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Finance - Conseil

Pizzas, livre-programme, goodies… Les petites surprises des comptes de campagne de Jean Lassalle

L’examen des comptes de campagne de Jean Lassalle à la dernière élection présidentielle lève le voile sur le fonctionnement et les contraintes de l’exercice pour les petits candidats.

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Lilian Cazabet / Lilian Cazabet

« La France authentique » n’a jamais caracolé en tête des ventes en librairie. Mais ce livre-programme de Jean Lassalle, publié en mars 2022, aura au moins fait une heureuse : son auteure, Stéphanie Le Bail. Cette habituée des essais politiques et économiques a touché 10 000 euros pour résumer et cou...

Pour gérer ce marathon électoral stoppé au premier tour, le natif du Béarn n’était pas seul. Il s’est appuyé sur sa directrice de campagne Dalila Berbagui, professeur d’histoire géographie rencontrée en 2013. Après avoir gravi les échelons de son mouvement, elle a été promue directrice du parti politique Résistons ! en 2019. Mise en disponibilité durant la présidentielle, celle qui est aujourd’hui proviseure adjointe du lycée Maurice Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis) a été payée 40 000 euros pour son poste temporaire, via un contrat d’autoentrepreneur courant du 1er janvier jusqu’à la fin de la campagne.

Une pizza avec Martine Wonner

Les dépenses totales du candidat (813 000 euros environ) ont bénéficié d’un remboursement de l’Etat à hauteur de 771 000 euros, au terme de plusieurs échanges de courriers avec la CNCCFP. Une procédure contradictoire classique pour faire la lumière sur certaines factures qui soulèvent des interrogations. Ainsi, pour l’anecdote, signalons une addition Domino’s Pizza de 204,08 euros qui avait posé problème dans un premier temps. Présentée comme une collation partagée au QG de campagne avec des militants venus soutenir Jean Lassalle lors de sa visite au salon de l’agriculture, elle avait été pointée du doigt par la commission, en tant que dépense interne à l’équipe. Argument réfuté par les concernés : « Lors de cette soirée, il n’y avait pas seulement des militants venus au salon de l’agriculture, mais également des élus, dont Madame la députée Martine Wonner, des agriculteurs et des sympathisants rencontrés lors du salon de l’agriculture et invités à cette soirée électorale. »

À fouiller de près les comptes électoraux, on apprend que la vente d’objets promotionnels et autres goodies (badges, mugs t-shirts et tote bag) a rapporté 24 594 euros… mais qu’il restait un stock d’invendus au terme de la campagne, pour un montant de 19 223 euros. Ils ont été rétrocédés à Résistons !, à charge pour le parti de revendre ces objets qui deviendront peut-être collectors.

Autre fait intéressant : Marine Le Pen et Jean Lassalle ont un point en commun. Ils ont tous deux eu maille à partir avec la CNCCFP sur une affaire d’autocar. La commission n’a pas accepté que les dépenses d’habillage du véhicule aux couleurs du candidat béarnais soient intégrées dans ses dépenses remboursables. Pour accompagner ses réunions publiques à travers la France, l’ancien député des Pyrénées-Atlantiques avait choisi de décorer un car d’une sérigraphie comprenant son portrait ainsi que l’un des slogans de sa campagne (« La France Authentique »).

Le bus de la discorde

Mais pour la CNCCFP, cet habillage était un affichage électoral à caractère irrégulier alors que, durant les six mois précédant le scrutin, l’affichage est réservé aux seuls panneaux électoraux ou espaces d’expression libre mis en place par les communes. Résultat des courses, la figure de proue du parti Résistons ! - qui a obtenu 3,13 % des suffrages lors de la dernière élection présidentielle - n’a pu se faire rembourser les 15 000 euros facturés pour « la décoration du véhicule en total covering » (réalisation de la maquette, fabrication de l’adhésif, pose et déstickage). À titre de comparaison, pour Marine Le Pen, la facture non remboursée a été plus salée, avec la même cause et les mêmes effets. Sauf que douze cars étaient à son effigie, avec une addition totale de 300 000 euros (soit un coût unitaire de 25 000 euros).

Jean Lassalle, dont l’association de financement a bénéficié d’un prêt de 600 000 euros issu de son propre parti, a dû faire attention à ce que les dépenses soient maitrisées, budget contraint oblige. Ainsi, pour expliquer l’intérêt de décorer ce fameux bus, son équipe précisait dans un courrier à la commission « qu’au moment d’organiser la campagne nous étions encore en période de restriction sanitaire. L’équipe souhaitait donc pouvoir organiser un grand nombre de meetings/rencontres avec les électeurs en extérieur. En outre, le budget disponible pour la campagne ne permettant pas de multiplier les meetings en salle, nous avons donc opté pour la location du bus, compte tenu du coût significativement inférieur de cette prestation ».

N’oublions pas de mentionner une dépense que d’aucuns traiteront de farfelue, déjà mentionnée par nos collègues de France Info en janvier. Jean Lassalle, ou plutôt son association de financement s’est vu refuser le remboursement de 465,50 euros destinés à l’achat de 19 billets pour un match de rugby, le derby Oyonnax - Bourg-en-Bresse. La CNCCFP se demandait en quoi cette manifestation avait un caractère électoral. La tentative de justification de l’équipe de campagne vaut le détour : « c’est par ce genre de rencontre avec la population qu’un candidat sans moyens financiers importants et incapable de louer de grandes salles parisiennes comme d’autres candidats, peut, à faible coût, mettre quelques chances de son côté pour faire campagne auprès d’un public français plus large. Retrancher cette dépense, ridicule de surcroît, reviendrait à accroître les inégalités de moyens entre les candidats. » Après tout, le rugby a quelque chose de patrimonial et parle à certains électeurs, notamment dans le Sud-Ouest d’où le natif de Lourdios-Ichère est originaire. Des racines qu’il ne manque jamais de rappeler : en 2003, Jean Lassalle avait entonné l’hymne des Pyrénées… en pleine séance à l’Assemblée nationale.