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Santé

Le ministre de la santé François Braun visé par un signalement au PNF pour favoritisme

L’association AC Anti-Corruption a saisi le Parquet National Financier. Elle suspecte le ministre de la santé d’avoir favorisé les activités du Professeur Lionel Lamhaut, président de l’association Sauv Life.

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JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP

Le ministre de la santé a-t-il aidé un de ses proches à développer un business discutable ? C’est ce que suspecte AC Anti-Corruption. Cette association a déposé récemment un signalement auprès du parquet national financier « contre X ». Elle s’étonne du soutien qu’aurait apporté François Braun au Professeur Lionel Lamhaut, médecin de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et président de l’association Sauv Life. Juridiquement, elle se demande si le ministre ne s’est pas rendu coupable du délit de favoritisme et de celui de complicité de prise illégale d’intérêt.

À la tête de Sauv Life depuis 2017, Lionel Lamhaut y a multiplié les projets. Il a d’abord lancé une application pour venir en aide aux personnes victimes d’un arrêt cardiaque : l’outil géolocalise les volontaires prêts à réaliser une intervention d’urgence avant l’arrivée des secours. En 2020, le soignant a aussi développé un dispositif d’Unités Mobiles de Télémédecines (UMT). L’idée : que le centre 15 puisse dépêcher auprès de patients des infirmiers dotés de mallettes de télémédecine pour organiser une consultation à distance, faute de docteurs en ville notamment dans les déserts médicaux. Mediapart a calculé que l’administration, via notamment les agences régionales de santé, avait versé 2 millions d’euros de 2020 à 2022 à Sauv Life pour ces prestations.

Mais mi-2022, son organisme a reçu un coup de pouce encore plus décisif. Un mois avant d’être nommé au gouvernement, François Braun, alors président du syndicat SAMU-Urgence de France, s’est vu confier une mission par la ministre de la santé de l’époque, Brigitte Bourguignon, pour remédier à la crise des urgences. En juin 2022, il formule alors 41 recommandations dont une, très profitable à Lionel Lamhaut : « Favoriser et financer le déploiement des unités mobiles de télémédecine intervenant sur demande du SAMU/SAS ». Dans son rapport, le futur ministre fait référence directement à l’application Sauv Life et n’hésite pas à la mettre en avant. Que fait ensuite le docteur Braun une fois au gouvernement ? Il donne instruction aux ARS de mettre en œuvre immédiatement ses propres recommandations.

Le soutien de François Braun à Sauv Life ne daterait pas de 2022. En mars 2018, alors que l’AP-HP avait lancé un appel à projet « pour expérimenter avec [ses] quatre SAMU-Centres 15 (...) l’intervention de citoyens en cas d’arrêts cardiaques », c’est Sauv Life qui avait été retenue alors que l’application était encore en test. Et ce au détriment d’une autre appli, Staying Alive, créée par l’urgentiste Paul Dardel, et utilisée par les pompiers depuis déjà plusieurs années. Staying Alive fera d’ailleurs condamner Sauv Life en justice fin 2021 pour avoir piraté ses données de défibrillateurs. Selon le signalement, François Braun « a pris toute sa part dans le projet de concurrencer Staying Alive, en s’inscrivant dans la bataille qui oppose, depuis de longue date, Samu et pompiers ». Un échange de mails daté de 2018 et obtenu par l’association montre de fait la grande proximité entre Braun et Lamhaut. Le futur ministre dit notamment au second : « Dis-moi quand cogner sur les rouges… ». Comprendre les pompiers.

AC Anti-Corruption suspecte donc l’actuel ministre d’avoir favorisé les activités d’un proche. Mais pas seulement : elle s’interroge sur le business même de Lionel Lamhaut, craignant une prise illégale d’intérêt. Car, comme on l’a dit, Sauv Life perçoit de l’argent des ARS, émanations directes du ministère de la Santé, quand des alertes sont déclenchées. Or, qui déclenchent ces alertes ? Le SAMU de Paris, où travaille Lionel Lamhaut. Si le médecin affirme ne pas toucher de salaires de Sauv Life, il a en revanche cofondé fin 2021 une société commerciale, SMM, complètement imbriquée avec l’association Sauv Life. Lamhaut en est actionnaire à hauteur de 18,6 % et Sauv Life à 50,1 %. Le logo de SMM apparaît distinctement sur les voitures de Sauv Life ici ou . Selon Mediapart, c’est SMM et non plus l’association qui encaisse désormais la majorité des versements des ARS. SMM ne publie pas ses comptes. Mais comme toute société anonyme, elle peut distribuer des dividendes à ses actionnaires, donc à Lionel Lamhaut lui-même.

Des formations dans les locaux de l’AP-HP

L’association pointe également du doigt la porosité des liens entre Sauv Life et l’APHP. L’organisme tire de l’argent des séances de formation ECMO/REBOA qu’elle prodigue (des techniques de sauvetage de dernier recours, ndlr). Le tarif ? Entre 1 000 à 2 725 euros. Problème selon AC Anti-Corruption, ces formations semblent se dérouler dans des locaux publics, ceux de l’hôpital Necker, où exerce Lionel Lamhaut, et pas dans ceux de Sauv Life. L’association se demande donc quels moyens de l’AP-HP sont utilisés à ces fins de formation. Pour son président, Marcel Claude, « il semblerait que des médecins de l’AP-HP ou d’autres médecins d’autres hôpitaux publics français soient envoyés à Sauv Life. Qui paient alors les formations de ces médecins ? Dans quel contexte ? Il est arrivé à François Braun d’en envoyer. » L’association cite à l’appui un autre échange de mail de 2018 dans lequel le professeur Lamhaut demande à l’urgentiste Braun combien de soignants il veut faire former à un atelier REBOA. Réponse : « 6 médecins ou plus ».Ces échanges montrent selon Marcel Claude la grande proximité qu’entretiennent les deux hommes. « Vous avez Sauv Life en tant qu’application informatique, Sauv Life en tant que formateur Reboa/ECMO, Sauv Life en tant que fournisseur d’UMT et SMM… La liste est longue et tout cela semble bien connu de François Braun, le ministre de la santé, lui-même urgentiste, et qui connait bien Lionel Lamhaut. » Et le président de AC Anti-Corruption de conclure : « Dans ce contexte, là encore, l’on pressent que Monsieur François Braun pourrait être responsable du délit de complicité de prise illégale d’intérêts. »

Contactés, ni le ministre, ni son cabinet, ni le professeur Lamhaut ne nous ont répondu. Le parquet national financier nous a dit « ne pas souhaiter communiquer sur ce sujet à ce stade » mais a confirmé « avoir reçu ce signalement ».