Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Santé

Sanofi revend le Doliprane à l’américain Clayton Dubilier & Rice

Le conseil d’administration du groupe pharmaceutique s’est réuni ce jeudi soir pour trancher en faveur de l’offre du gérant américain, mieux disant financièrement face au consortium mené par le français PAI Partners.

Photo
AMAURY CORNU / Hans Lucas via AFP

Après moult hésitations et report de la décision, le conseil d’administration de Sanofi, réuni à huis clos ce jeudi soir, a tranché. La big pharma française entend revendre son pôle de médicaments sans ordonnance Opella, maison mère du Doliprane, à Clayton Dubilier & Rice (CD&R), a appris l’Informé. Ce dernier a mis sur la table près de 15 milliards d’euros, soit davantage que son principal rival, le français PAI Partners, qui était pour l’occasion accompagné du fonds souverain émirati Adia, de son homologue singapourien GIC et de la caisse de retraite canadienne British Columbia. Le prix aura donc été le critère décisif pour les administrateurs. « Frédéric Oudéa [Ndlr, président du Conseil d’administration] a poussé pour CD&R en expliquant que vendre à un américain était une démonstration d’indépendance vis-à -vis de l’Etat », explique une source proche du dossier.

Le fonds américain CD&R présentait aussi un atout de taille : l’avantage de pouvoir « digérer » ce gigantesque LBO (le plus important mené en France) sans l’appui d’autres partenaires financiers, à l’exception des banques - la quasi-totalité des établissements français ayant prévu d’apporter entre 8 et 10 milliards d’euros. Qui plus est, CD&R se serait aussi montré particulièrement généreux sur la rémunération accordée à la dirigeante Julie Van-Ongevalle, qui se serait engagé sur un management package d’environ 200 millions d’euros (contre 50 millions du côté de PAI Partners), rapportent deux sources. « Le mécanisme d’intéressement prévu n’a absolument rien à voir avec ce montant », tempère toutefois un porte-parole de CD&R. Le fonds américain a aussi su s’entourer. Epaulé ici par Lazard et Citigroup, il a aussi recruté en tant que conseiller l’ancien patron de Le Grand, Gilles Schnepp, en septembre 2020… Quelques mois après sa première nomination en tant qu’administrateur indépendant chez Sanofi.

Le fonds américain va donc pouvoir prendre le contrôle d’Opella, en attendant que Sanofi cède à son tour sa participation de près de 50 % dans les prochaines années. A la clé, une immense probabilité pour que la maison mère de Doliprane passe entièrement sous capitaux étrangers, et plus particulièrement américain.

Le sujet était pourtant hautement politique. Opella réalise près de 5,2 milliards d’euros et emploie presque un millier de collaborateurs dans l’Hexagone, rendant de facto le dossier particulièrement sensible. Que ce soit dans le maintien des outils de production et des salariés ou dans la conservation en France des sources d’approvisionnement en médicament. En juin 2023, Emmanuel Macron avait lui-même présenté son plan pour relocaliser la production d’une cinquantaine de médicaments. Le dossier Opella était donc particulièrement scruté par l’exécutif et l’Elysée, qui avait rencontré aussi bien PAI Partners que CD&R en septembre, comme l’avait révélé La Lettre.

En France, CD&R est notamment connu pour avoir investi - avec succès - dans le fournisseur de matériels électroniques Rexel, le spécialiste des contrôles techniques et des tests Socotec ou bien encore chez Spie. Il est aussi actionnaire de Conforama et de But.