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Continuer la lectureLibération, Le Nouvel Obs, Le Canard Enchaîné… Rachida Dati, la serial plaignante
La ministre de la Culture a saisi à plus de sept reprises la justice pour s’attaquer à des articles relatant ses contrats passés avec Renault et des compagnies pétrolières.
La « tata flingueuse » de la vie politique sort ses pistolets contre la presse. Selon nos informations, Rachida Dati, mène actuellement sept procédures au moins contre plusieurs titres. Le Nouvel Obs, Le Canard Enchaîné, Libération… Tous sont dans son viseur, le plus souvent attaqués pour diffamation...
Pourquoi une plainte coûte toujours cher aux médias
Toute plainte en diffamation au pénal ou au civil coûte cher en frais d’avocat au média incriminé, même en cas de victoire de ce dernier. « Il faut compter entre 4 et 6 000 euros en première instance et autant en appel, confirme Maître Nicolas Rebbot, conseil de l’Informé. En droit de la presse, non seulement la mise en examen est automatique mais en cas de non-condamnation, le défendeur ne touchera qu’une partie des frais engagés ». Il est toutefois possible de faire condamner le plaignant pour procédure abusive mais encore faut-il prouver l’abus, ce qui arrive très rarement.
Dans le détail, le dernier titre à avoir été ciblé est Le Nouvel Obs, comme l’avait dévoilé Arrêts sur Images. L’élue aurait d’abord essayé d’empêcher la parution d’une enquête en mars, en faisant appel à l’actionnaire du magazine Xavier Niel*... avant de changer de stratégie. Elle a dégainé deux plaintes en diffamation visant non seulement l’auteur de l’article « L’affaire Dati, nos révélations », Clément Lacombe, mais aussi l’éditorial rédigé par la directrice de la rédaction, Cécile Prieur. Titré « Une certaine idée de la morale publique », le texte pointait que « la ministre a bénéficié, toujours lorsqu’elle était députée européenne, de versements importants d’une étrange société, avec l’Azerbaïdjan et le Qatar en toile de fond. » Et de conclure : « difficile en effet de condamner la montée des populismes quand la probité de nos dirigeants est ainsi reléguée au second plan. » Rachida Dati avait déjà poursuivi l’hebdo pour un précédent article paru en 2019. Elle avait perdu en première instance, et s’était pourvue en appel. Mais elle vient de lâcher cette procédure pour mieux se concentrer sur ces deux nouvelles assignations.
Le magazine est loin d’être le seul à subir les foudres de la ministre : Le Canard Enchaîné a également droit à son lot d’attaques. En 2018, elle avait déjà saisi la justice après un papier relatant ses liens avec le pouvoir dictatorial d’Azerbaïdjan, « Azéri de me voir si belle ». L’accrocheuse a perdu en première instance comme en appel - « La relaxe a été confirmée en 2022 », détaille le journaliste du palmipède, Louis-Marie Horeau - mais cette défaite ne l’a pas empêchée de récidiver cette année. L’objet de son courroux cette fois ? Un portrait paru en janvier, « Rachida Dati la Dame d’affaires ».
Un autre titre de presse, le quotidien Libération, a également été ciblé à plusieurs reprises. « Il y en a tellement que je ne me souviens plus exactement du nombre exact », souligne un rédacteur dans le collimateur, en s’esclaffant. La publication a déjà été attaquée trois fois et une quatrième plainte est annoncée. Le journal vient de gagner le 6 septembre un premier procès en diffamation concernant l’article « Barbouzeries : Rachida Dati visée par une plainte d’un avocat en lien avec l’affaire Carlos Ghosn ». Reste une autre action en cours pour diffamation - contre l’article « Liens encombrants avec l’Azerbaïdjan : Rachida Dati rattrapée par le caviar de Bakou »- et une procédure visant la Une du 23 avril sur « Dati, des contrats très juteux » : la ministre demandait un droit de réponse à faire paraître en première page du quotidien. Devant le refus du titre, elle a alors saisi la justice en référé. Si l’élue a perdu cette première manche, elle a décidé de faire appel, une affaire toujours en cours. Enfin, une quatrième plainte devrait survenir d’ici peu, mais cette fois pour atteinte à la vie privée. « Son avocat nous a avertis de cette nouvelle action », indique Maître Charles-Emmanuel Soussen, conseil de Libération. Elle concerne l’article « Zéro loyer, prêts sans intérêt, virements bancaires… Rachida Dati et son train de vie pas si « modeste » » dans lequel sont abordées ses relations avec l’ex PDG d’EDF et de Veolia, Henri Proglio.
Face à Libé, la politique ne s’est pas contentée de saisir la justice, elle s’est aussi autorisée de vives sorties lors d’une interview sur RTL en avril. « Ce journal, contre lequel nous en sommes déjà à la troisième plainte… Ça n’est pas très grave… Est-ce que ce journal, subventionné par la mairie de Paris, qui s’attaque à Rachida Dati… Est-ce que c’est déontologique ? Est-ce qu’il n’y a pas un conflit d’intérêts ? » Et d’ajouter : « Que la mairie de Paris se serve de ce journal parce que le journaliste est un ami de madame Hidalgo. Est-ce que c’est normal ? » En guerre contre l’hôtel de Ville depuis plusieurs années, la maire du 7e arrondissement de la capitale ne s’est jamais cachée de vouloir succéder à la première édile lors des élections municipales de 2026. À la suite de cet entretien radio, la société des personnels de Libération a réagi estimant ces propos « indignes de la fonction occupée par Rachida Dati, d’autant que cette dernière est chargée des relations de l’État avec les médias et, à ce titre, se doit d’être garante de la liberté de la presse. »
* Les parts de Xavier Niel (sauf une action) dans le Nouvel Obs ont depuis été cédées au Fonds pour l’indépendance de la presse. Xavier Niel est par ailleurs actionnaire de l’Informé.