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Médias - Culture

Vote sous tension pour le prochain directeur de la rédaction des Échos

Proposée par l’actionnaire, la candidature de François Vidal doit être validée par la rédaction ce jeudi. Des maladresses récentes du journaliste compliquent un scrutin qui semblait joué d’avance.

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CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Mise à jour : la candidature de François Vidal a été rejetée jeudi par 164 voix contre sur 231 votants et 245 inscrits (soit 66 % des inscrits)

Ce devait être une formalité. Mais la nomination du journaliste François Vidal à la tête des Échos lors d’un vote de la rédaction ce jeudi, s’avère plus compliquée que prévu. Proposé par l’actionnaire, le candidat doit recueillir plus de 123 voix sur 245. Or, ces derniers jours, des maladresses du postulant ont suscité un certain émoi dans les rangs du quotidien économique. Au point que plusieurs journalistes indiquent avoir décidé de changer leur vote, et s’apprêtent finalement à dire non lors du scrutin de demain. « Cette fois, je crois que l’on s’achemine vers un veto », estime même l’un d’entre eux.

D’abord, lors de son grand oral de lundi, François Vidal a froissé, sans le vouloir, les équipes du web. Son erreur ? Avoir parlé, pour qualifier la rédaction numérique, de « desk web », c’est-à-dire de journalistes rivés à leur écran, effectuant un travail différent de ceux du quotidien papier. Le candidat a dû venir s’expliquer hier mardi face à eux. Au passage, il a été questionné sur le manque d’évolution des journalistes web vers la rédaction du quotidien.

Autre problème, il lui a été reproché d’avoir, sur 40 interviews signées de sa plume, interrogé deux femmes seulement. Sommé de s’expliquer, il ne s’est engagé sur aucun rééquilibrage à l’avenir, glissant simplement que d’autres journalistes avaient tout loisir d’interviewer des femmes. Une réponse qui a choqué certains (et surtout certaines), en interne.

Mais c’est surtout la publication ce mercredi matin, dans la rubrique « la photo du jour », d’un cliché du défilé Dior (une marque de LVMH également propriétaire des Échos) qui a créé un émoi. Deux jours après avoir été interrogé sur son indépendance vis-à-vis de l’actionnaire et sur le nombre d’articles trop importants publiés sur le groupe de luxe, François Vidal a apparemment pris le risque de laisser passer cette photo. Une provocation pour beaucoup. Selon nos informations, la Société des journalistes (SDJ) a d’ores et déjà été alertée de cette affaire. Mais dans un message adressé à tous, elle vient d’indiquer : « Compte tenu de la tenue, demain, d’un vote crucial pour l’avenir du journal, le bureau de la SDJ a décidé d’observer une période de réserve. »

De quoi s’agit-il ? Sous le cliché pris lors de la Fashion Week, on peut lire : « Dior a fait sensation avec un défilé engagé, liant féminité et féminisme. La collection de prêt-à-porter (..) a valorisé la maille comme des imprimés sombres et des chemisiers asymétriques ». Cette légende élogieuse ne mentionne pas que Dior appartient au même groupe que les Échos. Pourtant, la charte déontologique signée par la direction en 2010 stipule : « toute référence, sauf quand elle est non significative, au groupe LVMH, sa maison mère, ses filiales, et son actionnaire principal, actuellement Bernard Arnault, doit faire apparaître la mention ‘propriétaire des Échos’ ». Auditionné au Sénat l’an dernier, le milliardaire s’était lui-même félicité de cette obligation : « cela me semble tout à fait normal. Je suis d’accord avec ce type de précision, et je pense que c’est ce qui est fait. »

La rédaction est particulièrement sensible sur ce sujet, car cette obligation a régulièrement été bafouée par le passé, en particulier dans les suppléments Série limitée et les Échos week-end. Par exemple en 2018 dans un sujet sur Veuve Clicquot, marque de champagne maison. En 2021, dans un papier mentionnant Aglaé Ventures, fonds d’investissement détenu par la famille Arnault. Ou en 2022 dans deux articles des Échos Week-end : l’un sur le fonds Tikehau Capital dont la famille Arnault est actionnaire, l’autre (long de 7 pages !) sur Nicolas Ghesquière, directeur artistique des collections femme de Louis Vuitton. Ce qui donnera lieu à une protestation de la SDJ.

L’incertitude quant au résultat du scrutin de jeudi est donc à son paroxysme, même si beaucoup hésitent à sanctionner le candidat au risque de déclencher une énième crise avec LVMH après la grève de juin dernier. Contacté, François Vidal n’a, pour l’heure, pas répondu à notre sollicitation.