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Santé

Après une grève, Sanofi licencie des délégués CGT

Le laboratoire pharmaceutique crée la surprise en licenciant des salariés protégés qui avaient participé aux grèves de novembre et décembre. Ils demandaient une augmentation des salaires.

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THOMAS SAMSON / AFP

C’est une première qui choque chez Sanofi. Après un mouvement de grève perçu comme « dur » en interne entre mi-novembre et mi-décembre, et qui a touché de nombreux sites du groupe en France, le laboratoire est en train d’en licencier des organisateurs. Des salariés pourtant protégés : deux délégués syndicaux CGT du site du Trait (Seine-Maritime) et un autre de Montpellier, a appris L’Informé.

Le gréviste montpelliérain s’est déjà vu notifier son licenciement début janvier. Officiellement, la direction lui reproche de ne pas s’être présenté à une visite médicale, et ensuite à une réunion au sujet de cette visite médicale. Les opérateurs de l’usine normande avaient été convoqués début janvier à un entretien préalable pour faute lourde. Le grief notifié ? Avoir bloqué le site de production, ce qui aurait entravé le déroulé des opérations. En revanche, la sanction n’avait pas été évoquée. Des piquets de grève avaient bien été organisés sur le site du Trait, par la CGT accompagnée d’autres syndicats. Mais « l’argument du blocage de site ne tient pas ! estime Jean-Louis Peyren, coordinateur CGT chez Sanofi. Le site dispose de trois accès différents, ce qui rend le blocage par seulement deux personnes compliqué ».

L’information sur le licenciement des salariés du Trait a été mise à l’ordre du jour du CSE du 24 janvier prochain, et les salariés concernés devraient recevoir leur courrier de licenciement d’ici là. Sur place, l’émotion est vive : le dialogue social ne s’est jamais détérioré au point que « la boîte n’ait que faire du statut de salarié protégé » regrette un collaborateur. Au terme de la grève, organisée pour obtenir des hausses de salaires, une augmentation de 4 % avait été actée, avec un montant minimum de 1 500 euros annuel pour les plus bas salaires. Les syndicats, qui réclamaient au départ une hausse de 10 %, ont tous signé l’accord, sauf la CGT.

Faire peur aux salariés

L’Inspection du travail devrait désormais se pencher sur la légitimité de ces départs, comme c’est la règle dans le cas de salariés protégés. Chez Sanofi, on évoque des « situations individuelles » pour justifier ces licenciements. En Normandie, le laboratoire reproche aux protagonistes non pas d’avoir bloqué la production, qui n’a jamais été à l’arrêt, mais d’avoir entravé la circulation, à l’arrivée ou au départ, de camions d’intérêt thérapeutique majeurs. Des événements qui ont été constatés par huissiers, avant de faire l’objet de plainte devant les tribunaux.  « Ce sont des perturbations majeures » assure un porte-parole.

Mais pour le syndicat CGT, ces arguments ne tiennent pas. Le secrétaire général du syndicat, Philippe Martinez, a envoyé en décembre un courrier à Élisabeth Borne et au PDG de Sanofi, Paul Hudson, pour dénoncer ce précédent.

« La direction veut faire un exemple pour casser le mouvement social qui a démarré en fin d’année. Ils n’ont que faire de perdre de l’argent au Conseil des Prud’hommes dans 5 ans, ce qu’ils veulent c’est faire peur aux salariés » regrette Jean-Louis Peyren. Ces licenciements interviennent alors que le laboratoire souhaite se pencher en 2023 sur la mise à plat des statuts des différentes entités du groupe. Issues de fusions et de nombreux rachats, les différentes branches du laboratoire relèvent d’accords collectifs disparates en France.