L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureEPR 2 de Penly : EDF sur le point de choisir son prestataire de génie civil
Deux offres sont en lice pour la construction des bâtiments des futures centrales nucléaires normandes. Les concurrents, Bouygues, Razel-Bec, Eiffage et Vinci, seront fixés d’ici quelques jours.
Le suspens est à son comble chez EDF comme chez les majors du BTP. L’énergéticien doit choisir le groupe de génie civil qui construira la première paire de réacteurs de type EPR2 à Penly en Normandie... et la décision est imminente. Selon nos informations, le groupe présidé par Luc Rémont tranchera dans les prochains jours, après des mois d’échanges intenses avec les candidats. Deux offres se font face pour cette tranche 1 du programme nucléaire français censée être mise en service en 2035-2037 : d’un côté, le groupement rassemblant Bouygues et Vinci, accompagnés de Razel-Bec, filiale de Fayat et de l’autre, Eiffage qui postule en solo.
L’appel d’offres, lancé en septembre 2019, avait ouvert la voie à un dialogue nourri avec les compétiteurs. Il ne concerne que les deux futurs réacteurs de Penly, sur les six prévus en France. Son contenu ? La construction des bâtiments principaux des deux tranches nucléaires : ceux des îlots nucléaires (production de vapeur), des îlots conventionnels (production d’électricité) et ceux en lien avec le reste de la centrale (source froide, galeries techniques, bâtiments de site). L’enjeu est majeur pour EDF : le génie civil constitue un des postes les plus importants de l’EPR. Il représenterait environ le tiers des 17 milliards d’euros que coûtera la première paire. Son chiffrage est surveillé comme le lait sur le feu. Entre les audits de 2019 et de 2021, la facture pour le génie civil avait été réévaluée de 38 %…
Bouygues part avec un atout : sa connaissance en matière de génie civil pour les centrales atomiques. En 2005, le groupe a remporté le contrat pour celle construite par Areva à Olkiluoto en Finlande. En 2006, il a raflé celui de l’EPR français de Flamanville. Mais sur le terrain, le chantier a été laborieux. En raison de l’insuffisance des études détaillées du réacteur fournies par EDF, les dérives se sont accumulées, avec une explosion des délais d’exécution (passés de 20 mois à 70 mois) et des effectifs… Le géant du BTP a d’ailleurs été condamné à verser 2,1 millions d’euros au fisc pour travail dissimulé sur le chantier. Cette « relation contractuelle compliquée » entre EDF et Bouygues, selon les mots de la Cour des comptes dans son rapport sur la filière EPR de 2020, n’a cependant pas empêché l’énergéticien de lui confier à nouveau le génie civil des deux EPR britanniques d’Hinkley Point. L’expérience de Razel-Bec en matière de génie civil sur les grandes infrastructures nucléaires pourra aussi peser : l’entreprise a fait ses classes sur le réacteur de recherche Jules Horowitz (RJH) construit par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) ou encore sur le projet international de réacteur expérimental de fusion ITER. Face à ces poids lourds, Eiffage tente de pousser ses pions. Le groupe a participé cet hiver au débat public organisé par la CNDP sur le projet Penly rappelant que l’EPR 2 normand était pour lui et ses filiales Eiffage Génie Civil et Eiffage Métal « un axe de développement majeur ».
8 000 personnes attendues
En attendant, à Penly, le site d’EDF se met en ordre de marche. La première équipe EPR2 est arrivée sur place en mai dans un bâtiment dédié. Mais ce n’est qu’un début : le chantier va mobiliser environ 8 000 personnes, auxquelles s’ajouteront des effectifs dédiés au programme « grand carénage » de rénovation des réacteurs existants. L’accueil et l’intégration des troupes seront notamment au menu du tout nouveau coordinateur du « Grand chantier Penly ». Dominique Lepetit a été désigné par la ministre de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher le 9 juin, pour organiser les relations entre l’État, les collectivités locales et EDF pendant toute la durée du projet.