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Finance - Conseil

À Pau, la guerre des casinos fait rage

La Société d’exploitation du casino de Pau (SECP) accuse l’ancien maire de la ville et le groupe Tranchant d’avoir scellé un pacte de corruption et manœuvré contre elle. Elle peine pour l’instant à convaincre la justice.

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Philipp von Ditfurth / dpa/picture-alliance

Ici, point de mafia. Ni de passage à tabac. Mais tout de même. Loin du Las Vegas de Scorsese, une guerre de casinotiers fait rage… au cœur du Béarn. Depuis 17 ans maintenant, la Société d’exploitation du casino de Pau (SECP) assure avoir été victime d’un véritable complot. Elle avait remporté la concession du casino de la ville en janvier 2006 avant que le nouveau maire, Yves Urieta, n’invalide la décision puis relance un appel d’offres, finalement remporté par un rival, une filiale du groupe Tranchant. Pour la SECP, aucun doute, l’élu a fait rejouer la partie après s’être rapproché de son concurrent. Elle accuse le groupe Tranchant d’avoir versé des fonds au maire via des associations amies… et souligne au passage qu’Urieta et Georges Tranchant, fondateur du groupe éponyme, se sont rendus ensemble au ministère de l’intérieur le 9 juin 2006, quatre jours avant que la SECP ne soit notifiée de l’annulation du contrat. Après divers recours, la SECP a déposé plainte pour « favoritisme » et « recel de favoritisme » en 2017. Un non-lieu a été prononcé l’an dernier, mais elle a fait appel et bientôt les jeux seront faits : le tribunal de Paris doit rendre son verdict en septembre. Pourtant, auprès de L’Informé, Urieta se veut des plus clairs : « Je n’ai jamais pris un centime [du groupe Tranchant], assure l’élu. Si on est revenu [sur l’attribution de la concession à la SECP], c’est parce que le procureur de l’époque et le responsable de la police m’avaient [alerté à ce sujet]. » Quant au groupe Tranchant, il déclare à l’Informé « considérer le dossier comme clos », sachant que « la SECP a multiplié les allégations les plus farfelues devant différentes juridictions » et que « la justice l’a systématiquement déboutée ».

Car à dire vrai, si soupçons et accusations vont bon train autour de cette affaire, deux lectures diamétralement opposées des faits se font face. Pour comprendre, il faut retourner en janvier 2006. À cette époque, la concession du casino de Pau est détenue par la société Pau Loisirs (groupe Tranchant), et ce depuis 18 ans. Peu avant la fin de son mandat, le maire André Labarrère, décide de remettre le marché en jeu lors d’un appel d’offres, remporté par la SECP. Éconduit, le groupe Tranchant tente divers recours administratifs pour faire annuler la décision, sans succès, et porte plainte pour favoritisme. Quelques semaines plus tard, Urieta est élu : il résilie le contrat de concession passé avec la SECP, puis la mairie de Pau relance un appel d’offres. Mais les règles sont modifiées : la durée de la concession est réduite à 10 ans, le loyer augmenté et, surtout, le montant de la caution (cette somme qu’un exploitant doit laisser en gage à la ville au début de son contrat) est triplé, passant de 1,5 million à 4,5 millions d’euros. Dans ces conditions, la SECP renonce à candidater, ne disposant plus des capacités financières suffisantes. Son adversaire s’impose. Remontée, la SECP multiplie les recours et dépose une première plainte devant le procureur de Pau en 2015, classée sans suite. Puis elle saisit le tribunal de commerce de Paris en mai 2017, qui transmet le dossier au tribunal de Paris.

Mais le verdict rendu l’an dernier en première instance est cinglant pour le plaignant… voire dommageable. « Les longues et complètes investigations (…) n’ont confirmé aucun (…) des faits rapportés (...) Elles les ont même plutôt infirmés », tranche le juge d’instruction Vincent Lemonier dans l’ordonnance de non-lieu. Le magistrat se demande même, inversement, « si l’attribution de la concession à la SECP en février 2006 n’était pas entachée de graves irrégularités.  » À le lire, une toute autre histoire se dessine. Peut-être n’est ce pas Yves Urieta qui a favorisé le groupe Tranchant mais André Labarrère qui a, au départ, donné un (trop) gros coup de pouce à la SECP ? Selon une enquête judiciaire diligentée en 2006, la mairie de Pau aurait modifié les règles de l’appel d’offres pour permettre à la SECP de se porter candidate, notamment en décidant d’une caution plafonnée à un an seulement de recettes fiscales (soit 1,5 million d’euros). Le choix de cette société au profil plus fragile interpelle aussi. « L’autonomie financière de SECP (ne disposant que d’un capital de 200 000 euros) demeure très insuffisante pour assurer à la ville de Pau une exploitation normale (…) et donc d’assurer la continuité du service public » avaient conclu les conseils de la mairie de Pau sur cet appel d’offres, dans un rapport remis le 25 octobre 2005. Selon les juristes, la SECP, qualifiée de « nébuleuse » disposant d’une boîte aux lettres, n’indiquait pas comment elle comptait financer les premières charges d’exploitation. Trois agents de la mairie chargés de l’appel d’offres auraient également alerté le maire André Labarrère sur une procédure « viciée ». Résultat ? Les enquêteurs avaient conclu que le délit de favoritisme était constitué contre ce dernier qui, décédé en mai 2006, n’avait néanmoins pu être poursuivi. Piqués au vif, la SECP et son avocat Jean-Marc Descoubès, qui ont interjeté appel, cherchent désormais à démontrer les failles supposées de l’enquête conduite par Vincent Lemonier, qui a débouché sur le non-lieu d’avril 2022. Yves Urieta n’a pas été entendu comme témoin, ce qui n’aurait pas permis de clarifier plusieurs points : la nature de sa rencontre au ministère de l’intérieur avec Georges Tranchant, la résiliation du contrat de la SECP pour défaut de caution alors que celle-ci aurait bien été versée, l’hypothèse d’un paiement occulte du groupe Tranchant à des associations proches d’Urieta… Les enquêteurs n’ont pas retrouvé de trace de virements entre le groupe Tranchant et les associations liées à Yves Urieta, mais n’auraient pas creusé la piste de versements en liquide, poursuivent-ils. Qui dit vrai ? Réponse en septembre.