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Continuer la lectureRecrutements, coûts, formations... cure d’austérité chez Leroy Merlin
La chute du marché du bricolage touche toutes les enseignes du secteur. Pour Adeo, l’heure est à un grand plan d’économies, notamment au sein de Leroy Merlin France, sa principale filiale.
Le 9 novembre dernier, dans les rayons du magasin Leroy Merlin de Massy, Agathe Monpays recevait en grande pompe. Devant un solide parterre de salariés, la directrice générale de l’enseigne de bricolage accueillait la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher pour lancer officiellem...
Pendant ce temps-là chez le distributeur, l’heure est à l’économie… tout court. Annulation de formations et de conventions internes, projets mis en suspens… Depuis septembre, la chaîne des Mulliez vit au rythme du « Pacte One Team », un vaste plan qui doit durer jusqu’à la fin d’année. Du côté de l’emploi, c’est le grand froid : aucun recrutement externe (CDD, CDI, intérim, etc.) autorisé jusqu’à décembre. Pour les temps forts des fêtes, prière de s’appuyer sur les mobilités internes. Même « Mon parcours rénovation » pourrait pâtir de ce contexte puisqu’aucun nouveau poste de RRE, les fameux responsables rénovation énergétique en charge de ce dispositif, ne doit être créé : les troupes en place doivent « concentrer la création de valeur ». Quant aux frais, ils sont tous passés à la paille de fer, avec l’ambition de baisser de 20 % les coûts liés aux prestations. Les négociations avec les fournisseurs doivent, elles, permettre de dégager 30 millions d’euros d’économies d’ici la fin de l’année.
Un retard important sur les objectifs de résultat
Pourquoi une telle cure d’austérité ? Après deux années d’euphorie, pendant lesquelles les Français ont joué du marteau et de la scie pour rénover leur habitat, le marché du bricolage présente un tout autre visage. Budgets contraints, chute du nombre de transactions immobilières… l’heure n’est plus au ripolinage. Le 22 novembre, le groupe concurrent Kingfisher (présent en France avec les enseignes Castorama et Brico Dépôt) a ainsi fait état d’un profit warning, abaissant ses prévisions de bénéfice, plombé par le marché tricolore. Leroy Merlin, leader incontesté du secteur dans le pays, n’échappe pas au marasme. Malgré l’inflation, le chiffre d’affaires cumulé de janvier à début septembre a à peine progressé, à 7,6 milliards d’euros. Une performance inférieure de 320 millions à l’objectif fixé, selon les chiffres de la CGT. Depuis, les ventes auraient même plongé de près de 6 % en septembre (sur un an), et les données en octobre comme en novembre ne seraient guère plus encourageantes.
Dès la rentrée, Philippe Zimmermann, directeur général d’Adeo, la holding de Leroy Merlin regroupant aussi les enseignes Weldom, Bricoman et Saint-Maclou, avait annoncé la couleur. Dans une vidéo partagée en interne, et très commentée, il indiquait en substance que si le chiffre d’affaires d’Adeo était en ligne avec les prévisions, la rentabilité, elle, ne serait pas au rendez-vous. Alors que le géant du bricolage et de l’aménagement tablait sur un bénéfice opérationnel de plus d’un milliard d’euros en 2023, il identifiait alors un retard de 200 millions sur l’objectif prévu, selon nos informations. À lui seul, le fameux Pacte One Team doit donc permettre de rattraper théoriquement 70 millions d’euros sur les 200 manquants.
Mais ces efforts réclamés à tous les niveaux passent mal. « En plus de ces chiffres décevants, la gestion des ressources humaines se révèle être un fiasco, pointe la représentation CGT du spécialiste du bricolage. Les travailleurs en magasin souffrent du non-renouvellement des CDD et des départs. Les salariés sont en détresse face à la charge de travail qui s’accumule chaque année et aux choix stratégiques de l’entreprise (ouverture du dimanche, ouverture des magasins à 7h, retrait 2h, etc). » Surtout, l’histoire se répète : l’an dernier, à la même période, un plan d’économies baptisé « Puissance 4 » avait déjà été déployé… pour répondre à un problème de rentabilité.
« L’enseigne a l’habitude de ce type de plan, avec un gel des embauches et l’absence d’intérimaires : cela permet de réduire la masse salariale et de récupérer un peu de résultat, constate un cadre. Mais j’ai l’impression que c’est une première d’agir ainsi au niveau mondial, dans tous les pays ou Adeo est présent. » Et dans un tel contexte, les salariés s’inquiètent aussi de l’évolution de Valadeo, le fonds de placement maison. Compte tenu de la dégradation des résultats, il pourrait afficher un rendement négatif pour la première fois. Pas vraiment de quoi motiver les troupes, alors que la direction a besoin de tout le monde pour mettre en œuvre son pacte, qualifié de « virage engageant et nécessaire, dans nos valeurs, en n’omettant jamais la proximité, la convivialité et l’humain au cœur ».
Contactés, Leroy Merlin n’a pas répondu à nos questions et Adeo n’a souhaité faire aucun commentaire.
Coupe franche dans les services comptables en magasin
La mise en place de nouveaux outils digitaux et procédures devrait déboucher sur la disparition de 188 postes de comptables dans les magasins chez Leroy Merlin France. Décorrélé du plan d’économies, ce programme a démarré depuis des années, et devrait se traduire par la disparition des activités comptables en magasin d’ici la fin 2024, la fonction ayant été progressivement centralisée.
Des reclassements dans l’entreprise ou des dispositifs d’accompagnement avec un cabinet conseil vont être proposés. Des formations sont par exemple prévues pour les comptables actuels, désireux d’occuper d’autres postes (logistique, vente, caisse) à l’avenir, l’objectif étant de réorienter un maximum de personnes en interne, pour éviter les départs contraints à terme.