surviendront une ou plusieurs élections législatives anticipées ainsi que le scrutin présidentiel de 2027. Des échéances électorales très sensibles en raison de la fragmentation de l’opinion publique et du risque d’ingérences étrangères via Internet. Interrogé, le SIG justifie ces 5 lots par la nécessité de coller aux évolutions technologiques avec l’élargissement des sources « monitorées » et le recours aux fonctionnalités d’IA. Le tout doit permettre de répondre à de nouveaux besoins exprimés par les utilisateurs, issus de tous les ministères, après le retour d’expérience du précédent appel d’offres.
Le premier lot, le plus important, concerne toujours « la mesure d’impact en temps réel des contenus publics accessibles en ligne ». Le but est d’analyser la portée des vidéos, déclarations et autres publications diffusées par les médias, des groupes d’influence ou des citoyens anonymes : il s’agit de surveiller les posts sur X, Facebook, Instagram, YouTube et TikTok mais aussi les articles de presse en ligne relayés sur ces plateformes ou des forums de discussion (comme Reddit). Le tout doit permettre de visualiser la circulation des informations et « la façon dont des utilisateurs s’interpellent » afin de définir « le rôle et l’importance des acteurs d’une discussion (...) ou d’identifier les communautés s’exprimant sur un sujet. » Pour ce faire, différents filtres sont retenus comme le nombre de vues, le volume de commentaires, de « j’aime » mais aussi de retweets pour X par exemple. Mais aussi la quantité de contenus associés à chaque recherche jusqu’au nombre de mentions rattachées à un sujet. Les utilisateurs du système pourront consulter les discussions publiques tenues en ligne par les Français sur le Président, le Premier ministre, les ministères mais aussi les opérateurs de l’État, les ambassades et consulats à l’étranger (lot 2).
Mais ce sont surtout les lots 3 et 4 qui apportent des grandes nouveautés. Le premier se concentre sur la détection de signaux faibles afin de repérer « une publication ou un sujet gagnant en visibilité ». Grâce à l’intelligence artificielle, il est demandé au prestataire de d’« analyser les sentiments », de « prédire des événements » (IA prédictive) ou encore de détecter des images et d’en décrire le contenu. L’objectif est de déceler très tôt des « narratifs qui se propagent en ligne » comme de fausses informations ou des opérations d’astroturfing (simulation d’un mouvement spontané grâce à de faux comptes par exemple). Et ce n’est pas tout. Cette surveillance va jusqu’à repérer « la survenance d’un événement critique » comme les appels aux rassemblements. Généralement, ces regroupements s’organisent rapidement sur les réseaux sociaux et surprennent parfois les autorités. Le gouvernement avait été pris de court par les manifestations des gilets jaunes en 2018. Ce fut le cas plus récemment, avec les mobilisations organisées contre la réforme des retraites en 2023 ou encore les émeutes en Nouvelle-Calédonie et en Martinique. « Cette détection pouvait déjà être traitée dans le précédent marché, indique un porte-parole du SIG. La décision d’en faire un lot spécifique vient du constat que la détection de signaux faibles et leur qualification nécessitent une expertise humaine et des outils qui requièrent un niveau de précision différent. »
Enfin, dernière nouveauté, le lot 4 s’intéresse à l’écoute des recherches faites par les Français sur les moteurs. Ce search listening doit se concentrer a minima sur les requêtes réalisées sur Google mais éventuellement aussi sur TikTok, YouTube ou encore Instagram. Grâce a des outils fournis par ces plateformes, il est possible de suivre des tendances. Ces données doivent permettre dans le temps de « voir l’évolution d’un sujet (...) et de le comparer à deux périodes distinctes » mais aussi de les analyser géographiquement en fonction « d’un pays, d’une région, d’un département ou d’une ville ». Il s’agit d’une « méthode d’analyse complémentaire de l’écoute sociale, qui permettra d’étudier les mots-clés les plus spontanément recherchés afin d’enrichir les stratégies de communication », détaille le Service d’information du gouvernement.
Comme les données utilisées sont d’ordre public, le SIG n’a pas jugé utile de saisir la Commission informatique et des libertés (CNIL), même pour avis, car ces éléments sont accessibles publiquement. « Les données privées dans les groupes Facebook ou comptes Instagram privés ne sont pas accessibles via les outils et ne sont pas traitées », précise le service. Les prestataires retenus s’engagent à respecter le règlement général de protection des données (RGPD). Il faudra attendre le 28 mars prochain pour connaître les candidats retenus. En 2021, trois sociétés avaient remporté la mise, Visibrain pour le lot le plus important ainsi que Talkwalker et NewsWhip.