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Santé

18 offres de reprise pour les centres de santé Cosem, en grande difficulté

Alors que la justice enquête sur la gestion de son ancienne direction, l’association a été placée en redressement judiciaire l’an dernier.

Centre de santé médical Cosem implanté au sein de l'hôpital Lariboisière
Centre de santé médical Cosem implanté au sein de l'hôpital Lariboisière VOISIN / Phanie via AFP

« Fait rarissime, il n’y a personne en face de moi ce soir, notre invité nous a fait faux bond ». Surprise, lors de l’émission Complément d’enquête diffusée sur France 2 le 14 mars dernier. Ce soir-là, son présentateur Tristan Waleckx a dû expliquer aux téléspectateurs pourquoi Daniel Dimermanas, l’a...

Il était temps. Après deux premiers appels d’offres infructueux en septembre et novembre 2023, les administratrices judiciaires en charge du dossier ont été contraintes en février de fermer les centres déficitaires du Cosem pour dégager du cash et éviter la banqueroute. Les structures d’Amiens, Lyon, Tours, et Paris VIIIe ont ainsi dû baisser le rideau. Heureusement, le dernier appel à candidatures, clos le 4 mars, suscite plus d’espoir. L’Informé s’est procuré le rapport produit par les administratrices après examen de ces dernières propositions.

La première catégorie de candidats ne cible que l’exploitation des centres, et non son patrimoine immobilier. La Générale de Santé, qui appartient au groupe australien Ramsay, propose de reprendre les 11 centres restants pour 650 000 euros, l’ensemble des salariés des centres et la moitié de ceux du siège. Medivi propose de les reprendre pour 520 000 euros sans préciser le nombre de centres et de salariés maintenus, et le CMDF pour 310 000 euros, en maintenant 10 centres sur 11 et environ 800 emplois.

La seconde catégorie regroupe les repreneurs qui conditionnent leur proposition à la reprise des titres d’Eden, la société qui porte l’immobilier du Cosem. Pour 1 million d’euros, Cemedis imagine reprendre 8 centres sur 11 et 862 postes sur les 1 034 CDI que compte actuellement l’association. L’attelage Médipôle Center et GTAM suggère de reprendre 11 centres et l’ensemble des salariés, sans préciser de prix. Vincent Dumoulin, dirigeant de la start-up d’achat groupé de matériel dentaire Doctodeal, met 1,1 million d’euros sur la table sans préciser le périmètre repris, tandis que Bernard Bensaïd, aux manettes du Groupe Avec, en pleine débâcle, propose 260 000 euros et la reprise de tous les postes.

Ramsay et Cemedis tiennent la corde

Une troisième catégorie d’investisseurs ne souhaite mettre la main que sur une partie des actifs : Ortho-dental Consulting Group ne vise ainsi que le centre situé à Orléans, le CH Saint Joseph Saint Luc, celui de Lyon, le centre médico-dentaire de Paris République, celui de Miromesnil à Paris... tandis que Résonnance image ne cible que l’activité d’IRM. Dernière catégorie en lice, celle des opérateurs qui ne s’intéressent qu’à l’immobilier : Shadwell partner propose 15 millions pour les titres de la société Eden, alors que la société Petrus Maguica est prête à mettre entre 60 et 90 millions d’euros. « Seules les offres de Compagnie générale de Santé (Ramsay ndlr) et de Cemedis se distinguent pour le moment des autres par la qualité des renseignements fournis », jugent les deux administratrices judiciaires. L’offre de Ramsay aurait aussi les faveurs de salariés. Mais en passant aux mains de l’Australien, le Cosem conservera-t-il son conventionnement en secteur 1 et restera-t-il accessible à tous ? Ce dernier n’a pas souhaité répondre à l’Informé sur ce point.

Mais s’en tenir à ces « offres de cession » ne serait pas exhaustif. Anciens dirigeants et créanciers peuvent aussi proposer des plans de reprise par voie de continuation. Ce qui leur permet de reprendre les rênes d’une entreprise en difficulté sans débourser un euro. Dès janvier, quatre plans de ce type avaient été déposés : le premier, par Samy Dimermanas (le fils de l’ancien dirigeant du Cosem), allié avec Bernard Bensaïd et un autre investisseur, Frédéric Amar. Le second avait été déposé par Vincent Dumoulin et Christian Dijoux, le troisième, par l’ancien directeur général du Cosem Roland Masotta, et le dernier par Michel Bodkier, le fondateur d’Elsan et son associé Mikaël Kaufman. Un nouveau plan de reprise par voie de continuation aurait été déposé dans les tout derniers jours par Samy Dimermanas et encore Michel Bodkier et Mikael Kaufman (qui induirait la démission de Samy Dimermanas au lendemain de la reprise). Bien que la préférence des administratrices judiciaires n’aille pas vers cette option, les plans de continuation déposés seront étudiés par le tribunal de commerce.

Un secteur potentiellement très profitable

Mais pourquoi autant de marques d’intérêts pour une association en si grande difficulté ? En fait, les centres Cosem pourraient bien redevenir des machines à cash tant ils sont encouragés par les pouvoirs publics. Ces centres devraient être le réceptacle de la « révolution de la prévention » appelée de ses vœux par Emmanuel Macron, en rendant des bilans obligatoires à différents moments de la vie. Dans son offre, Ramsay annonce « son ambition de devenir un acteur de premier plan dans le domaine d’activité des soins primaires ». Le groupe a déjà ouvert cinq centres dans des villes qui faisaient jusque-là figure de déserts médicaux. Inspiré du modèle suédois, l’Australien y rémunère les médecins en fonction du nombre de patients plutôt qu’en fonction du nombre d’actes effectués. La reprise du Cosem permettrait au géant de se tailler une place de choix sur ce marché. Saurait-il s’en emparer et résoudre la difficile équation entre soins de qualité et profits sans que ses dirigeants atterrissent sur les fauteuils rouges de Complément d’enquête ?