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Santé

Le grand chamboule-tout d’Olivier Laureau à la tête de Servier

En plein procès en appel sur le scandale du Mediator, le groupe pharmaceutique bouleverse son organisation et met son management sous pression.

French pharmaceutical firm Servier's current president Olivier Laureau speaks to the press 
as he arrives on September 23, 2019 in Paris' courthouse before the start of the trial of France's medicines watchdog and Servier on fraud and negligence charges linked to the deaths of hundreds of people who were prescribed a diabetes pill for weight loss despite safety concerns. - At least 500 people are thought to have died of heart valve problems in France after taking the drug Mediator. The criminal trial against Servier, nine subsidiaries, and the ANSM medicines watchdog, known at the time as Afssaps, is expected to last six months. It will focus on 91 victims, four of them deceased, for whom lawyers believe a link can be shown between their illness and Mediator. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
French pharmaceutical firm Servier's current president Olivier Laureau speaks to the press as he arrives on September 23, 2019 in Paris' courthouse before the start of the trial of France's medicines watchdog and Servier on fraud and negligence charges linked to the deaths of hundreds of people who were prescribed a diabetes pill for weight loss despite safety concerns. - At least 500 people are thought to have died of heart valve problems in France after taking the drug Mediator. The criminal trial against Servier, nine subsidiaries, and the ANSM medicines watchdog, known at the time as Afssaps, is expected to last six months. It will focus on 91 victims, four of them deceased, for whom lawyers believe a link can be shown between their illness and Mediator. (Photo by Bertrand GUAY / AFP) BERTRAND GUAY / AFP

La réorganisation interne engagée par Servier pour atteindre ses objectifs 2030 s’accélère. Au moment où le procès en appel sur le scandale du Mediator place le groupe sous le feu des projecteurs, le top management est en plein chambardement. Depuis trois mois, départs et nominations se succèdent à u...

Le principal changement concerne la branche « opérations », la plus importante entité du groupe. Elle réunit quasiment la moitié des 21 000 collaborateurs de l’entreprise et assure près des deux tiers du chiffre d’affaires (4,9 milliards d’euros en 2021/2022). Deux nouveaux pilotes ont été désignés au premier trimestre pour la diriger : Stéphane Mascarau et Philippe Gonnard. Comme l’avait révélé l’Informé, le premier s’est vu attribuer les opérations « monde ». En clair, le pilotage des quelque 75 filiales internationales de Servier. Le second s’est vu confier en début d’année le département Global Products Strategy, autrement dit la gestion des différents produits (cardiologie, oncologie…). Objectif affiché par Servier : « réaliser les ambitions du plan 2030 et restructurer la direction en vue de définir l’ambition et la stratégie globale pour chaque produit et de partager la responsabilité des plans en étroite collaboration avec les opérations monde. » Ces changements doivent aussi permettre « de coordonner tous les acteurs impliqués (R&D, industrie, business development… dans le cycle de vie des produits dans le but d’optimiser leur valeur », détaille le laboratoire.

Place nette dans le management

Stéphane Mascarau et Philippe Gonnard se partagent donc désormais l’imposant périmètre que tenait Frédéric Sesini, senior vice president world operations depuis une dizaine d’années. Le départ en retraite de cette figure historique de Servier, entrée dans l’entreprise en 1984, va dans le sens du renouvellement voulu par le président du groupe Olivier Laureau. Il y a peu, un autre pilier du comité exécutif a aussi été amené à prendre du champ. En février, le DRH Nicolas Bouts (40 ans au service du laboratoire pharmaceutique dont 25 à la tête des ressources humaines) a cédé sa place à David Hindley (lire notre article). Une petite révolution dans ce groupe qui n’a connu que deux DRH depuis sa création. Un autre mouvement de taille se profile maintenant : celui de Pierre Venesque. Directeur exécutif industrie depuis 2019 chez Servier, où il a démarré en 1995, il s’est vu imposer en novembre une directrice adjointe opérations industrielles, Hani Friedman Bouganim, arrivée des laboratoires Teva.

Ces changements s’ajoutent aux modifications profondes de gouvernance décidées par Olivier Laureau depuis trois ans. À mi-chemin de son second mandat, le successeur du fondateur Jacques Servier a fait place nette dans le top management. L’ancien directeur financier du laboratoire s’est constitué une nouvelle garde rapprochée, venue de l’extérieur : en 2020, Pascal Lemaire (ex-Celgene) a pris la vice-présidence exécutive finance, Virginie Dominguez (venue d’Orange) le pôle digital, data et systèmes d’informations. En janvier dernier, le comité exécutif a également accueilli Arnaud Lalouette pour piloter le pôle affaires médicales que gérait jusqu’alors Philippe Gonnard. Et, il y a quelques jours encore, Damien Catoir a été nommé secrétaire général (voir notre article).

McKinsey à la manœuvre

En parallèle à ce grand chamboule-tout qui lui laisse les mains libres, Olivier Laureau a fait appel aux services du cabinet de conseil en stratégie McKinsey pour continuer à transformer l’organisation. Depuis quelques mois, ces consultants travaillent pour poser les bases du plan « ambition 2030 » de Servier. La firme a pris la suite du Boston Consulting Group, qui avait largement contribué à la stratégie 2025. Elle visait notamment à accélérer le développement du laboratoire en oncologie. La branche opérations avait alors adopté une structure dite matricielle, croisant lignes produits et zones géographiques, sous la direction de Frédéric Sesini. La nouvelle refonte de l’entité, qui doit être dévoilée par le groupe ce mois-ci, redonne plus de poids aux pays. Sur le terrain, le découpage géographique a été profondément modifié : les quatre secteurs qui prévalaient ont été divisés en huit régions. Objectif ? « Faciliter la collaboration et accélérer la prise de décision » fait savoir le laboratoire. Les lignes produits ont, elles aussi, été réorganisées. Conséquence de cette nouvelle mouture : plusieurs managers, qui appartenaient au comité directeur de Frédéric Sesini, ont vu leur périmètre réduit ou leur poste supprimé. Des départs devraient suivre.

Olivier Laureau en arbitre

Quant au nouveau duo aux manettes de la branche opérations, il est très attendu sur ses résultats : les objectifs fixés par Servier dans son cap 2030 sont ambitieux. Le groupe pharmaceutique veut atteindre un chiffre d’affaires de huit milliards d’euros avec un Ebitda supérieur à 30, contre 17 % sur le dernier exercice. Or la feuille de route pour 2025, suggérée par les cabinets de conseil, prévoyait notamment de diminuer le nombre des filiales étrangères, en mutualisant voire en fermant les plus petites. Problème : beaucoup s’avèrent très profitables… La stratégie commerciale des produits était jusqu’ici plutôt décentralisée dans les pays, mais cette nouvelle organisation bicéphale risque de faire basculer l’équilibre au profit de Stéphane Mascarau ou de Philippe Gonnard. L’un comme l’autre vont devoir jouer habilement pour développer l’influence de leurs périmètres respectifs. Et surtout, ce changement de cap donnera à l’omniprésent Olivier Laureau l’occasion de jouer les arbitres. Et plus encore de reprendre la main sur cette branche, considérée ces dernières années comme un « état dans l’état » chez Servier.