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Finance - Conseil

La reprise en main de Tracfin par Bercy suscite des remous

Les agents du service de renseignement financier craignent de perdre leur indépendance. La commission des finances de l’Assemblée nationale veut se pencher sur le sujet.

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FREDERIC SCHEIBER / Hans Lucas via AFP

Après le départ fracassant du directeur général de Tracfin, Guillaume Valette-Valla, suite à un rapport critique de l’Inspection des services de renseignement, Bercy tente de reprendre en main ce service chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme ou encore la frau...

Tracfin avait initialement qualifié de « sans fondement » l’information d’Intelligence Online annonçant son arrivée en tant que numéro deux, en remplacement d’Alban Genais. Mais plusieurs sources confirment à l’Informé qu’il est bien arrivé dans les locaux fin janvier, plus précisément pour diriger le stratégique département « F » dont la mission est « d’entraver tout détournement d’un dispositif impliquant des fonds publics ou la minoration de droits ou cotisations abondant soit le budget de l’État, soit celui des comptes sociaux ». Une affectation qui fait jaser dans les couloirs de l’organisation montreuilloise : son père, Gilbert Azibert, a été condamné définitivement le 18 décembre 2024 pour corruption et recel de violation du secret professionnel dans le cadre de l’affaire Bismuth, accusé d’avoir transmis des informations au président Nicolas Sarkozy à propos de l’affaire Bettencourt.

Au-delà, beaucoup s’inquiètent d’une influence grandissante de la direction générale des finances publiques, aux dépens des douanes, qui ont pourtant longtemps alimenté Tracfin en enquêteurs. Même si la crise interne provoquée par des pressions sur les agents les plus expérimentés s’est terminée par le départ anticipé de l’ancien directeur, le malaise n’est pas terminé. « Les agents des douanes continuent de se sentir poussés vers la sortie, notamment parce qu’on ne leur laisse pas beaucoup d’autonomie. Il y a désormais une très forte présence hiérarchique, avec beaucoup de catégories A et la DGFIP n’a pas la même culture d’indépendance vis-à-vis du pouvoir » déplore une source syndicale à Bercy. Conséquence, le turn-over est toujours élevé dans l’organisation : 25 postes sont actuellement ouverts au recrutement. Soit 12,5 % des effectifs…

Une efficacité en berne ?

L’efficacité du service suscite aussi des interrogations alors que les statistiques dévissent ces dernières années, notamment en matière de transmissions de dossiers à la justice. Officiellement, Tracfin a indiqué avoir effectué 569 notes à l’autorité judiciaire en 2022 puis 561 en 2023, contre 553 en 2021, sous la direction précédente de Maryvonne Le Brignonen. Mais sur ces deux derniers exercices, et contrairement à la pratique des années précédentes, Tracfin a intégré dans le calcul, en plus de ses propres dossiers et notes sur des procédures en cours, ses réponses aux réquisitions des parquets et des juges d’instruction. Sans cet astucieux moyen de gonfler ses performances, le nombre effectif de dossiers transmis à la justice fait pâle figure : 139 en 2022 et 214 en 2023, contre 320 en 2021…

Et sur les 214 dossiers initiaux effectivement transmis en 2023, l’un constitue un revers de taille : suite à un signalement de Tracfin qui soupçonnait Carlos Martens Bilongo, député LFI de « blanchiment de fraude fiscale », le parquet de Nanterre a classé le cas sans suite en l’absence d’ « infraction pénale caractérisée ». Le député réclame aujourd’hui une commission d’enquête parlementaire sur l’usage de Tracfin. En guise de préalable, selon nos informations, le directeur général actuel de Tracfin, Antoine Magnant, devrait être entendu à huis clos prochainement par la commission des finances de l’Assemblée nationale.

L’autorité européenne antiblanchiment se déploie sans aucun Français.
Jusqu’alors très réputée sur la lutte contre le blanchiment, la France semble avoir perdu de sa crédibilité. Ainsi, l’autorité européenne antiblanchiment (AMLA) nouvellement créée n’a pas atterri en France mais à Francfort, malgré une candidature soutenue politiquement et financièrement par le gouvernement. Plus surprenant, la direction et le comité exécutif de l’AMLA ne comprendront aucun Français. Une italienne, Bruna Szego, a obtenu la présidence de l’organisation, tandis que le comité exécutif rassemblera des membres danois, lituanien, espagnol, allemand et irlandais.