Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Industrie

MBDA et Thales poussent leur bouclier antimissile à Athènes

Via leur coentreprise Eurosam, les deux industriels de l’armement tentent de convaincre la Grèce, qui veut se doter d’un « dôme de fer » face à son rival turc. Mais la compétition avec une offre israélienne s’annonce ardue.

Photo
MIGUEL MEDINA / AFP

C’est peu dire que la coopération de défense franco-grecque est au beau fixe. Depuis 2020, Athènes a commandé à Dassault Aviation 24 avions de chasse Rafale pour 3 milliards d’euros et envisage d’en acquérir 10 supplémentaires. Après l’achat de trois frégates de défense et d’intervention (FDI) de Naval Group en 2022 pour un montant équivalent, la marine grecque a officialisé en septembre dernier la commande d’un quatrième bâtiment, qu’Athènes aimerait équiper de missiles de croisière MdCN (Scalp Naval) de MBDA, dont Airbus est actionnaire à 35 %. Et Naval Group espère toujours fournir quatre corvettes Gowind à la marine de guerre hellénique, dans une compétition où elle fait face à l’Italien Fincantieri.

Selon nos informations, la France s’est également positionnée sur un autre contrat stratégique pour les forces armées grecques, bien qu’aucune offre formelle n’ait été déposée à ce stade. Eurosam, un consortium formé par Thales et la branche italienne de MBDA, a proposé à Athènes son système Sol-Air Moyenne Portée/Terrestre de nouvelle génération (SAMP/T NG). Ce dernier combine le radar Ground Fire 300 de Thales pour la France, le radar Kronos GM HP de Leonardo pour l’Italie, avec les missiles antiaériens et antibalistiques Aster développés par MBDA, pour des interceptions à moyenne et longue portée.

Eurosam doit toutefois affronter la rude concurrence d’une autre offre, extra-européenne, qui fait d’ailleurs la course en tête sur le dossier. Impressionnée par les performances du « Dôme de fer » face aux missiles iraniens, Athènes s’intéresse particulièrement, selon les médias grecs, à deux équipements fabriqués par l’armurier israélien Rafael. Il s’agit des systèmes de défense antiaérienne SPYDER et David’s Sling – le second étant développé conjointement avec l’armurier américain Raytheon. Les anciens missiles antimissiles russes de l’armée grecque, notamment les S-300, devraient quant à eux être transférés à l’Ukraine.

En choisissant ces équipements, Athènes se rapprocherait d’Israël, mais aussi des États-Unis et des garanties de sécurité que ceux-ci peuvent offrir, particulièrement face à la Turquie – mais aussi l’Iran.

Le projet israélien a un autre atout : les Grecs ne veulent pas être trop dépendants des technologies françaises et estiment que Paris a déjà engrangé suffisamment de contrats militaires pour le moment. Par ailleurs, bien qu’il équipe la France, l’Italie et depuis peu l’Ukraine, le SAMP/T NG d’Eurosam n’est pas encore estampillé « testé au combat », contrairement à l’Iron Dome.

En cas d’échec sur ce marché, les industriels français pourraient toutefois se consoler sur un autre segment de la défense antiaérienne du pays. Dans une interview avec le média grec SKAI, le ministre de la défense Nikos Dendia a indiqué que le bouclier grec intégrerait une composante fixe et une composante mobile et qu’il aurait vocation à intercepter les missiles mais aussi les drones. Or, Thales fournit déjà avec CS Group le système modulaire de lutte antidrone des armées françaises, PARADE – dont les performances sont jugées décevantes pour le moment – tandis que MBDA dispose d’une offre concurrente, Sky Warden.

Pour tenter de s’imposer dans ce contexte difficile, la France compte sur son réseau athénien : le capitaine de vaisseau Arnaut Lacote, nouvel attaché de défense nommé cet été ; Stefania Chalioulia, à la tête du bureau grec de MBDA ouvert début 2023 ; ainsi que Patrick Defranoux et Vincent Megaides, respectivement vice-président et directeur pays de Thales, en charge de la Grèce. Sans oublier Cyrille Bret, directeur pays de Naval Group et vice-président de la CCI franco-grecque – plus connu du grand public en tant qu’analyste (très) médiatique des relations internationales.