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Médias - Culture

Plus belle la vie : la triste histoire du fan embauché puis viré par la prod

Créateur d’un site sur le feuilleton, il avait été recruté comme webmaster par la société de production. Mais l’aventure a tourné court.

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NICOLAS TUCAT / AFP

Au Mistral, ce quartier fictif de Marseille qui a passionné des millions de téléspectateurs pendant 18 ans, les conflits étaient fréquents. On découvre aujourd’hui que l’ambiance n’était pas non plus de tout repos dans les coulisses de Plus belle la vie. TF & Associés, la société de production du feuilleton, vient d’être condamnée par la Cour d’appel de Paris pour avoir harcelé et licencié un fan qu’elle avait recruté comme webmaster. Et pas n’importe quel fan : le fondateur du site pblv.org, un portail suivi par une importante communauté de fidèles de la série. Le studio a mis la main sur cette plateforme en décembre 2011. En contrepartie, il a proposé à son créateur un poste séduisant : l’homme s’est retrouvé responsable de l’écosystème numérique de l’émission culte. Infos sur les acteurs, spoilers sur les intrigues à venir, discussions sur le forum… La recrue alimente alors en continu la plateforme. Et ça marche : en 2016, le site affiche une « communauté d’1,2 million de fans ». Seulement voilà, le 24 novembre 2016, il est remercié.

Inacceptable pour le webmaster, qui conteste son licenciement dans la foulée et obtient une première fois gain de cause en 2020, le conseil des prud’hommes ne trouvant pas de justification valable à son renvoi. Mais le groupe Newen Studios, propriétaire de TF & Associés, interjette appel. Pas question pour la filiale de la Une de tirer un trait sur cette affaire. Devant la Cour d’appel de Paris, l’entreprise soutient que le webmaster a commis une faute grave. Il serait responsable du détournement d’une précieuse page Facebook, achetée avec le site pblv.org, un important vecteur de trafic vers le site portail. Mais le motif, considéré comme prescrit, n’est pas retenu. Newen Studios ne parvient pas davantage à démontrer ses autres griefs : l’entreprise accusait notamment son ancien salarié d’avoir modifié le mot de passe d’accès au site de la régie publicitaire ou d’avoir contribué à la baisse du chiffre d’affaires de cette dernière. Finalement, le 20 avril, la Cour d’appel se tient au jugement de première instance et a statué que la rupture du contrat de travail est « dépourvue de cause réelle et sérieuse ».

En face, le mis en cause fourbit ses armes. Il explique avoir été sciemment écarté par sa direction dans le but de le contraindre psychologiquement à la démission. Une version soutenue par l’une de ses anciennes collègues. À l’écouter, leurs supérieurs lui auraient peu à peu retiré toute possibilité d’action sur le site. Elle confirme également qu’il aurait été évincé d’un nouveau projet avec France 3, écarté de diverses réunions, et qu’elle aurait été prévenue qu’il ne ferait pas partie de la nouvelle équipe après la réorganisation du service. On lui préféra « une personne de France Télévisions ». Interpellant la secrétaire générale de TF & Associés à plusieurs reprises, l’ex-salarié affirme s’être entendu répondre : « l’aventure de cinq ans s’achève là ».

Alors c’est vrai, ni l’inspection du travail, ni le médecin du travail, ni les représentants du personnel n’ont été saisis de cette mise à l’écart ; Newen Studios n’a pas manqué de le rappeler devant la Cour. Mais cela n’a pas suffi à convaincre le juge : l’existence d’un harcèlement moral a bien été entérinée et le créateur de pblv.org a obtenu plus de 50 000 euros d’indemnités diverses. Fin de l’épisode.

Ni le groupe Newen Studios, ni l’ex salarié n’ont souhaité répondre à nos sollicitations.