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Missionné pour les JO, Alibaba Cloud débarque en France et recrute son équipe

Le comité d’organisation a confié à la société chinoise une partie de l’hébergement des données de la compétition. Malgré les craintes pour la sécurité nationale.

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CFOTO / NurPhoto via AFP

« Les temps changent, et Alibaba aussi ! À mesure que le monde progresse, Alibaba doit évoluer encore plus vite ! ». Dans une lettre adressée en septembre à ses employées, Eddie Wu, le nouveau PDG du champion du commerce en ligne chinois, avait fixé ses nouvelles priorités. Après avoir renoncé à coter en Bourse ses activités d’informatique dans les nuages (Alibaba Cloud Intelligence), le groupe souhaitait accélérer dans l’intelligence artificielle et dans son internationalisation. On en voit aujourd’hui l’illustration concrète.

Déjà présent dans l’Hexagone depuis 2015 avec sa filiale de commerce en ligne AliExpress et sa place de marché Tmall Global, Alibaba vient d’ouvrir discrètement une nouvelle structure à Paris a appris l’Informé. Concurrente des américains Amazon Web Services, Microsoft Azure ou du français OVHCloud, la filiale d’Alibaba Cloud est rattachée à sa maison mère aux Pays-Bas qui a lui a apporté 4,36 millions d’euros de capital pour démarrer. Elle est pilotée par Wang Hui, placée sous la direction de Selina Yuan, présidente à l’international d’Alibaba Cloud.

Cette entreprise commerciale a commencé à recruter en janvier un responsable du développement dont l’objectif est « d’élargir la clientèle d’Alibaba Cloud en France (...) en Belgique, Espagne, Italie, Portugal et l’Europe du Sud. » Un autre poste d’architecte de cloud doit permettre d’aider les clients à « créer leurs applications et services sur la plateforme Alibaba Cloud. » Le groupe estime que l’Europe représente un marché en forte croissance sur lequel il souhaite accélérer.

Cette campagne de recrutement survient quelques mois avant l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024. Sponsor officiel du Comité international Olympique (CIO), le groupe chinois s’occupe d’héberger entre autres le fichier des personnes accréditées pour les deux événements (JO et Jeux paralympiques). Or, celui-ci comprend notamment les coordonnées de dizaines de milliers de VIP, de journalistes mais aussi de policiers et autres agents de sécurité. Un sujet d’inquiétude au ministère de l’Intérieur.

Dans un rapport publié l’été dernier, la Cour des comptes a souligné que « ces données présentent un caractère particulièrement sensible incompatible avec un hébergement par Alibaba ». Selon elle, il existe « des risques d’exfiltration des bases de données des systèmes d’information olympiques à des fins stratégiques ou d’espionnage économique, d’exploitation des interconnexions entre les systèmes d’information olympiques et ceux des services de l’État, voire de prépositionnement pour mener des actions ultérieures, ou encore de coupure du fonctionnement des infrastructures en cas de tensions internationales ».

Face à ces inquiétudes, une solution alternative a vu le jour « consistant en l’hébergement des données et applications sensibles sur les serveurs d’un opérateur européen dit « de confiance », en l’espèce la société française Atos », expliquait la Cour des comptes. La migration de tous ces éléments s’est terminée au 1er mars 2023, sans que l’on sache exactement ce qui reste encore hébergé chez Alibaba. Le cyberpompier de l’État, l’Anssi, devait de son côté réaliser un audit de cybersécurité à l’automne. Cette agence a expliqué ne pas « commenter les audits. » Interrogée par l’Informé, Atos n’a pas souhaité s’exprimer.