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Médias - Culture

Le cofondateur de Deezer en guerre contre Access Industries (DAZN, Warner Music…)

Jonathan Benassaya estime avoir été floué par le nouveau propriétaire de la plateforme de streaming lors de la cession de ses parts.

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LIONEL BONAVENTURE / AFP

Fausse note pour Deezer. L’Informé a appris que le célèbre service de streaming musical créé en 2007 est au cœur d’un conflit opposant l’un de ses cofondateurs, Jonathan Benassaya, à son premier actionnaire, Access Industries (37,9 % des droits de vote). Cette société d’investissement appartient à Len Blavatnik, un milliardaire américano-britannique (d’origine russe), également propriétaire de Warner Music et fondateur de DAZN, le diffuseur de la Ligue 1 de football cette saison. Jonathan Benassaya a ainsi attaqué Access Industries en justice l’accusant de manœuvres frauduleuses (un dol en droit français).

Retour en 2010 pour mieux comprendre. Le cofondateur de la plateforme musicale (avec David Marhely) quitte ses fonctions de directeur général de Deezer, remplacé par Axel Dauchez. Mais il reste président et conserve ses parts. Deux ans plus tard, Access Industries prend 30 % du capital puis monte à plus de 50 % en 2016. Quelques mois après, en février 2017, Jonathan Benassaya souhaite céder la totalité de sa participation. « J’aimerais savoir si tu voulais racheter mes titres dans la foulée [de celles d’Axel Dauchez, ndlr] aux mêmes conditions, soit pour un prix de 6,90 euros par action », demande-t-il alors à Guillaume d’Hauteville, vice-président d’Access Industries Europe dans un mail. Ce dernier lui répond : « Cela devrait être possible. Appelle-moi ». De nombreux échanges ont lieu afin de boucler l’opération. Mais l’accord prend du temps à se concrétiser car Benassaya cherche à transmettre au préalable ses parts à ses deux enfants sous la forme d’une donation. Une fois la chose faite, la transaction se conclut finalement en mai 2018 par un versement de plus de 590 000 euros. L’affaire aurait pu s’arrêter là. Sauf qu’en août de la même année, Deezer réalise une nouvelle augmentation de capital de 160 millions d’euros levés notamment auprès du prince saoudien Al Walid et d’Orange. Avec une action à 31,30 euros, soit un prix quatre fois et demi-supérieur à celui touché par Jonathan Benassaya, la valorisation de Deezer grimpe à un milliard d’euros.

Se sentant floué, l’ancien PDG attaque Guillaume d’Hauteville, Access Industries et Deezer en justice devant le tribunal de commerce de Paris. Tout d’abord, il demande l’annulation de la vente de ses parts. Ensuite, il réclame la somme de 2,8 millions d’euros pour lui et ses deux enfants. Un prix justifié selon lui par le nouveau prix de l’action. Pour expliquer la tromperie dont il s’estime victime, il pointe « la dissimulation intentionnelle d’une information déterminante » sur la levée de fonds initiée par Access Industries et quasi concomitante avec la vente de ses titres. Le quadragénaire ajoute qu’il « ne disposait d’aucun moyen d’apprendre par lui-même l’existence du dernier tour de financement ». Il ajoute avoir subi « des pressions pour le contraindre à conclure le contrat de cession dans une extrême urgence ». Des arguments qui n’ont pas convaincu les juges, ni en première instance, ni en appel. Dans leur dernière décision de janvier 2025, ils estiment que la preuve d’une omission d’information n’a pas été apportée car le consentement sur le prix de vente avait été acté dès février 2017 soit bien avant la levée de fonds d’août 2018. S’agissant de « pression » et de « menace » pour accélérer cette opération, les magistrats avancent, au contraire, que Jonathan Benassaya avait « lui-même relancé Guillaume d’Hauteville à plusieurs reprises (...) afin que l’opération aboutisse en dépit du retard qui lui était exclusivement imputable, ainsi qu’il l’a expressément reconnu ». Lui et ses enfants ont donc été déboutés et condamnés à payer 5 000 euros chacun pour payer les frais de la défense. Rien n’est pour autant terminé.

« Le procès est toujours en cours, donc nous verrons où cela nous mènera », indique à l’Informé, Jonathan Benassaya qui s’est pourvu en cassation. En attendant, son nom, ainsi que celui de l’autre fondateur, n’apparaît plus dans les deux derniers rapports annuels de Deezer. Signe, sans doute, que leur bataille a laissé des traces. « Je ne suis pas surpris, ajoute-t-il. Depuis mon éviction de l’entreprise, le management et les investisseurs ont toujours tout fait pour me supprimer de l’histoire de la société que j’ai co-créée ».

Contactés, Deezer n’a pas souhaité faire de commentaire tandis qu’Access Industries n’a pas répondu à nos sollicitations.

Les nouveaux projets de Benassaya
Le cofondateur de Deezer s’est lancé un nouveau défi avec SkinBit. « Tout comme Deezer a révolutionné la consommation musicale mondiale, SkinBit vise à révolutionner la détection et le traitement du cancer de la peau ». La société est « née de ma bataille personnelle contre le mélanome et d’une prise de conscience qui n’aurait pas dû être surprenante : la dermatologie a en quelque sorte raté la révolution technologique », nous indique-t-il dans un email.