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Continuer la lecturePourquoi les Mulliez se sont fâchés avec le prestigieux Boston Consulting Group
Pour relancer plusieurs de leurs enseignes textiles, les commerçants nordistes avaient fait appel au célèbre cabinet de conseil en stratégie. Mais l’arrêt prématuré du plan de transformation a entraîné un sérieux désaccord sur le montant final de la facture.
Dans le milieu policé du conseil en stratégie, voilà le genre de conflit qui survient peu. Et s’ébruite encore moins. Selon nos informations, une émanation de la famille Mulliez et le Boston Consulting Group (BCG) en sont venus aux mains - de la justice s’entend - pour une triste histoire d’honoraires à payer. Alors que les commerçants nordistes avaient fait appel au célèbre cabinet pour relancer leurs enseignes textile, ils ont choisi d’interrompre le contrat avant son échéance. Traînés devant le tribunal de commerce de Lille, ils ont été condamnés à régler 8,6 millions d’euros de rab au BCG, en plus des 6,7 millions déjà versés. Un drôle de dossier, qui révèle, au passage, les (onéreux) tarifs de la société de conseil. Croustillant.
Mais reprenons. L’affaire démarre fin 2020. Cette année-là, l’Association Familiale Mulliez veut redonner du souffle à plusieurs enseignes de mode de son Fashion Cube, son groupement d’intérêt économique (GIE) réunissant Jules, Pimkie, RougeGorge Lingerie, Grain de Malice, BzB, ainsi que l’allemand Orsay. Dans un secteur du prêt-à-porter pour le moins compliqué, la structure affiche alors 95 millions d’euros de pertes d’exploitation pour un chiffre d’affaires global d’un peu moins de 2 milliards d’euros ; « une révolution stratégique » s’impose, selon les termes employés à l’époque. Les commerçants mandatent alors les consultants du BCG, qui élaborent le « Fashion Cube Booster » , un programme de transformation d’urgence.
Un contrat stoppé à mi-chemin
En novembre 2020, une première lettre de mission est signée, puis une seconde plus longue détaillant le déploiement effectif du plan et des mesures d’ici juin 2022. Les équipes du BCG accompagnent leur client lors de groupes de travail, participent aux comités de pilotage, assistent aux comités de direction… Enthousiaste, Fashion Cube table alors sur près de 30 millions d’euros de gains potentiels. Mais voilà, la réalité s’éloigne un peu de la théorie. En octobre 2021, le ciel s’obscurcit : Pimkie rencontre des difficultés financières et Orsay demande à être placée en situation d’insolvabilité. Le groupement décide alors de stopper la mission confiée au BCG en plein milieu du calendrier.
À ce moment de l’histoire, le GIE des Mulliez a déjà versé 6,7 millions d’euros au cabinet. Il offre de régler 3,4 millions d’euros supplémentaires pour solde de tout compte, en dessous de ce que le contrat prévoyait. « Le projet mis en place avec le cabinet ne délivrait pas tous les livrables attendus, précise un ancien salarié du Fashion Cube. C’est pourquoi il y a eu une tentative de négocier les frais. » Refus catégorique du BCG, qui estime avoir atteint ses objectifs. Incapables de s’entendre, les deux protagonistes voient la situation s’envenimer. Mise en demeure, envoi d’huissier… Après des mois de procédure, le cabinet de conseil obtient finalement des juges de toucher un total de 15,3 millions pour l’ensemble sa mission.
Pour déterminer ce montant, les magistrats se sont basés sur une « grille de déploiement des ressources » validée par les deux parties. Ce document établissait, en cas d’arrêt prématuré de la collaboration, un montant fixe (de plus en plus élevé chaque mois) destiné à rémunérer le travail effectué. Il prévoyait donc, dans l’hypothèse d’une fin anticipée du contrat en novembre 2021, un total de 15,3 millions. Dans cette affaire, le BCG a fini par obtenir une somme assez proche du maximum qu’il pouvait espérer. À l’origine, le prestataire devait percevoir jusqu’à 17 millions d’euros, en fonction des performances obtenues sur le terrain commercial.
Contactés par L’Informé, les deux intervenants de ce dossier n’ont pas souhaité faire de commentaires. Ils n’ont pas fait appel de la décision, qui devient donc définitive. De l’eau a coulé sous les ponts depuis le début de cette affaire. Les enseignes Orsay et Pimkie ont été cédées, quant à Grain de Malice, des négociations exclusives avec un repreneur vont aboutir, comme nous l’avons indiqué il y a quelques jours. La structure Fashion Cube, elle, n’a plus d’existence juridique. « Elle n’a pas réussi à faire preuve de son efficacité et a été abandonnée avec le même pragmatisme que lors de sa création » nous a confié un connaisseur du dossier.