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Continuer la lectureADN, Crunchyroll… les services de vidéo peinent à financer des animés français
Les plateformes de séries animées japonaises doivent soutenir la création française en investissant 20 % de leur chiffre d’affaires. Une contrainte qu’ADN n’a pas pu respecter.
One Piece, Demon Slayer, Naruto, Jujutsu Kaisen… les dessins animés japonais dérivés de célèbres mangas papiers séduisent les jeunes français. L’engouement est tel que des plateformes de vidéo à la demande illimitée par abonnement (SVOD) dédiées à ces contenus ont été lancées. Deux grands services existent en France : Animation digital network (ADN), propriété de Média-Participations (Dargaud, Kana…), et Crunchyroll (Sony Pictures), deux sociétés liées jusqu’en 2022 par un actionnaire commun et désormais séparées. Mais les voilà victimes de leur succès.
Depuis un décret de 2021, toutes les plateformes de SVOD dont le chiffre d’affaires dépasse 10 millions d’euros doivent investir 20 % de leurs revenus dans des œuvres hexagonales ou européennes. Avec 18,4 millions d’euros enregistrés l’an dernier, ADN devait ainsi investir 3,6 millions d’euros dans la création tricolore, une somme insuffisante pour financer seul une série. Il a donc dû chercher des partenaires, un travail long. En attendant, l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel, a « constaté des déficits ». Un courrier a même été adressé aux responsables de la start-up pour les inciter à « mieux respecter leurs obligations à l’avenir », a appris l’Informé.
À leur décharge, financer des contenus français quand on vend à ses clients des mangas nippons n’est pas forcément chose aisée… « Nous n’avons pas pu remplir complètement nos obligations en 2022 car il s’agit de notre première année et il est relativement difficile de trouver des productions ou des acquisitions de programmes qui peuvent correspondre à notre audience, explique Julien Lemoine, directeur général d’ADN. Nous avons donc adapté notre ligne éditoriale en proposant de l’animation proche de celle japonaise comme Lance dur d’Ankama (un studio français), mais le succès n’a pas été au rendez-vous. »
Pour répondre aux inquiétudes de l’Arcom, ADN a lancé plusieurs projets, comme les animés français Dreamland, Dead Cells ou Collège noir dont la sortie est prévue le 31 octobre, tandis que la série Lastman est déjà disponible. La plateforme s’est ainsi engagée à rattraper son retard sur les trois prochaines années. Son concurrent Crunchyroll devra se conformer aux mêmes obligations cette année et compte donc annoncer des initiatives dans les prochains mois.
Ces services en ligne thématiques répondent aux mêmes exigences que leurs concurrents généralistes comme Netflix, Disney + ou Amazon Prime Video. Sauf que ces derniers peuvent répartir leurs investissements comme ils l’entendent quand les plateformes d’animés sont cantonnées à leur niche. Qui plus est, peu de studios européens se risquent sur ce terrain et il est difficile de s’associer à un grand diffuseur afin de cofinancer une série. « Les chaînes de télévision s’intéressent très peu aux 15-25 ans, indique un connaisseur. C’était vrai lors de l’arrivée des premiers animés en 1980 avec Dragon Ball par exemple, et ça l’est encore aujourd’hui ».
Les choses sont toutefois en train de changer car les adolescents délaissent de plus en plus le petit écran pour regarder des programmes à la demande sur Internet ou de courtes vidéos sur TikTok, YouTube, Instagram ou Snapchat. Les chaînes cherchent donc à les récupérer. Comme le concède un responsable d’un grand groupe audiovisuel, « nous étions trop conservateurs mais désormais nous nous intéressons à cette tendance ». France Télévisions, par exemple, vient ainsi de coproduire Les Gouttes de Dieu, une série avec des acteurs français et japonais tirée du célèbre manga qui sera bientôt diffusée sur France 2 après Apple TV +.
Il faut dire que les chiffres en librairie montrent un potentiel certain. Un livre sur quatre vendus en France l’an dernier était une BD ou un manga. Au total, même si les ventes ont baissé de 3 %, il s’en est vendu 85 millions d’exemplaires, pour un chiffre d’affaires de 921 millions d’euros stable sur un an selon l’institut Gfk Market Intelligence. Les chaînes de télévision peuvent difficilement ignorer cette vague. Sous peine de perdre définitivement l’attention des adolescents et des jeunes adultes.