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Continuer la lectureVerizon va sabrer un quart de ses effectifs en Europe
Offre professionnelleBousculé par la concurrence et l’intelligence artificielle, le géant des télécoms enclenche un plan social qui touchera particulièrement la France.
Est-ce le début de la fin pour Verizon en Europe ? Le géant américain des télécoms va supprimer 666 postes sur le Vieux Continent dans les prochains mois, soit l’équivalent d’un quart de ses effectifs. C’est ce que révèle un document confidentiel consulté par l’Informé. « Nos revenus […] ont diminué et nos structures de coûts ne se sont pas ajustées au même rythme, ce qui exerce une pression durable sur les marges, peut-on lire dès la première page de présentation du projet. Des ajustements à la marge ne suffiront pas à restaurer notre compétitivité ; nous devons opérer une réinitialisation cohérente en concentrant les investissements là où les clients perçoivent réellement la différence. »
Dans un assemblage d’éléments de langage et de jargon industriel, le groupe qui pèse le PIB du Qatar — sa capitalisation dépasse les 200 milliards de dollars — dessine le début d’un désengagement du continent. « On n’a jamais eu de plan aussi gros en Europe, réagit un cadre français, dans l’entreprise depuis plus de vingt ans. Le but c’est de dégraisser le mammouth, de montrer que le chiffre d’affaires par employé est élevé et de faire exploser l’action. » Parmi les 182 employés dans l’Hexagone, une soixantaine va perdre leur emploi chez Verizon, quelques mois après l’externalisation de 28 personnes chez HCL qui les a licenciées dans la foulée. Plus de 200 postes vont aussi être supprimés au Royaume-Uni, 100 en Allemagne, presque 60 en Belgique et aux Pays-Bas. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus globale du mastodonte des télécoms, qui, après avoir régné sur le mobile outre-atlantique, voit sa domination contestée par des concurrents agressifs et cherche donc à recentrer ses moyens sur son marché historique.
Roi contesté
Jusqu’ici, Verizon n’avait jamais trouvé d’obstacle capable de freiner son expansion. Née en 1982 de la scission du système Bell – ce groupe d’entreprises qui trustait à l’époque la téléphonie américaine – Verizon équipe tout le pays en lignes fixes puis en portables au début des années 2000, avant d’y lancer la 3G et de truffer ses sols de câbles optiques qui serviront au déploiement d’Internet. Au fil des ans, le groupe avale les firmes et leurs dizaines de milliers d’employés à un rythme effréné : GTE, Vodafone, AOL, Yahoo ou, plus récemment, Frontier accompagné de son tissu tentaculaire de câbles optiques. En Europe, Verizon se développe en parallèle dans les infrastructures de réseaux sécurisés pour de grands groupes internationaux. Stellantis, Thales ou encore Kering recourent encore aujourd’hui à ses services. Des contrats qui peuvent avoisiner les « 10 ou 15 millions d’euros » par an pour des banques comme la Société générale ou la BNP, indique une source en interne.
Aujourd’hui, la multinationale revendique 146 millions de lignes mobiles aux US – ce qui en fait la numéro 1 sur le secteur –, 17,6 milliards de dollars de bénéfices et 11,5 milliards de dividendes versés en 2025. Malgré tout, Verizon est en crise. Endetté par l’achat de Vodafone, C-Band, et Tracfone pour étendre sa couverture, le géant multiplie les plans afin de dégraisser ses effectifs. En un peu plus de dix ans, l’opérateur a presque divisé son nombre d’employés dans le monde par deux. L’annonce choc, en novembre 2025, du licenciement de 13 000 personnes aux États-Unis, doit faire passer la multinationale sous la barre des 100 000 salariés et redresser le cours d’une action qui a baissé de 30 % sur les cinq dernières années. « À ce stade de ma vie, je n’ai pas peur de prendre des décisions très difficiles », avait déclaré le directeur général Dan Schulman, un mois après sa prise de fonction à l’automne dernier. La priorité de cet ancien boss de PayPal et Virgin Mobile ? : « Reconquérir notre leadership » dans la téléphonie et la fibre aux États-Unis. Car c’est dans ce secteur d’activité grand public que les perspectives de rendement sont les plus élevées : aux USA, les forfaits mobiles et internet des foyers se facturent à prix d’or.
En Europe, où Verizon ne possède pas d’activités business to consumer, les rendements s’étiolent. Les données communiquées par la firme dans ce document confidentiel indiquent que le chiffre d’affaires est passé de 870 millions de dollars en 2022 à 748 millions l’année dernière. Pour « renouer avec un cercle vertueux où la croissance finance l’investissement, qui soutient la croissance », et « rétablir la confiance des actionnaires », Verizon envisage de réduire son portefeuille en se concentrant sur la vente de produits plus standardisés aux entreprises. En outre, elle se prépare à couper dans les effectifs assurant la sécurité des réseaux en arrêtant l’envoi de consultants chez sa clientèle. Et à quasiment réduire par deux l’activité des opérateurs intervenant sur le maintien des infrastructures. Mais la principale proposition du projet concerne l’externalisation : 21 % de son activité devraient être confiés à des sous-traitants.
L’IA à la rescousse du géant
Verizon espère également réaliser des gains de productivité grâce à des outils d’intelligence artificielle (IA). « La plupart des trucs liés au service client vont disparaître, avait jugé Dan Schulman au forum de Davos en janvier. La programmation, on sait que ça va largement disparaître. Le support juridique va être divisé de moitié ». Dans ce projet révélé par l’Informé, l’automatisation est présentée comme une compensation aux baisses d’effectifs puisqu’elle permettrait, par exemple, de « déployer à grande échelle les tests et la certification [de nouveaux produits] à l’aide de processus pilotés par l’IA ». La réorientation de l’entreprise dévoilée par l’Informé se fera notamment au profit de la stratégie « AI connect », prévoyant des investissements dans « l’interconnexion (peering) en périphérie du cloud, la performance de communication entre centres de données, tout en développant les initiatives dans le domaine des hyperscalers et des datacenters ».
Reste à savoir ce qu’il adviendra des 666 employés remerciés par l’entreprise qui se targue d’être l’une des plus éthiques au monde. « La majorité des résiliations [de contrat] devrait probablement se dérouler durant les deuxièmes et troisièmes trimestres de l’année 2026 », indique le document. Verizon n’avait pas répondu à l’Informé à l’heure de notre publication.
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