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Tech - Télécom

Banque, assistant connecté… après des échecs coûteux, Orange veut réorganiser son innovation

Le groupe télécoms a mandaté un cabinet en stratégie pour mieux piloter la création de nouveaux produits et services. Les syndicats craignent un désengagement de la recherche plus en amont.

Christel Heydemann, directrice générale d’Orange.
Christel Heydemann, directrice générale d’Orange. Pool / Pool/ABACA

Nouveau chantier chez Orange. Après la réorganisation de sa branche Orange Business, l’opérateur télécoms cherche cette fois à revoir et à simplifier ses activités d’innovation, dans le cadre du plan Lead the future 2030. Objectif ? Mieux mesurer leurs contributions, contrôler leurs coûts, et permettre que les projets se traduisent plus rapidement en de nouveaux produits et services commercialisables, a appris l’Informé. L’enjeu est important puisque, chaque année, le groupe dépense autour de 613 millions d’euros rien qu’en recherche et développement, avec 7 chaires financées par l’entreprise. Un montant loin de couvrir l’ensemble des investissements réalisés dans l’innovation.

Selon nos informations, un cabinet, PMP Strategy, vient d’être choisi pour élaborer un nouveau système de fonctionnement. « La division mène des réflexions (...) nous travaillons avec des conseils externes pour l’accompagnement dans la définition des processus à mettre en place, confirme le groupe. Mais ces travaux sont en cours et il est prématuré d’en présager l’issue. » Ces « réflexions » interviennent après l’arrêt de nombreuses initiatives coûteuses, souvent voulues par le précédent PDG, Stéphane Richard : la néo banque sur mobile Orange Bank, l’assistant personnel d’intelligence artificielle Djingo, le service Maison connectée pour gérer à distance des thermostats, lumières, et autres caméras. Même si certaines perdurent, comme l’offre de télésurveillance Maison protégée.

Les premières conclusions devraient être rendues d’ici fin mars mais le sujet est complexe tant l’innovation recouvre diverses entités - des centres de recherche aux services marketing, data ou IA - réparties dans différents pays (en Europe et en Afrique) et plusieurs filiales : Sofrecom (ingénierie), Viaccess (contrôle d’accès pour la télévision payante, interface télé et publicité ciblée) et Softathome (logiciels dans les box). Par exemple, Softathome a travaillé sur le passage des Livebox à la fibre optique et à l’intégration des dernières évolutions techniques du WiFi. Elle participe également au nouveau système d’exploitation Prpl (purple), une initiative conjointe avec d’autres opérateurs, pour équiper la Livebox.

La gouvernance de ce vaste ensemble, placée sous la responsabilité de Bruno Zerbib, chief technology & innovations officer depuis 2023, pourrait être revue, tout comme son pilotage. Pour plus d’efficacité, l’impact des projets devrait désormais être mesuré grâce à des indicateurs clefs de performance (KPI), dans une approche davantage commerciale et financière. L’idée : chercher à soutenir, en priorité, les initiatives les plus prometteuses, dans la veine, par exemple, de Cybersecure, une offre à 7 euros par mois lancée avec succès l’an dernier pour protéger les appareils dans un foyer, bloquer les appels indésirables, etc. En parallèle, il s’agira aussi d’arrêter certains chantiers plus tôt, avant qu’ils ne coûtent trop cher. « Orange a souvent pris trop de temps et a dépensé beaucoup d’argent avant de mettre un point final à un projet menant à une impasse », précise une source interne.

Mais cette quête de rendement pourrait avoir des conséquences sur la recherche plus en amont et les moyens qui y sont alloués. « Il ne faudrait pas qu’Orange dans le cadre de cette simplification se désengage en parallèle d’organismes de normalisation sur les réseaux du futur comme la 6G par exemple, s’inquiète un élu. Cela reviendrait à laisser les clefs des technologies de demain aux Américains et aux Chinois. » Dans sa lettre du CSEE de décembre et janvier, la CFE-CGC allait même plus loin : « les effectifs d’Orange Innovation s’évaporent d’autant plus que les perspectives et la stratégie de notre entité restent toujours très floues. »

L’entreprise vient de conclure un plan de préretraite sur quatre ans (2025 à 2028) durant lesquels plus de 6000 salariés seraient amenés à partir sur la base du volontariat. Dans le même temps, il est prévu d’embaucher 6000 personnes d’ici à 2027. « La pyramide des âges est plus élevée dans l’innovation en France que dans le reste du groupe et 20 % des 3000 salariés rattachés à cette activité seraient éligibles à ce plan », s’inquiète un élu. Une estimation que n’a pas souhaité confirmer l’opérateur. « Nous ne communiquons pas de prévisions par division », indique-t-il.

L’entreprise dirigée par Christel Heydemann avait déjà fermé ses bureaux dans la Silicon Valley en 2023 après 20 ans de présence sur place. Une décision déjà fortement critiquée en interne à l’époque. Et la directrice générale n’a pas repris les Show Hello de son prédécesseur. Lors de ces événements annuels organisés par Havas Events, Stéphane Richard, seul en scène, dévoilait en personne les nouveautés attendues dans l’année. Signe que la problématique ne date pas d’hier, le PDG avait lancé le projet Vanille en 2019, déjà destiné à redéfinir l’innovation au sein d’Orange...